Le règlement des compagnons passants tailleurs de pierre d’Avignon en 1782

Rôle des compagnons passants tailleurs de pierre d’Avignon de 1782. Archives départementales de Vaucluse.

RÔLE D’AVIGNON DE 1782.

Le texte reproduit ici est celui qui figure au centre de ce document.

L’orthographe a été modernisée. La version donnée ici reprend le texte intégral.


RÔLE DES COMPAGNONS PASSANTS TAILLEURS DE PIERRE
FAIT PAR PONGE, DIT LA DOUCEUR D’AVIGNON,
LE PREMIER JANVIER 1782

RÈGLE DU SAINT DEVOIR 

Le premier Compagnon qui arrivera sur un Compagnon recevra la première accolade. Il sera tenu et obligé de mener boire l’arrivant avant de le faire reconnaître à quelque autre Compagnon ou Maître Remercié, sous peine de vingt sols d’amende.

Si le Rôle ne lui appartient pas, il remettra l’arrivant à celui auquel le Rôle appartiendra.

Au cas où le Compagnon arrivant ne veuille pas travailler dans la ville, celui qui aura reçu la première accolade le roulera aux dépens de tous les Honnêtes Compagnons qui se trouveront dans la ville, étant bien entendu que ledit Rouleur sera obligé de lui faire reconnaître tous les Compagnons Passants qui sont dans la ville et les Maîtres Remerciés s’il en rencontre en chemin.

Si l’arrivant est dans l’intention de travailler dans la ville, le Rouleur sera obligé de lui chercher de l’ouvrage et de lui fournir des outils pendant huit jours, au cas où le maître pour qui il travaille n’en ait pas. De plus, il sera obligé de lui chercher un logis de sûreté, le plus honnête et le plus avantageux qu’il pourra trouver, de le traiter du mieux qu’il lui sera possible, et de le rouler un jour avant de le mettre en chantier.

Après quoi, il lui fera écrire son nom à l’endroit désigné du Rôle, à la suite des autres Honnêtes Compagnons Passants qui nous font l’honneur de leur visite.

Ces opérations étant terminées, le Rouleur sera obligé de remettre le Rôle à celui à qui il appartiendra, et, au cas où il le fasse pas et qu’il arrive des Compagnons dans cet intervalle, il sera obligé de les rouler à ses dépens.

Si malgré toute la peine et les soins des Compagnons, on ne peut, faute d’ouvrage dans la ville, remplir les vœux de l’arrivant, son Rouleur sera obligé de lui faire prendre congé de tous les Compagnons qui seront dans la ville et de le conduire à la route qu’il désirera prendre, observant toutefois de lui faire écrire son nom sur le Rôle et de remettre celui-ci à celui à qui il appartiendra, sous peine de payer la susdite amende.

Observations

Si un Compagnons travaille hors la ville jusque dans un rayon de trois lieues, il sera obligé de rouler l’arrivant dans la ville, à moins qu’il n’y ait pas de Compagnon dans le lieu.

Lorsqu’un Compagnon bat aux champs, son Rouleur est obligé de lui faire prendre congé de tous les Honnêtes Compagnons qui sont dans la ville et d’aller avec lui aux endroits qu’il fréquentait pour s’assurer qu’il a satisfait et que l’on est content de lui, de ses bons procédés et de son honnêteté. Si quelque plainte rejaillit sur son compte, son Rouleur sera obligé de le ramener et d’assembler trois ou quatre Compagnons parmi les plus anciens et les plus instruits spirituellement de notre Saint Devoir, afin de le moraliser, de lui faire connaître ses fautes et de le mettre dans le chemin que nous connaissons dans nos Règles, celui de la probité. Si d’aventure il venait à devoir quelque chose sans en avoir averti son Rouleur, celui-ci sera obligé de le ramener aux Compagnons pour qu’ils en jugent à leur volonté et lui infligent la punition qu’il mérite en pareil cas.

Nous devons montrer ici pour l’instruction de tous les Honnêtes Compagnons toutes les clauses qu’il nous est possible de dire concernant nos règles, à savoir :

On ne pourra faire battre aux champs un Compagnon s’il ne reste deux heures de soleil.

De même, il ne peut tomber aucun Compagnon qu’il ne reste deux heures de soleil, à moins qu’il ne déclare que c’est par nécessité.

Un Compagnon ne pourra se faire rouler dans le lieu dont il est parti, à moins que six mois et un jour se soient écoulés ou à ses propres dépens.

Celui qui aura le Rôle entre les mains ne pourra non plus se faire rouler pour battre aux champs, si ce n’est à ses dépens.

Un Compagnon ne pourra servir (à Réception) s’il n’a été roulé et n’a pas travaillé (dans la ville), vu un Rôle et une Réception. Il ne doit rien devoir au maître ni à personne, à moins de consigner l’argent qu’il doit ou qu’on le tienne pour solvable. (De plus,) il doit être reçu depuis au moins six mois et un jour.

Si un Compagnon manque aux règles énoncées ci-dessus et dans nos statuts, il sera chassé ou brûlé, ou il fera reconfirmer son filleul à ses dépens.

De même, si un Compagnon refuse de payer l’amende à laquelle il a été condamné, il sera chassé ; et s’il nie être Compagnon, il sera brûlé, on écrira son nom sur un morceau de papier, avec au bout « brûlé », et ensuite on le brûlera en présence de tous les Honnêtes Compagnons qui seront dans la ville et ceux-ci seront obligé de prier Dieu pour le repos d’une âme qui a violé le serment sacré qu’il a fait auprès de celui qui lui a donné la lumière. De plus, son nom sera effacé du Rôle, de sorte qu’il n’en subsiste aucune lettre.

Lorsqu’un honnête Compagnon se présentera pour se faire remercier, on le remerciera avec tous les honneurs qui lui sont dus et on écrira au bout de son nom (sur le Rôle) « remercié ».

S’il arrive qu’un Compagnon décampe de la ville sans rien dire, il a huit jours après son arrivée dans un autre lieu pour écrire et pour donner des raisons justificatives [et si celles-ci ne sont pas recevables], à la première assemblée (dont il sera absent) il sera condamné à l’amende commune, à la seconde à l’amende de Rôle, à la troisième il sera exilé ou chassé.

Tout Compagnon qui sera exilé ou chassé ne pourra être présent aux assemblées, ni être roulé jusqu’à ce qu’il soit remis.

Aucun Compagnon ne pourra avoir son Affaire à plus de trois endroits et il sera obligé, sous peine d’amende de Rôle, d’écrire aux endroits où il aura son Affaire de trois mois en trois mois, et les Compagnons du lieu où sera son Affaire seront obligés d’écrire aux Compagnons du lieu où ils croient qu’il se trouve afin de l’avertir de venir satisfaire à son devoir. Après qu’il aura été averti et qu’on le saura positivement – car il faut toujours s’assurer des faits avant que de juger – s’il néglige de répondre, il sera chassé ou brûlé.

Tout Compagnon qui aura son Affaire à plusieurs endroits ne pourra servir à aucune Réception.

Pour confier le Rôle au Père.

Le Père ne remettra la clef de la chambre où se trouvera la Caisse qu’à trois Compagnons connus de lui.

Il faut être trois Compagnons Passants pour voir le Rôle mais deux le peuvent en cas de nécessité.

Si un Compagnon vient à perdre les clefs du Rôle par sa faute, il sera obliger de faire s’assembler tous les Compagnons qui sont dans la ville pour qu’ils l’obligent à en faire faire d’autres à ses dépens et il payera l’amende de Rôle.

Si un Compagnons vient à tâcher le Rôle en écrivant son nom ou (celui d’un) autre, il payera aussi l’amende de Rôle, et s’il n’y veut pas consentir, on peut l’obliger à en faire un autre à ses dépens.

Tout Compagnon qui fera une Réception ne le pourra qu’au-delà de sept lieues de l’endroit où il y a un Rôle ou il sera brûlé.

Tout Compagnon qui n’a pas vu de Rôle doit une paire de couleurs au Maître de même qu’à son premier Rouleur, si toutefois ledit Rouleur l’aura tombé pour travailler ou que le Compagnon aura travaillé dans la ville.

Nous prions tous les Honnêtes Compagnons qui viendront après nous et qui verront ce Rôle de bien vouloir donner vingt sols, (somme) que nous avons jugé à propos d’imposer à ceux qui auront l’avantage de le voir. Et ledit argent sera employé à soulager les Compagnons Passants qui se trouveront en grande nécessité et pour faire prier Dieu pour le repos des âmes des pauvres défunts. Nous exhortons tous les Honnêtes Compagnons Passants qui auront le bonheur de voir notre Rôle à être le modèle de nos vertus.

RÔLE DES AMENDES

Si un Compagnon jure à l’assemblée, il payera l’amende commune.

Si un Compagnon sort de la ville sans laisser son Rôle et couche hors la ville, il payera la même amende.

Si un Compagnon tâche son nom sur le Rôle et ne suit pas la ligne marquée, il payera l’amende de Rôle qui est de 3 livres.

Si un Compagnon se saoule et ne mène pas une vie honnête, ainsi que nous devons suivre, après les exhortations qu’il aura reçu, à la première assemblée il payera l’amende commune et s’il persiste, amende de Rôle ; à la troisième fois, il sera chassé.

Concernant l’argent des amendes, il sera mis en mains tierces ou dans le Rôle pour soulager les pauvres Compagnons dans leurs nécessités. S’il ne se trouve pas de fonds disponibles, les Compagnons qui seront dans la ville seront obligés de les soulager sous peine d’amende de Rôle à qui de droit. 

Couleurs fleuries des compagnons passants tailleurs de pierre d’Avignon, Archives de Vaucluse. © Cliché Jean-Michel Mathonière 2013.
Ces rubans étaient à l’origine attachés au bâton autour duquel était enroulé le Rôle.

Lire un article sur les couleurs fleuries des Compagnons tailleurs de pierre.

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