UNE FAUSSE GOURDE COMPAGNONNIQUE EN VENTE SUR EBAY

Attention, une fausse gourde compagnonnique a été mise en vente aujourd’hui sur eBay : https://www.ebay.fr/itm/193442983039 (je ne rends pas le lien actif, histoire de ne pas lui faire de publicité > pour aller voir, copiez-collez dans votre navigateur).

Il s’agirait de la gourde-souvenir d’un maçon et tailleur de pierre, Jean Rovéda dit “Jean Bulant”, reçu compagnon du Devoir à Marseille le 20 octobre 1886. Le problème est que ce corps des maçons tailleurs de pierre DES DEVOIRS n’est né à la Fédération compagnonnique des métiers du Bâtiment qu’en… 1952 !

Au demeurant, c’est justement le blason de ce corps qui orne la gourde. Il y a aussi d’autres détails qui clochent, mais que pour ne pas rendre servive aux faussaires, je ne divulguerai pas ici. Les escrocs tentent tout mais heureusement, leur connaissance du monde compagnonnique reste trop limitée pour éviter les incohérences. 

© Photographies empruntées au vendeur 😉 Droits réservés.

Je vais “gentiment” prévenir le vendeur, que l’on supposera de bonne foi. Peut-être s’est-il fait “rouler” ? 😉

Je suggère bien sûr aux enchérisseurs, déjà nombreux, d’entrer en contact avec eBay et/ou le vendeur pour retirer leurs offfres. Sinon, ça reste un bel objet !

De telles alertes sont utiles : moins de deux heures après l’avoir lancée, cet objet a été retiré de la vente par le vendeur, qui n’a pas par ailleurs répondu à mon message… Espérons qu’il n’a pas été négocié hors enchères par un collectionneur plus acharné que les autres, ainsi qu’il arrive parfois.

Enfin une preuve de l’existence de la corde à 13 nœuds chez les bâtisseurs du Moyen Âge !

[POISSON D’AVRIL]

Une dépêche de l’AFP est venue à la première heure aujourd’hui faire l’effet d’un coup de tonnerre dans le petit monde des amoureux des bâtisseurs de cathédrales : des fouilles archéologiques à Marseille viennent de livrer un échantillon de la fameuse corde à 13 nœuds ! Enfin diront certains…

On sait en effet que j’ai à de nombreuses reprises durant ces derniers mois remis en question l’existence même de cet accessoire dont tous les amateurs de reconstitution médiévale nous rebattent les oreilles depuis le début des années 1980, faisant de lui le complément indispensable de la non moins fameuse canne des bâtisseurs ou « quine » (construite selon la proportion dorée). Arguant du fait que la corde à 13 nœuds n’était pas mentionnée dans les textes d’époque (et même dans aucun texte avant la fin du XXe siècle), ni figurée dans les nombreuses miniatures médiévales représentant des chantiers de construction, j’avais émis imprudemment l’hypothèse que c’était une légende urbaine. Pire encore, j’étais même allé jusqu’à contester son utilité même et sa fiabilité par rapport à un simple cordeau ou à l’usage de la règle et du compas. (On se souviendra que la corde à 13 nœuds est une mise en évidence absolument évidente du théorème de Pythagore à propos du triangle rectangle : 13 nœuds produisent 12 intervalles, 3 + 4 + 5 ! Le compte est bon !)

Mais les fouilles menées à Marseille à l’occasion de l’extension de l’IHU ont révélé un matériel archéologique absolument inédit touchant à l’univers resté secret des compagnons bâtisseurs du Moyen Âge. L’on savait qu’un ancien village avait occupé les lieux dès le règne de Charlemagne, pour disparaître totalement après la terrible peste de 1720 qui emporta environ un tiers de la population marseillaise. Mais ce que l’on ignorait, c’est qu’il s’agissait d’un village exclusivement réservé aux compagnons tailleurs de pierre, charpentiers, menuisiers, serruriers, couvreurs, plâtriers et chocolatiers du Devoir. C’est dans leur antique Cayenne qu’a été mise au jour la plus ancienne corde à 13 nœuds jamais retrouvée, que les premières expertises s’accordent à dater très précisément de 1307. On avait espéré retrouver par la même occasion un exemplaire en bronze de la quine des bâtisseurs, cette mesure sacrée dont on se demande pourquoi les compagnons s’encombraient, mais un coup de pelleteuse malheureux a servi les intérêts sans scrupule d’autres gens du voyage qui ont plus d’un tour dans leur sac. La PJ de Marseille enquête et on ne désespère pas parvenir à récupérer au moins une coudée de la quine ainsi paumée.

Toujours est-il que cette découverte prodigieuse, qui vient démentir toutes mes hypothèses pourtant scientifiquement construites, va faire vibrer les adeptes du Nombre d’Or. Et moi je vais manger mon chapeau jusqu’à demain…