Bâtisseurs de cathédrales et compagnons du Devoir

Je vous annonce la parution de mon article « Bâtisseurs de cathédrales et compagnons du Devoir » dans le n° 128 de la revue Moyen Âge qui vient de paraître. Il y occupe les pages 74 à 79 et s’efforce d’apporter un peu de clarté sur ce sujet quelque peu fantasmatique 🕵️‍♂️

Ce beau trimestriel est disponible dans la plupart des maisons de la presse et kiosques, ou par défaut directement auprès de l’éditeur : https://www.editions-heimdal.fr/…/1236-moyen-age-128.html

GRAND ARCHITECTE OU GRAND CHARPENTIER ?

La revue d’études maçonniques La Chaîne d’Union n°99 vient de paraître.

Dans ce numéro figure un dossier sur LE GRAND ARCHITECTE DE L’UNIVERS OU GADL’U avec des contributions de Jean-Michel Mathonière, Jérôme Rousse-Lacordaire, Michel Köning, Gilles Pasquier, René Rampnoux, Pascal Vésin, Jean Bertholo, André Combes.

Ma contribution qui ouvre ce dossier vient poser, iconographie et sources négligées à l’appui, une question intéressante : et si le Grand Architecte était plutôt un charpentier qu’un tailleur de pierre ?

LA CHAÎNE D’UNION : Abonnement, vente au numéro, hors-séries… : https://bit.ly/3Io9pLz

Une fausse gourde ancienne de compagnon tailleur de pierre

Encore un faux compagnonnique en vente aux enchères…

Cette photographie (cliché anonyme) est une capture d’écran effectuée avant retrait du lot de la vente. Sa reproduction ici est à but pédagogique.

La gourde reproduite ci-dessus a été mise en vente vendredi aux enchères publiques avec la description suivante :

« Franc-Maçonnerie, Gourde plate en faïence polychrome à décor Franc-Maçon avec inscription ASDL Picard le décidé Compagnon Tailleur de pierre -Nantes -18 Avril 1827- maintenu par une corde. Ep. XIXe Ht. 25 cm L. 22 cm »

Il s’agit en fait d’un faux, compagnonnique et sans rapport avec la franc-maçonnerie, datant tout au plus de la fin du XXe siècle et peut-être même du début XXIe. À la date de 1827, le blason des compagnons passants tailleurs de pierre n’est en effet pas du tout celui-ci, et encore moins avec les quatre lettres ASDL qui n’apparaissent comme lettres symboliques accompagnant le blason (à la manière du UVGT des charpentiers) que consécutivement à la fondation de l’Association ouvrière des Compagnons du Devoir, en 1941. Par ailleurs, la forme du nom compagnonnique — Picard le Décidé — n’est en aucun cas correcte pour un tailleur de pierre, quelle que soit sa société compagnonnique, celle des Passants ou des Étrangers, à la date revendiquée de 1827.

Si ce n’était ces erreurs grossières (au regard des spécialistes et des compagnons instruits) accompagnées de l’indication d’une date bidon (ce qui est un comble en matière de gourde), on aurait éventuellement pu croire, avec un peu de naïveté ou de bienveillance, qu’il s’agissait d’un article-souvenir édité par les compagnons eux-mêmes à l’occasion d’un congrès ou d’une fête. Ainsi, la forme du surnom et la mention de Nantes pourraient au mieux faire croire à un produit contemporain réalisé pour honorer un compagnon tailleur de pierre de l’Union Compagnonnique, mais ce ne sont ni le blason ni les lettres symboliques employés dans cette société ; par ailleurs, en ce cas, la date de 1827 ne se justifie pas, l’UC n’étant née qu’en 1889. Tenant compte de l’ensemble de ces erreurs flagrantes, il s’agit sans l’ombre d’un doute d’un faux, produit dans l’intention de tromper l’acheteur et en aucun cas une forme de reproduction ou d’hommage « à la manière de ».

La chose ayant été signalée à la salle des ventes par mes soins, l’objet a été retiré de la vente. Espérons qu’il ne ressurgira pas ailleurs comme étant authentique…

Une photographie de compagnon à la Sainte-Baume en 1941

Mes recherches à l’occasion de la rédaction du 3e et dernier volet de mon article « Noli me tangere : les compagnons et la Sainte-Baume », qui paraîtra dans le n° 85 de Franc-maçonnerie magazine (mars-avril 2022), m’ont permis d’identifier ce compagnon dont la photographie, bien dans l’esprit propagandiste d’alors, clôture le recueil des articles écrits par André Sévry sur Les compagnons du Tour de France, publiés en juin-juillet 1941 dans Le Progrès de Lyon, et réimprimés à seulement six exemplaires sous forme de livre illustré en février 1942, sur les presses d’Audin.

Si l’on en croit le récit accompagnant cette photo, il s’agirait du compagnon menuisier du Devoir « Césaire Le Rochelais » (Césaire Seguin, 1882-1964), l’Ancien qui accompagne trois jeunes compagnons « pour nouer la tradition » du pèlerinage de la Sainte-Baume, évoqué dans le dernier de ces articles à la gloire de la « tradition » et du compagnonnage « rénové » (l’Association ouvrière des Compagnons du Devoir naissante). La photographie, datant de ce voyage à la Sainte-Baume réalisé au cours de mai ou juin 1941 (c’est-à-dire juste après la remise de la Charte du Compagnonnage par Pétain à Jean Bernard le 1er mai), est anonyme. Mais elle est assez probablement de l’auteur des articles, le journaliste André Sevry (1900-1976), qui pour sa part fut reçu compagnon d’honneur charpentier du Devoir de Liberté à Lyon en 1944 sous le nom de « Marchois Va de Bon Cœur ».

On notera toutefois que les couleurs qu’il porte sont plutôt celles d’un maréchal-ferrant que celles d’un menuisier du Devoir ; mais on sait aussi que les difficultés de l’époque, notamment en termes de difficultés de déplacement, ont pu le contraindre à porter d’autres couleurs que les siennes.

Le Maitron, dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, a consacré une notice à André Sevry (ainsi qu’il orthographiait lui-même son patronyme d’après ma documentation) ou Sévry (d’après la notice).

Quant à Césaire (ou Cézaire) Seguin, il est présent dans la base de données généalogiques du Musée du Compagnonnage de Tours. On voit qu’il était particulièrement attaché à la Sainte-Baume, mais rien n’y figure concernant cet épisode de 1941.

Noli me tangere : la Sainte-Baume et les compagnons #2

Le n° 84 de la revue bimestrielle Franc-maçonnerie magazine contient le second volet d’une brève étude que je consacre à la Sainte-Baume et les compagnons. Un premier volet a paru dans le n° 83 et un dernier volet paraîtra dans le n° 85.

Au fil de mes articles publiés régulièrement dans ce magazine, j’ai montré que les traditions compagnonniques ont souvent emprunté au patrimoine symbolique et légendaire de la franc-maçonnerie, ce qui a contribué à laisser croire aux initiés comme aux profanes que les deux mouvements étaient intimement liés. Mais les compagnonnages doivent également beaucoup au christianisme populaire. Par ailleurs, la naissance du discours « historique » au XIXe siècle vient aussi interférer avec les légendes, beaucoup moins figées qu’on ne le croit, en les modifiant pour les rendre historiquement crédibles. Le sujet de la Sainte-Baume en est l’exemple même.

On sait qu’aujourd’hui encore une grande partie des compagnons se rendent « en pèlerinage » à la Sainte-Baume en Provence. Il est d’ailleurs de plus en plus fréquent de lire que sainte Marie-Madeleine, qui aurait terminé sa vie dans ce lieu, est la « Sainte-Patronne » des compagnons du Devoir. Mais qu’en est-il exactement ? Ne serions-nous pas en réalité face à un cas de « fabrication de la tradition », avec la bénédiction tacite de l’Église ? Ces trois volets apportent des éléments concrets de réponse à cette question.

Le n° 84 (janvier-février 2022) est en kiosque. Pour les anciens numéros, voir le site internet du magazine : https://www.fm-mag.fr

Vous pouvez également acheter sur internet les articles à l’unité au prix de 1 €. Pour celui-ci, voici le lien : https://www.fm-mag.fr/article/tradition/noli-me-tangere-la-sainte-baume-et-les-compagnons-2-2266