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Escaliers compagnonniques à la sauce entourloupe

À découvrir dans le n° 82 de Franc-maçonnerie magazine, en kiosque à partir de demain, mon article sur les « escaliers compagnonniques à la sauce entourloupe ». Vous avez aimé les péripéties de ces pseudo escaliers de compagnons vendus par des brocanteurs peu scrupuleux avec la complaisance d’experts et de commissaires-priseurs incompétents dans ce domaine ? Eh bien il n’est pas certains qu’eux apprécient cet article ! Mais ma conclusion risque aussi de fâcher quelques-uns de leurs clients… Un peu de lumière dans l’escalier n’est pas nuisible gravement à la santé des lecteurs 😎

Le dossier central de ce nouveau numéro est consacré au Frère Rudyard Kipling.
https://www.fm-mag.fr

COMPAGNONNAGE : Encore un faux en vente aux enchères !

Une vente aux enchères qui aura lieu le 5 juillet à Bordeaux comporte un lot compagnonnique dont l’authenticité est plus que douteuse et que j’ai signalé au commissaire-priseur — qui m’a répondu poliment… et ne fera évidemment rien pour écarter ce faux de la vente.

Cette aquarelle-souvenir du Tour de France est signée d’un certain Paul Ribière et datée de 1867. Outre le style même du dessin, marqué par la bande-dessinée et assez révélateur en lui-même d’un travail des années 1960-1970, les éléments pseudo-compagnonniques ne sont pas du tout conformes aux usages des compagnons passants charpentiers de l’époque revendiquée. Le nom compagnonnique lui-même ne tient pas la route : [Le] « Bien Aimé »… mais d’où ? De quelle province ou de quelle ville ?

Cette œuvre appartient en fait à une série de faux réalisés et commercialisés à la fin des années 1960 et au début des années 1970, lorsque la télévision fit la publicité de la quête d’antiquités compagnonniques du compagnon boulanger René Édeline. Vous êtes prêts à payer assez cher des antiquités ? En voici ! Depuis une vingtaine d’années, on voit ces faux ressurgir dans des ventes publiques. Il y en a, de cette même série façon BD populaire, qui ont été achetés par un musée compagnonnique que par amitié je ne citerai pas (alors qu’il avait été alerté en temps voulu par Laurent Bastard et moi-même). Ils dorment heureusement dans ses réserves.

Entre l’ignorance de certains et l’indifférence de la majorité des compagnons, sans compter la jubilation de quelques opératifs à voir des francs-maçons spéculatifs se laisser piéger, la malhonnêteté a encore de beaux jours devant elle !

Encore une fausse canne de compagnon du Devoir

En matière de faux objets de compagnonnage ou soi-disant tels, il y a des moments où, avec le temps et l’expérience, on croit avoir tout vu… et puis, boum-badaboum, on tombe sur un cas encore plus ahurissant !

Je vous présente, croisé sur eBay sous le titre de « Canne de compagnon ancienne en bois – Compagnon du Devoir », un véritable chef-d’œuvre de bricolage-recyclage ! Je ne sais pas à quelle corporation compagnonnique pourrait se rattacher ce travail d’assemblage de pièces hétéroclites qui ne ressemble que très vaguement à une canne de compagnon… et qui est proposé à la vente avec un prix de départ de 600 euros ! Mais comme pour le bibelot-escalier vendu il y a une dizaine de jours à Drouot pour un prix au moins 5 fois supérieur à sa valeur, peut-être le vendeur aurait-il intérêt à passer par un expert et un commissaire-priseur pour en tirer 3000 euros ? 🥳

La pastille est assez probablement une vulgaire pièce de 5 dirhams martelée et gravée d’un emblème maçonnique, mais pas compagnonnique.

Si le vendeur est sincère, on peut se demander qui était le spéculatif obsédé d’opérativité qui a conçu à l’origine ce détournement de manche à balais qui n’est même pas un jonc de Malacca…

Encore un pseudo escalier de compagnon

ALERTE : faux escaliers de compagnons, suite…

Durant les années 2009-2010, j’ai signalé à de nombreuses reprises sur mon blog les tentatives d’arnaques de certains brocanteurs et antiquaires, essayant de faire passer des escaliers miniatures produits en petites séries dans les pays asiatiques pour d’anciens « chefs-d’œuvre de compagnons » ou encore pour des « escaliers de maîtrise » (histoire de ne pas trop s’avancer avec l’emploi du mot compagnon). Je ne suis pas peu fier d’avoir ainsi contribué à lutter contre ce fléau.

Le problème est que nombre de ces soi-disants chefs-d’œuvre avaient trouvé des acquéreurs, sincères mais naïfs, et qu’aujourd’hui, à l’occasion de successions ou de dispersions de collections, ces pièces « exceptionnelles » refont surface dans d’honorables ventes aux enchères. C’est ainsi que je suis intervenu il y a quelques jours auprès d’un commissaire-priseur et d’un expert pour une vente maçonnique qui se déroulera en live à Drouot dans quelques jours, afin de lui signaler le cas d’un semblable escalier (n° 1 sur la photo de groupe ci-dessous). Le lot n’a cependant pas été retiré de la vente, mais au moins sa notice précise-t-elle maintenant qu’il s’agit non pas d’un « chef-d’œuvre de compagnon du Devoir », comme indiqué à l’origine, mais d’un « escalier en bois vernis, à la façon d’un chef d’œuvre de compagnon du devoir » (pourquoi pas d’ailleurs du Devoir de Liberté ?).

Dans tous les cas, si l’on admet un instant pour la démonstration que cet objet est réellement ancien et en rapport avec le compagnonnage, ce devait être un « compagnon » hyper-actif… car il réalisa son « chef-d’œuvre » en plusieurs exemplaires !

Les trois « frères »…

Voici le frère jumeau de cet escalier (n° 3 sur la photo de groupe), avec la même plaque gravée « F.B. » (Face Book ?) et datée 1876, déjà vendu aux enchères pour un prix délirant (1500 euros) en 2017 :

https://www.debaecque.fr/en/lot/80701/6726519?search=escalier&sort=num&

Et voici son faux-frère jumeau (n° 2 sur la photo de groupe), sans la plaque, encore vendu à un prix totalement délirant (4550 euros !) aux enchères en 2016 :

https://www.artcurial.com/fr/lot-escalier-de-maitrise-fin-du-xixe-siecle-2924-63

La juxtaposition des photographies des trois pièces ne laisse en réalité aucun doute quant au fait qu’il s’agit d’une production en série. L’examen attentif des pièces montrera que la qualité des assemblages et des détails est très différente de celle des véritables chefs-d’œuvre de compagnons menuisiers ou charpentiers, qu’ils soient du Devoir ou du Devoir de Liberté.

J’espère qu’au moment de la vente, le commissaire-priseur préviendra explicitement les acquéreurs potentiels qu’il ne s’agit donc que d’un objet de décoration et que la date de 1876, portée sur une plaque de laiton, n’est certainement pas celle de sa réalisation.

UNE FAUSSE GOURDE COMPAGNONNIQUE EN VENTE SUR EBAY

Attention, une fausse gourde compagnonnique a été mise en vente aujourd’hui sur eBay : https://www.ebay.fr/itm/193442983039 (je ne rends pas le lien actif, histoire de ne pas lui faire de publicité > pour aller voir, copiez-collez dans votre navigateur).

Il s’agirait de la gourde-souvenir d’un maçon et tailleur de pierre, Jean Rovéda dit « Jean Bulant », reçu compagnon du Devoir à Marseille le 20 octobre 1886. Le problème est que ce corps des maçons tailleurs de pierre DES DEVOIRS n’est né à la Fédération compagnonnique des métiers du Bâtiment qu’en… 1952 !

Au demeurant, c’est justement le blason de ce corps qui orne la gourde. Il y a aussi d’autres détails qui clochent, mais que pour ne pas rendre servive aux faussaires, je ne divulguerai pas ici. Les escrocs tentent tout mais heureusement, leur connaissance du monde compagnonnique reste trop limitée pour éviter les incohérences. 

© Photographies empruntées au vendeur 😉 Droits réservés.

Je vais « gentiment » prévenir le vendeur, que l’on supposera de bonne foi. Peut-être s’est-il fait « rouler » ? 😉

Je suggère bien sûr aux enchérisseurs, déjà nombreux, d’entrer en contact avec eBay et/ou le vendeur pour retirer leurs offfres. Sinon, ça reste un bel objet !

De telles alertes sont utiles : moins de deux heures après l’avoir lancée, cet objet a été retiré de la vente par le vendeur, qui n’a pas par ailleurs répondu à mon message… Espérons qu’il n’a pas été négocié hors enchères par un collectionneur plus acharné que les autres, ainsi qu’il arrive parfois.