Une fausse gourde ancienne de compagnon tailleur de pierre

Encore un faux compagnonnique en vente aux enchères…

Cette photographie (cliché anonyme) est une capture d’écran effectuée sur le site Interencheres.com le 15 janvier 2022 avant retrait du lot de la vente. Sa reproduction ici est à but pédagogique.

La gourde reproduite ci-dessus a été mise en vente vendredi aux enchères publiques avec la description suivante :

« Franc-Maçonnerie, Gourde plate en faïence polychrome à décor Franc-Maçon avec inscription ASDL Picard le décidé Compagnon Tailleur de pierre -Nantes -18 Avril 1827- maintenu par une corde. Ep. XIXe Ht. 25 cm L. 22 cm »

Il s’agit en fait d’un faux, compagnonnique et sans rapport avec la franc-maçonnerie, datant tout au plus de la fin du XXe siècle et peut-être même du début XXIe. À la date de 1827, le blason des compagnons passants tailleurs de pierre n’est en effet pas du tout celui-ci, et encore moins avec les quatre lettres ASDL qui n’apparaissent comme lettres symboliques accompagnant le blason (à la manière du UVGT des charpentiers) que consécutivement à la fondation de l’Association ouvrière des Compagnons du Devoir, en 1941. Par ailleurs, la forme du nom compagnonnique — Picard le Décidé — n’est en aucun cas correcte pour un tailleur de pierre, quelle que soit sa société compagnonnique, celle des Passants ou des Étrangers, à la date revendiquée de 1827.

Si ce n’était ces erreurs grossières (au regard des spécialistes et des compagnons instruits) accompagnées de l’indication d’une date bidon (ce qui est un comble en matière de gourde), on aurait éventuellement pu croire, avec un peu de naïveté ou de bienveillance, qu’il s’agissait d’un article-souvenir édité par les compagnons eux-mêmes à l’occasion d’un congrès ou d’une fête. Ainsi, la forme du surnom et la mention de Nantes pourraient au mieux faire croire à un produit contemporain réalisé pour honorer un compagnon tailleur de pierre de l’Union Compagnonnique, mais ce ne sont ni le blason ni les lettres symboliques employés dans cette société ; par ailleurs, en ce cas, la date de 1827 ne se justifie pas, l’UC n’étant née qu’en 1889. Tenant compte de l’ensemble de ces erreurs flagrantes, il s’agit sans l’ombre d’un doute d’un faux, produit dans l’intention de tromper l’acheteur et en aucun cas une forme de reproduction ou d’hommage « à la manière de ».

La chose ayant été signalée à la salle des ventes par mes soins, l’objet a été retiré de la vente. Espérons qu’il ne ressurgira pas ailleurs comme étant authentique…

Une photographie de compagnon à la Sainte-Baume en 1941

Mes recherches à l’occasion de la rédaction du 3e et dernier volet de mon article « Noli me tangere : les compagnons et la Sainte-Baume », qui paraîtra dans le n° 85 de Franc-maçonnerie magazine (mars-avril 2022), m’ont permis d’identifier ce compagnon dont la photographie, bien dans l’esprit propagandiste d’alors, clôture le recueil des articles écrits par André Sévry sur Les compagnons du Tour de France, publiés en juin-juillet 1941 dans Le Progrès de Lyon, et réimprimés à seulement six exemplaires sous forme de livre illustré en février 1942, sur les presses d’Audin.

Si l’on en croit le récit accompagnant cette photo, il s’agirait du compagnon menuisier du Devoir « Césaire Le Rochelais » (Césaire Seguin, 1882-1964), l’Ancien qui accompagne trois jeunes compagnons « pour nouer la tradition » du pèlerinage de la Sainte-Baume, évoqué dans le dernier de ces articles à la gloire de la « tradition » et du compagnonnage « rénové » (l’Association ouvrière des Compagnons du Devoir naissante). La photographie, datant de ce voyage à la Sainte-Baume réalisé au cours de mai ou juin 1941 (c’est-à-dire juste après la remise de la Charte du Compagnonnage par Pétain à Jean Bernard le 1er mai), est anonyme. Mais elle est assez probablement de l’auteur des articles, le journaliste André Sevry (1900-1976), qui pour sa part fut reçu compagnon d’honneur charpentier du Devoir de Liberté à Lyon en 1944 sous le nom de « Marchois Va de Bon Cœur ».

On notera toutefois que les couleurs qu’il porte sont plutôt celles d’un maréchal-ferrant que celles d’un menuisier du Devoir ; mais on sait aussi que les difficultés de l’époque, notamment en termes de difficultés de déplacement, ont pu le contraindre à porter d’autres couleurs que les siennes.

Le Maitron, dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, a consacré une notice à André Sevry (ainsi qu’il orthographiait lui-même son patronyme d’après ma documentation) ou Sévry (d’après la notice).

Quant à Césaire (ou Cézaire) Seguin, il est présent dans la base de données généalogiques du Musée du Compagnonnage de Tours. On voit qu’il était particulièrement attaché à la Sainte-Baume, mais rien n’y figure concernant cet épisode de 1941.

Noli me tangere : la Sainte-Baume et les compagnons #2

Le n° 84 de la revue bimestrielle Franc-maçonnerie magazine contient le second volet d’une brève étude que je consacre à la Sainte-Baume et les compagnons. Un premier volet a paru dans le n° 83 et un dernier volet paraîtra dans le n° 85.

Au fil de mes articles publiés régulièrement dans ce magazine, j’ai montré que les traditions compagnonniques ont souvent emprunté au patrimoine symbolique et légendaire de la franc-maçonnerie, ce qui a contribué à laisser croire aux initiés comme aux profanes que les deux mouvements étaient intimement liés. Mais les compagnonnages doivent également beaucoup au christianisme populaire. Par ailleurs, la naissance du discours « historique » au XIXe siècle vient aussi interférer avec les légendes, beaucoup moins figées qu’on ne le croit, en les modifiant pour les rendre historiquement crédibles. Le sujet de la Sainte-Baume en est l’exemple même.

On sait qu’aujourd’hui encore une grande partie des compagnons se rendent « en pèlerinage » à la Sainte-Baume en Provence. Il est d’ailleurs de plus en plus fréquent de lire que sainte Marie-Madeleine, qui aurait terminé sa vie dans ce lieu, est la « Sainte-Patronne » des compagnons du Devoir. Mais qu’en est-il exactement ? Ne serions-nous pas en réalité face à un cas de « fabrication de la tradition », avec la bénédiction tacite de l’Église ? Ces trois volets apportent des éléments concrets de réponse à cette question.

Le n° 84 (janvier-février 2022) est en kiosque. Pour les anciens numéros, voir le site internet du magazine : https://www.fm-mag.fr

Vous pouvez également acheter sur internet les articles à l’unité au prix de 1 €. Pour celui-ci, voici le lien : https://www.fm-mag.fr/article/tradition/noli-me-tangere-la-sainte-baume-et-les-compagnons-2-2266

Provençal La Bonne Enclume s’en est allé…

[AVIGNON] J’ai l’immense tristesse de vous faire part du décès de Roger Reynaud, « Provençal la Bonne Enclume », compagnon ferronnier des Devoirs Unis et éternel apprenti auprès du Grand Forgeron de l’Univers.

Roger Reynaud, photographié ici avec sa couleur blanche de l’Union Compagnonnique devant le tablier « Toujours Apprenti » du Musée de la franc-maçonnerie à Paris en 2013.

Sa famille, ses Frères de la RL « Agricol Perdiguier – L’Ami du Peuple », ses Pays de la Chambre d’Apt du Compagnonnage Égalitaire, et ses amis issus de toutes les forges de la vie l’accompagneront dans l’intimité de la vraie fraternité du cœur à sa dernière Cayenne cet après-midi.

Adieu, adieu, adieu

L’Académie de Vaucluse a décerné le Prix Paul de Faucher à J.-M. Mathonière

L’Académie de Vaucluse, société savante créée en 1801, décerne tous les deux ans à l’occasion d’une séance solennelle quatre prix destinés à mettre en valeur des travaux en rapport avec le département de Vaucluse :

  1. Le Grand prix de l’Académie.
  2. Le Prix Paul de Faucher, remis à des personnes ayant particulièrement servi ou honoré la culture dans le département.
  3. Le Prix de Blégiers qui récompense l’auteur d’un travail historique récent sur Avignon, le Comtat Venaissin ou la région d’Orange.
  4. Le Prix du Docteur Victorin Laval, également consacré aux travaux d’intérêt local.
Blason des compagnons passants tailleurs de pierre d’Avignon, vers 1710.

J’ai eu l’honneur de recevoir jeudi 2 décembre le Prix Paul de Faucher pour mes recherches sur les compagnonnages et la transmission des savoirs.

L’étude qui m’a plus particulièrement valu ce prix est la communication que j’ai présentée au titre de l’Académie de Vaucluse au 143e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, gratuitement téléchargeable en cliquant sur son titre :

« La transmission des savoirs chez les compagnons tailleurs de pierre en France aux XVIIIe et XIXe siècles »

Elle a été publiée dans Ressources et Construction : la transmission des savoirs sur les chantiers, sous la direction de François Blary et Jean-Pierre Gély, collection Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques, éditions du CTHS, 2020.

Voici le discours de Pierre Mollier, conservateur du Musée de la franc-maçonnerie, qui m’a fait l’honneur et l’amitié de me remettre ce prix.

Puis mon discours de réponse et remerciements.

Conférence sur « Les compagnons tailleurs de pierre autour d’Avignon et du Comtat Venaissin, du siècle de Louis XIV au début du XIXe siècle » à Carpentras

Dans le cadre des Journées nationales de l’architecture, je donnerai le samedi 23 octobre une conférence sur « Les compagnons tailleurs de pierre autour d’Avignon et du Comtat Venaissin, du siècle de Louis XIV au début du XIXe siècle », à la bibliothèque-musée Inguimbertine à l’Hôtel-Dieu de Carpentras (84). Plus d’informations.

Cette conférence s’appuiera sur un riche diaporama. Basée sur les travaux menés depuis 25 ans autour des archives des compagnons passants tailleurs de pierre d’Avignon, elle intègrera mes recherches les plus récentes touchant à la stéréotomie et aux liens compagnonniques avec quelques-uns des architectes célèbres de la région, notamment Jean-Baptiste Franque (1683-1758), recherches que j’ai évoquées dans ma contribution à l’ouvrage collectif « Du Trianon au château de Sauvan » (éd. Cardère, Avignon, 2019).

Escaliers compagnonniques à la sauce entourloupe

À découvrir dans le n° 82 de Franc-maçonnerie magazine, en kiosque à partir de demain, mon article sur les « escaliers compagnonniques à la sauce entourloupe ». Vous avez aimé les péripéties de ces pseudo escaliers de compagnons vendus par des brocanteurs peu scrupuleux avec la complaisance d’experts et de commissaires-priseurs incompétents dans ce domaine ? Eh bien il n’est pas certains qu’eux apprécient cet article ! Mais ma conclusion risque aussi de fâcher quelques-uns de leurs clients… Un peu de lumière dans l’escalier n’est pas nuisible gravement à la santé des lecteurs 😎

Le dossier central de ce nouveau numéro est consacré au Frère Rudyard Kipling.
https://www.fm-mag.fr

Une conférence au profit des jeunes de la Cayenne de l’Union Compagnonnique de Paris

Le 19 septembre 2019, à l’invitation de la Cayenne de Paris de l’Union Compagnonnique, j’avais donné dans les salons de l’hôtel Westin à Paris une conférence sur Les légendes compagnonniques et l’histoire. Celle-ci avait été filmée par Laurent Seroussi et la vidéo, d’une durée d’environ 1 heure, avait été mise sur une clé USB contenant également des photographies et des chants compagnonniques, sous un coffret en bois, pour être vendue au profit des jeunes de la Cayenne de Paris.

Il reste quelques exemplaires de cette clé USB et il vous est désormais possible de vous la procurer pour le prix de 25 euros (paiement par chèque), frais de port compris, directement auprès des jeunes de la Cayenne de Paris. Informations complémentaires et réservations en envoyant un mail à jeunescayenneparis@gmail.com

Vous pouvez voir ici un extrait gratuit de cette conférence :

COMPAGNONNAGE : Encore un faux en vente aux enchères !

Une vente aux enchères qui aura lieu le 5 juillet à Bordeaux comporte un lot compagnonnique dont l’authenticité est plus que douteuse et que j’ai signalé au commissaire-priseur — qui m’a répondu poliment… et ne fera évidemment rien pour écarter ce faux de la vente.

Cette aquarelle-souvenir du Tour de France est signée d’un certain Paul Ribière et datée de 1867. Outre le style même du dessin, marqué par la bande-dessinée et assez révélateur en lui-même d’un travail des années 1960-1970, les éléments pseudo-compagnonniques ne sont pas du tout conformes aux usages des compagnons passants charpentiers de l’époque revendiquée. Le nom compagnonnique lui-même ne tient pas la route : [Le] « Bien Aimé »… mais d’où ? De quelle province ou de quelle ville ?

Cette œuvre appartient en fait à une série de faux réalisés et commercialisés à la fin des années 1960 et au début des années 1970, lorsque la télévision fit la publicité de la quête d’antiquités compagnonniques du compagnon boulanger René Édeline. Vous êtes prêts à payer assez cher des antiquités ? En voici ! Depuis une vingtaine d’années, on voit ces faux ressurgir dans des ventes publiques. Il y en a, de cette même série façon BD populaire, qui ont été achetés par un musée compagnonnique que par amitié je ne citerai pas (alors qu’il avait été alerté en temps voulu par Laurent Bastard et moi-même). Ils dorment heureusement dans ses réserves.

Entre l’ignorance de certains et l’indifférence de la majorité des compagnons, sans compter la jubilation de quelques opératifs à voir des francs-maçons spéculatifs se laisser piéger, la malhonnêteté a encore de beaux jours devant elle !

L’histoire fragmentée des artisans bâtisseurs du Moyen Âge

Sous le titre L’histoire fragmentée des artisans bâtisseurs du Moyen Âge , le numéro 23 de HesaMag publie une interview de Jean-Michel Mathonière réalisée par Elsa Fayner, au sujet des bâtisseurs de cathédrales et des problèmes de santé au travail.

Cliquer sur le lien pour télécharger ce seul article, en français : https://www.etui.org/sites/default/files/2021-05/HM23_L%E2%80%99histoire%20fragment%C3%A9e%20%20des%20artisans%20b%C3%A2tisseurs%20du%20Moyen%20%C3%82ge_2021.pdf

HesaMag est publié par l’Institut syndical européen (European Trade Union Institute – ÉTUI) en santé et sécurité au travail. Plus spécialement consacré aux travailleurs de la chaîne alimentaire, me numéro complet est téléchargeable gratuitement en suivant ce lien : https://etui.org/fr/publications/les-travailleurs-de-la-chaine-alimentaire

L’interview est également disponible en anglais en sélectionnant le titre Medieval craftsman builders — a fragmented history dans le sommaire des articles :
https://etui.org/publications/workers-food-chain#table-contents

Cette interview est liée à mon livre 3 minutes pour comprendre les métiers, traditions et symboles des bâtisseurs de cathédrales :
https://www.editions-tredaniel.com/minutes-pour-comprendre-les-metiers-traditions-et-symboles-des-batisseurs-de-cathedrales-p-8595.html