Deux blasons de tailleurs de pierre à Venterol (26)

Pour compléter l’annonce de la conférence que j’ai faite samedi 14 mai à Venterol, je réédite ici, avec quelques remarques complémentaires, un ancien article que j’avais publié sur mon blog le 10 septembre 2009.

Le premier se situe au-dessus d’une porte de maison, au début d’un passage débouchant juste en face du perron de l’entrée de l’église.

Ce blason est daté de 1778. On y voit, en chef : un compas entrouvert ; dans le champ, à senestre : une équerre, un maillet et un ciseau, à dextre : une grande polka (marteau taillant à tranchants opposés) et un petit marteau taillant bretté ou une boucharde (le rapport d’échelle avec la polka suggère qu’il s’agit plutôt d’une boucharde, mais le dessin encore très net des dents me laisse à penser qu’il s’agit d’une bretture) ; enfin, en pied : une règle. Une inscription court sous la règle et le ciseau : « ARIS ET ARMIS DE F. M. M.. M » (voir mon interprétation à la fin).

Le second blason est situé lui aussi au-dessus d’une porte, au début d’un soustet qui descend de la rue bordant le flanc sud de l’église.

Non daté, il présente la même composition d’outils, leur dessin étant à peu près semblable (le maillet est plus réaliste). Trois différences toutefois : l’encadrement qui était d’une simple bordure en arabesque sur le premier blason est devenu ici une couronne végétale (la forme des feuilles évoque davantage l’olivier dont c’est ici un fief, mais l’absence de fruits me fait pencher pour du laurier) ; un carré évidé et posé sur la pointe sous la règle ; l’absence non seulement de date mais aussi d’inscription.

Bien qu’étant en moins bon état de conservation que le premier exemple — qui est protégé par un auvent, lui-même protégé par l’orientation et l’étroitesse du passage —, je pense qu’il lui est postérieur et qu’il ne date peut-être même que du tout début du XIXe siècle. On perçoit encore dans les fonds des traces de l’emploi de la boucharde, tandis que ceux du premier, où l’on observe parfaitement les traces de taille, ignorent cet outil dont l’usage ne s’est généralisé qu’au XIXe.

Dans tous les cas, ces dispositions blasonnées des outils de tailleur de pierre sont caractéristiques des XVIIe-XVIIIe siècles. Je donnerai ici comme exemple le dessin ornant la reliure du registre de la communauté des maîtres maçons et tailleurs de pierre de Lyon datant de 1778 — c’est-à-dire de la même année que le premier exemple de Venterol.

Outre le compas disposé exactement de la même manière (en chef, au-dessus de la règle), on distingue des outils disposés de manière similaire, avec quelques éléments en plus — l’archipendule, la truelle et le fil à plomb — qui symbolisent en la circonstance la pose des pierre, c’est-à-dire le travail du maçon au sens actuel du terme (sens qui se dessine justement au XVIIIe siècle, le sens ancien étant plutôt celui de tailleur de pierre). Le blason de la communauté de métier est encadré par une branche d’olivier (on distingue les fruits) et une palme, selon une iconographie et une symbolique classiques que j’ai étudié dans mon étude sur le blason des Compagnons tailleurs de pierre, Le Serpent compatissant.

L’inscription « AR[T]IS ET ARMIS DE F. M. M.. M » du premier blason de Venterol est susceptible d’être interprétée ainsi (en corrigeant le « ARIS » en « ARTIS » : « Art [c’est-à-dire métier] et armes [blason] de F[rançois ?] M[nom de l’artisan], Maître Maçon. »

Ces maîtres maçons/tailleurs de pierre furent-ils également, dans leur jeunesse, compagnons « du Tour de France », Passants ou Étrangers ? En l’absence d’éléments plus déterminants dans l’inscription et l’iconographie, c’est impossible à affirmer mais c’est très probable car nous sommes là dans une profession largement compagnonnisée à l’époque. Mais le nom de Venterol, comme celui de Nyons et des villages alentours, est absent des archives des compagnons passants tailleurs de pierre que j’ai pu étudier jusqu’à maintenant, notamment des Rôles d’Avignon (cf. Travail & Honneur et la liste détaillée des 1039 passages de Compagnons enregistrés sur ces Rôles aux XVIIIe et XIXe siècles).

La cartographie des implantations et origines géographiques des Passants listés à Avignon montre bien que nous sommes là dans une région dont ils sont, malgré la proximité d’Avignon, quasi totalement absents car il s’agit d’une zone occupée par les Étrangers, la ville de Lyon ayant été emportée par ceux-ci sur les Passants à l’issue d’un concours qui se serait déroulé au début des années 1720 (voir une carte provisoire, basée sur des sources moins importantes que pour les Passants : la densité du gris traduit leur présence dans les zones partagées avec leurs rivaux, tandis que celle du magenta concerne les zones qui leur sont exclusives ou peu s’en faut).

Par ailleurs, mes recherches les plus récentes (2022) m’incitent à privilégier l’attribution à d’anciens compagnons Étrangers.

Quand Joseph Staline était compagnon forgeron en France

Tout le monde sait que Joseph Staline, né le 18 décembre 1878 à Gori (Géorgie) et mort le 5 mars 1953 à Moscou, est un révolutionnaire et homme d’État qui dirigea l’URSS à partir de la fin des années 1920 jusqu’à sa mort d’une main de fer.

On ignore généralement qu’avant de devenir un militant professionnel qui ne passait plus beaucoup de temps au travail, ce fut un artisan forgeron. D’où le fait d’avoir des mains de fer qu’il cachait d’ailleurs sous des gants blancs. Ce qu’au demeurant les historiens n’ont pas beaucoup exploré, c’est la période durant sa quête du pouvoir, vers le début des années vingt, où il tenta d’organiser le compagnonnage français en puissant syndicat bolchévique. Je dois à un franc-maçon titulaire du 450e degré, la communication d’un document que conserveraient selon lui les Archives nationales : la fiche établie par les agents de la Sûreté qui ne manquèrent pas à cette époque de surveiller ce militant hyper actif.

Sa photographie, hélas pas très nette, est conforme à tous les portraits connus de Joseph Staline. On le voit ici dans une de ses postures favorites, l’air faussement débonnaire, tenant une canne de compagnon et portant une écharpe ornée de l’emblème du Compagnonnage Uni qu’il tentait alors de mettre en place : une faucille et un marteau entrecroisés (évoquant son métier de forgeron), surmontés de l’étoile à cinq branches bien connue des initiés et entourés de rameaux de chêne et d’olivier.

Les archives du Kremlin, interrogées quant à savoir si elles avaient conservé ces attributs ainsi qu’un meilleur tirage de la photographie, m’ont répondu que mon attitude étant particulièrement « inamicale » à l’encontre du Pays-Camarade Staline, je pouvais aller me faire cuire un poisson (c’est l’expression russe pour dire d’aller se faire cuire un œuf).

Conférence : Le travail et l’honneur, les secrets des compagnons tailleurs de pierre

Je donnerai le mercredi 30 mars 2022 à 18 h 00 aux Archives départementales de Vaucluse une conférence portant sur mes recherches sur les compagnons tailleurs de pierre et tout particulièrement le rôle central qu’y jouent depuis 1996 les documents concernant les compagnons passants d’Avignon que conservent pour partie les Archives départementales de Vaucluse. Ils ont en effet permis de lever une partie du voile sur l’histoire et l’organisation de ce compagnonnage prestigieux, mais jusqu’alors très mal connu. Entre la réelle rareté des sources documentaires, les interprétations pseudo ésotériques et les clichés romantiques qui entourent le sujet, il a fallu beaucoup de patience et de rigueur aux chercheurs pour jeter un peu de lumière sur les « secrets » de ces compagnons.

Lieu : Archives départementales de Vaucluse, Palais des Papes – 84000 AVIGNON

Durée indicative : 1 h 30
Entrée libre et gratuite mais places limitées, privilégiez les réservations au 04 90 86 16 18 ou par courriel

Une œuvre de compagnon tailleur de pierre datée de 1764 à Saint-Martin-de-Ré

Je reprends ci-dessous, en la complétant de quelques détails, la matière d’un article publié initialement le 31 Juillet 2018.

André Delorme a eu la gentilesse de me signaler cette belle réalisation ornant le n° 7 de la rue Suzanne Cothonneau à Saint-Martin-de-Ré.

© Photographie André Delorme, droits réservés.

Cette niche porte la date de 1764 et elle est ornée, en bas, de part et d’autre d’un cartouche ornemental de style Louis XV, d’une équerre et d’une règle entrecroisées, à gauche, et, à droite, d’un compas entrecroisé d’un compas de proportion/pied-de-roi (en lieu et place de l’équerre habituellement attendue). Le voûtement de la niche est formé par une trompe saillante.

L’intérieur de la niche abrite une sculpture un peu frustre représentant un pommier semble-t-il. Est-elle d’époque ou plus tardive ? Le nom Pommier étant assez répandu, s’agit-il d’une évocation du patronyme du propriétaire ? Voir, par exemple, l’ex-libris de Mathurin Paulmier, L’Espérance le Tourangeau, un compagnon tailleur de pierre du milieu du XVIIe siècle sur un exemplaire imprimé du traité de Vignole sur les cinq ordres d’architecture.

Au vu de l’aspect architectural de cette niche ainsi que l’importance accordée à la stéréotomie, et des outils présentés, il ne fait absolument aucun doute qu’il s’agit là d’une réalisation de compagnon tailleur de pierre Étranger plutôt que Passant, cette forme particulière, avec le pied-de-roi au lieu de l’équerre simple, étant celle des armes des compagnons Étrangers tailleurs de pierre du Devoir au début du XVIIIe siècle. Il est de fait probable que cette niche ornait la demeure de l’un des entrepreneurs et/ou architectes résidant dans cette importante place-forte qu’était alors Saint-Martin-en-Ré.

« Le compas de proportion est un instrument de mathématique, composé de deux règles plates, assemblées à charnière par un des bouts, comme un compas ordinaire, pouvant de même se fermer ou s’ouvrir sous des angles plus ou moins aigus et portant sur leurs faces des lignes divisées pour servir à divers usages de géométrie. » (Source : Article Wikipedia) Sur le mode d’emploi du compas de proportion, voir la page du Géomusée d’où provient la photographie ci-dessous :

Il s’agit d’un instrument rarement représenté dans les emblèmes compagnonniques. On en connaît toutefois quelques exemples, comme, ci-dessous, le blason figurant sur la demeure du maître-serrurier Charles Bruslé (1703-1767) dans le quartier de Recouvrance à Brest, à la date de 1759, c’est-à-dire contemporain à celui de Saint-Martin-de-Ré.

C’est également un pied-de-roi/compas de proportion qui accompagne le compas sur la page de titre du rôle des compagnons menuisiers non du Devoir de la ville de Nantes en 1765.

Les recherches que j’ai menées sur internet pour voir si l’on trouvait quelques informations au sujet de cette niche à Saint-Martin-en-Ré n’ont rien produit de significatif. On constate simplement que d’après le livre de Francis Masgnaud, Franc-maçonnerie et francs-maçons en Aunis et Saintonge sous l’Ancien Régime et la Révolution (1989), « À Saint-Martin-de-Ré se serait réunie, dès 1764, une loge dont nous ignorons le titre, au numéro 7 de l’actuelle rue Suzanne Coutonneau. » Mais cette hypothèse est une explication a posteriori et a priori des emblèmes « maçonniques » de la niche et ne repose sur aucune source documentaire.

C’est au demeurant un phénomène hélas encore trop fréquent que de voir tous les emblèmes présentant un compas et une équerre, datant du XVIIIe siècle ou avant, être attribués à la franc-maçonnerie plutôt qu’aux compagnonnages. À la décharge des chercheurs, il faut souligner que les compagnons ont également tendance à classer comme maçonniques les emblèmes présentant une iconographie différente de celle qui est la leur depuis le début du XIXe siècle.

Je reproduis ci-après les anciens commentaires laissés sur le post :

Commentaire de : Lalanne [Visiteur] 01.08.18 @ 12:59
Je ne peux en rien compléter, augmenter, enrichir ces riches informations, mais je peux remercier pour cet enrichissement que je reçois. Il n’est pas du trop

Commentaire de : Maxime [Visiteur] 05.08.18 @ 11:32
Le compas de proportion est dans l’étui de mathématiques au grade de grand maître architecte

Commentaire de: Jean-Michel MATHONIÈRE 06.08.18 @ 07:13
Merci Maxime pour cette remarque. En effet, le 12e degré du Rite Écossais Ancien Accepté, sous l’intitulé de « Grand Maître Architecte », propose une vision du réel savoir géométrique et architectural des opératifs des XVIIe et XVIIIe siècles plus exacte et précise que celle des 1er et, surtout, 2e degré (compagnon).

Commentaire de : Pommier [Visiteur] 09.08.18 @ 07:17
Il y a en effet des Pommier dans les registres d’état-civil de la région.
J’ai une question pour Maxime : pensez-vous que la présence du compas de proportion sur cet emblème signifie, du fait de sa présence dans les symboles du grade de Grand Maître Architecte, que l’on a affaire ici à un témoignage maçonnique des Hauts-Grades ?

Commentaire de Hrms le 15 mars 2022 :
Concernant les représentations maçonniques, notamment en tant que motif ornemental gravés ou sculptés, ces dernières représentent assez rarement des symboles liés aux Hauts grades. Les motifs maçonniques sont en général, plutôt cantonnés à ce qui parle le mieux au plus grand nombre, à savoir l’équerre le compas, voire quelques adjonctions complémentaires à ces deux outils. Je rejoins tout à fait Jean-Michel sur l’origine compagnonnique de la représentation.

Bâtisseurs de cathédrales et compagnons du Devoir

Je vous annonce la parution de mon article « Bâtisseurs de cathédrales et compagnons du Devoir » dans le n° 128 de la revue Moyen Âge qui vient de paraître. Il y occupe les pages 74 à 79 et s’efforce d’apporter un peu de clarté sur ce sujet quelque peu fantasmatique 🕵️‍♂️

Ce beau trimestriel est disponible dans la plupart des maisons de la presse et kiosques, ou par défaut directement auprès de l’éditeur : https://www.editions-heimdal.fr/…/1236-moyen-age-128.html

GRAND ARCHITECTE OU GRAND CHARPENTIER ?

La revue d’études maçonniques La Chaîne d’Union n°99 vient de paraître.

Dans ce numéro figure un dossier sur LE GRAND ARCHITECTE DE L’UNIVERS OU GADL’U avec des contributions de Jean-Michel Mathonière, Jérôme Rousse-Lacordaire, Michel Köning, Gilles Pasquier, René Rampnoux, Pascal Vésin, Jean Bertholo, André Combes.

Ma contribution qui ouvre ce dossier vient poser, iconographie et sources négligées à l’appui, une question intéressante : et si le Grand Architecte était plutôt un charpentier qu’un tailleur de pierre ?

LA CHAÎNE D’UNION : Abonnement, vente au numéro, hors-séries… : https://bit.ly/3Io9pLz

Une fausse gourde ancienne de compagnon tailleur de pierre

Encore un faux compagnonnique en vente aux enchères…

Cette photographie (cliché anonyme) est une capture d’écran effectuée avant retrait du lot de la vente. Sa reproduction ici est à but pédagogique.

La gourde reproduite ci-dessus a été mise en vente vendredi aux enchères publiques avec la description suivante :

« Franc-Maçonnerie, Gourde plate en faïence polychrome à décor Franc-Maçon avec inscription ASDL Picard le décidé Compagnon Tailleur de pierre -Nantes -18 Avril 1827- maintenu par une corde. Ep. XIXe Ht. 25 cm L. 22 cm »

Il s’agit en fait d’un faux, compagnonnique et sans rapport avec la franc-maçonnerie, datant tout au plus de la fin du XXe siècle et peut-être même du début XXIe. À la date de 1827, le blason des compagnons passants tailleurs de pierre n’est en effet pas du tout celui-ci, et encore moins avec les quatre lettres ASDL qui n’apparaissent comme lettres symboliques accompagnant le blason (à la manière du UVGT des charpentiers) que consécutivement à la fondation de l’Association ouvrière des Compagnons du Devoir, en 1941. Par ailleurs, la forme du nom compagnonnique — Picard le Décidé — n’est en aucun cas correcte pour un tailleur de pierre, quelle que soit sa société compagnonnique, celle des Passants ou des Étrangers, à la date revendiquée de 1827.

Si ce n’était ces erreurs grossières (au regard des spécialistes et des compagnons instruits) accompagnées de l’indication d’une date bidon (ce qui est un comble en matière de gourde), on aurait éventuellement pu croire, avec un peu de naïveté ou de bienveillance, qu’il s’agissait d’un article-souvenir édité par les compagnons eux-mêmes à l’occasion d’un congrès ou d’une fête. Ainsi, la forme du surnom et la mention de Nantes pourraient au mieux faire croire à un produit contemporain réalisé pour honorer un compagnon tailleur de pierre de l’Union Compagnonnique, mais ce ne sont ni le blason ni les lettres symboliques employés dans cette société ; par ailleurs, en ce cas, la date de 1827 ne se justifie pas, l’UC n’étant née qu’en 1889. Tenant compte de l’ensemble de ces erreurs flagrantes, il s’agit sans l’ombre d’un doute d’un faux, produit dans l’intention de tromper l’acheteur et en aucun cas une forme de reproduction ou d’hommage « à la manière de ».

La chose ayant été signalée à la salle des ventes par mes soins, l’objet a été retiré de la vente. Espérons qu’il ne ressurgira pas ailleurs comme étant authentique…

Une photographie de compagnon à la Sainte-Baume en 1941

Mes recherches à l’occasion de la rédaction du 3e et dernier volet de mon article « Noli me tangere : les compagnons et la Sainte-Baume », qui paraîtra dans le n° 85 de Franc-maçonnerie magazine (mars-avril 2022), m’ont permis d’identifier ce compagnon dont la photographie, bien dans l’esprit propagandiste d’alors, clôture le recueil des articles écrits par André Sévry sur Les compagnons du Tour de France, publiés en juin-juillet 1941 dans Le Progrès de Lyon, et réimprimés à seulement six exemplaires sous forme de livre illustré en février 1942, sur les presses d’Audin.

Si l’on en croit le récit accompagnant cette photo, il s’agirait du compagnon menuisier du Devoir « Césaire Le Rochelais » (Césaire Seguin, 1882-1964), l’Ancien qui accompagne trois jeunes compagnons « pour nouer la tradition » du pèlerinage de la Sainte-Baume, évoqué dans le dernier de ces articles à la gloire de la « tradition » et du compagnonnage « rénové » (l’Association ouvrière des Compagnons du Devoir naissante). La photographie, datant de ce voyage à la Sainte-Baume réalisé au cours de mai ou juin 1941 (c’est-à-dire juste après la remise de la Charte du Compagnonnage par Pétain à Jean Bernard le 1er mai), est anonyme. Mais elle est assez probablement de l’auteur des articles, le journaliste André Sevry (1900-1976), qui pour sa part fut reçu compagnon d’honneur charpentier du Devoir de Liberté à Lyon en 1944 sous le nom de « Marchois Va de Bon Cœur ».

On notera toutefois que les couleurs qu’il porte sont plutôt celles d’un maréchal-ferrant que celles d’un menuisier du Devoir ; mais on sait aussi que les difficultés de l’époque, notamment en termes de difficultés de déplacement, ont pu le contraindre à porter d’autres couleurs que les siennes.

Le Maitron, dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, a consacré une notice à André Sevry (ainsi qu’il orthographiait lui-même son patronyme d’après ma documentation) ou Sévry (d’après la notice).

Quant à Césaire (ou Cézaire) Seguin, il est présent dans la base de données généalogiques du Musée du Compagnonnage de Tours. On voit qu’il était particulièrement attaché à la Sainte-Baume, mais rien n’y figure concernant cet épisode de 1941.

Noli me tangere : la Sainte-Baume et les compagnons #2

Le n° 84 de la revue bimestrielle Franc-maçonnerie magazine contient le second volet d’une brève étude que je consacre à la Sainte-Baume et les compagnons. Un premier volet a paru dans le n° 83 et un dernier volet paraîtra dans le n° 85.

Au fil de mes articles publiés régulièrement dans ce magazine, j’ai montré que les traditions compagnonniques ont souvent emprunté au patrimoine symbolique et légendaire de la franc-maçonnerie, ce qui a contribué à laisser croire aux initiés comme aux profanes que les deux mouvements étaient intimement liés. Mais les compagnonnages doivent également beaucoup au christianisme populaire. Par ailleurs, la naissance du discours « historique » au XIXe siècle vient aussi interférer avec les légendes, beaucoup moins figées qu’on ne le croit, en les modifiant pour les rendre historiquement crédibles. Le sujet de la Sainte-Baume en est l’exemple même.

On sait qu’aujourd’hui encore une grande partie des compagnons se rendent « en pèlerinage » à la Sainte-Baume en Provence. Il est d’ailleurs de plus en plus fréquent de lire que sainte Marie-Madeleine, qui aurait terminé sa vie dans ce lieu, est la « Sainte-Patronne » des compagnons du Devoir. Mais qu’en est-il exactement ? Ne serions-nous pas en réalité face à un cas de « fabrication de la tradition », avec la bénédiction tacite de l’Église ? Ces trois volets apportent des éléments concrets de réponse à cette question.

Le n° 84 (janvier-février 2022) est en kiosque. Pour les anciens numéros, voir le site internet du magazine : https://www.fm-mag.fr

Vous pouvez également acheter sur internet les articles à l’unité au prix de 1 €. Pour celui-ci, voici le lien : https://www.fm-mag.fr/article/tradition/noli-me-tangere-la-sainte-baume-et-les-compagnons-2-2266