Pétition appellant à soutenir l’appel des 1170 membres de la communauté scientifique internationale concernant la reconstruction de Notre-Dame de Paris

Il n’est pas dans mes habitudes de relayer ici des pétitions. Mais il est des moments où il est indispensable de se mobiliser pour le patrimoine car, à mon avis, le projet de loi que l’on cherche à faire passer d’urgence pour le chantier de Notre-Dame et l’état d’esprit le sous-tendant sont de nature à causer des dommages tout aussi catastrophiques à terme que l’incendie de la cathédrale.

Je reproduis ci-dessous le texte intégral de cette pétition à mon sens non polémique et pleine de bon sens. Vous pouvez la signer sur la plateforme Change.org

Monsieur le Président de la République, Le Figaro a publié le lundi 29 avril une lettre ouverte signée par 1170 membres de la communauté scientifique internationale vous appelant à ne pas dessaisir les experts du patrimoine de la gestion sereine de la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame de Paris et à renoncer à votre projet d’une loi d’exception visant à s’affranchir de tout ou partie des règles existantes quant à la protection du patrimoine.

Monsieur le Président, la France possède déjà une législation exemplaire et pionnière en la matière, que prolongent et complètent des chartes internationales comme celle de Venise et diverses actions de l’UNESCO sur le plan du patrimoine culturel.

Monsieur le Président, la France possède également des institutions d’excellence formant des spécialistes de la protection, reconnues internationalement et attirant des étudiants du monde entier, qu’il s’agisse des métiers de l’esprit ou de la main. Nous avons toute la main-d’œuvre nécessaire, depuis les cabinets d’étude jusqu’aux artisans parfaitement formés aux techniques les plus traditionnelles comme les plus modernes.

Monsieur le Président, passé la vive et légitime émotion devant ce désastre, gardons tous l’esprit calme et évadons-nous des calendriers autres que celui d’un chantier d’exception qui doit tout d’abord être parfaitement diagnostiqué quant à tous les dégâts subis, notamment par la maçonnerie qui dans sa minéralité est cependant un corps vivant, enfiévré et fragile, avant de pouvoir faire des choix quant au projet de restauration et établir un calendrier des travaux. Nul ne sait aujourd’hui si ce chantier durera 5 ans ou moins, 15 ans ou plus. Laissons le temps de la réflexion décider du temps nécessaire aux travaux et ayons tous un seul objectif, terriblement ambitieux celui-là : faire en sorte que ce chantier soit exemplaire, tant dans la qualité des travaux accomplis que comme laboratoire des techniques et des modes de transmission des savoirs-faire.

Nous demandons à tous les professionnels du patrimoine, qu’ils soient charpentiers, tailleurs de pierre, couvreurs ou de n’importe quel métier dit manuel, ou qu’ils soient conservateurs, historiens, professeurs d’architecture ou de n’importe quel métier dit intellectuel, de signer cette pétition pour se joindre à ces 1170 membres de la communauté scientifique internationale et épauler ainsi leur appel. Nous le demandons aussi à tous les amoureux du patrimoine, qu’ils soient partisans d’une reconstruction à l’identique ou bien de projets plus modernistes. Car dans tous les cas, ce monument phare qu’est Notre-Dame de Paris mérite l’urgence… d’une réflexion apaisée !

Merci Monsieur le Président de renoncer à votre projet de loi et de nous aider à réussir ce projet bien plus ambitieux dont l’humain sera la pierre angulaire.

Vous pouvez signer cette pétition sur la plateforme Change.org. Merci de la partager également le plus largement possible. 

Communiqué du Président de la Fédération Compagnonnique Nationale à propos d’un rassemblement de compagnons dimanche 21 avril suite à l’incendie de Notre-Dame de Paris

L’incendie de Notre-Dame de Paris a brutalement ramené au premier plan de la scène patrimoniale les compagnons « du Tour de France » ou « du Devoir ». Sous le coup de l’émotion, l’emballement médiatique et les réseaux sociaux ont produit une surenchère d’articles les concernant, mélangeant les aspects historiques avec les questions relatives à la formation et aux métiers manuels. Quelques compagnons ont par ailleurs largement contribué à « sourcer » des idées et des chiffres pour le moins erronés, où l’on saute sans preuve les siècles pour relier sans solution de continuité les bâtisseurs de cathédrales aux compagnonnages actuels, s’accaparant ainsi l’héritage prestigieux des Anciens sur le fond ambigu d’une sacralité des savoirs traditionnels.

© D.R.

Passé le choc émotionnel, et en attendant un article en cours de rédaction où je vous ferai part de mes réflexions quant à l’incendie de Notre-Dame de Paris et au rôle que pourraient jouer les compagnons dans sa restauration, je partage ici le communiqué suivant dont l’esprit est tout à fait conforme à ma pensée, rédigé par le président de la Fédération Compagnonnique Nationale à propos d’un rassemblement de compagnons prévu le dimanche 21 avril.

Jean-Michel Mathonière

À TOUS LES COMPAGNONS
DE LA FÉDÉRATION COMPAGNONNIQUE

Copie aux présidents de l’Union Compagnonnique, de l’Association Ouvrière des Compagnons du Devoir, de la Confédération des Compagnonnages Européen.

Nous avons eu connaissance d’un projet de rassemblement des compagnons, suite à l’incendie de la cathédrale Notre Dame de Paris, pour rendre hommage aux bâtisseurs d’hier et d’aujourd’hui, sur le parvis du monument dimanche 21 avril prochain, jours de Pâques.

Cette initiative louable, porté par des compagnons à titre individuel, montre bien l’immense émotion qui a touché l’ensemble de la communauté nationale et internationale, avec une intensité parfois accrue pour les hommes de l’art, descendant par leurs traditions des bâtisseurs de ces ouvrages symboles des capacités humaines en matière de savoir-faire et d’excellence.

Néanmoins, la Fédération Compagnonnique nationale ne s’associera pas à cette manifestation parce qu’aujourd’hui, dans l’effervescence médiatique, il ne lui paraît pas opportun de se livrer à une démonstration qui pourra être interprétée et commentée bien en dehors de la réalité de ce que les compagnons sont et font aujourd’hui.

Toutes les heures, de nouvelles hypothèses et propositions sont annoncées à grand renfort de média pour offrir des solutions réparatrices à l’immense blessure subie par ce monument.

Discrets par essence, et modestes dans leur posture, les compagnons se doivent de ne pas céder à cette déferlante qui risque de les présenter comme ce qu’ils ne sont pas et ce qu’ils ne veulent pas être.

Acteurs dans la cité, héritiers d’une tradition de bâtisseurs exigeante, ils seront bien-sûr présents au côté de tous les acteurs engagés pour relever le défi de la remise en état du monument, dès lors qu’un cadre défini sera proposé par les autorités compétentes.

En attendant, ils proposent de mettre leur engagement et leurs capacités au service des responsables du processus de sauvegarde et de réparation, et demandent à l’ensemble des décideurs à bien prendre en compte l’exceptionnelle opportunité que ce chantier à venir peut-être pour la jeunesse d’aujourd’hui et leur permette à travers la formation et l’emploi d’y être pleinement associés.

La Fédération Nationale s’est déjà régulièrement exprimée sur différents média présentant son regard et ses propositions doit rencontrer dès la semaine prochaine ses homologues des autres associations compagnonnique pour coordonner une réponse compagnonnique représentative.

Dans l’attente de nous retrouver dans les semaines qui viennent sur les « chantiers » qui nous occupent d’ores et déjà, recevez, chers compagnons nos salutations fraternelles.

Le président de la Fédération Compagnonnique Nationale
Jean-Michel DUTREY

L’Album de dessin d’ornement d’un soldat belge interné en Hollande durant la Première Guerre mondiale (suite)

Pour visionner correctement l’intégralité des 86 pages de l’album de cours de dessin d’ornement de Vincent Lembourg, réalisé de 1915 à 1917 dans le cadre de l’École de Travail du camp d’internement de Hardewyk (Harderwijk, Pays-Bas), vous pouvez désormais consulter ce lien Facebook (si vous possédez un compte) où elles sont toutes reproduites en assez bonne résolution.

Vous pouvez vous faire une idée de l’ensemble de cet album via cette vidéo :

Un texte inédit de Léonard de Vinci retrouvé à Avignon

Décidément, l’imminence des grandes expositions internationales destinées à commémorer le 500e anniversaire de la mort de Léonard de Vinci a boosté les musées et les équipes de chercheurs. Depuis un an, il ne s’est guère passé de semaine sans que l’on annonce la découverte de nouveaux documents ou d’œuvres en rapport avec le maître. On retiendra tout particulièrement dans cette catégorie les travaux ayant permis d’avoir enfin la quasi certitude que « La Joconde dénudée » que conserve le château de Chantilly est bel et bien, au moins pour partie, des mains du célèbre génie.

Ainsi, une fort discrète réunion de conservateurs parmi les plus compétents du monde s’est déroulée samedi 30 mars au Palais des Papes d’Avignon. C’était la raison réelle pour laquelle il était impossible d’accéder au centre-ville d’Avignon samedi, la direction des Gilets Jaunes ayant donné son consentement pour y organiser une fausse manifestation. Motif de cette réunion secrète ? Donner le dernier feu vert avant l’annonce officielle de la prodigieuse découverte, réalisée à Avignon il y a quelques mois, d’un manuscrit rédigé par Léonard de Vinci. Et cela avant son départ pour la fabuleuse exposition qui se déroulera au Louvre du 24 octobre 2019 au 24 février 2020.

Voici tout d’abord une photographie de cet inestimable document, qui nous a gracieusement été communiquée par le CIRI, organisme chargé de son analyse et des opérations de traitement destinées à en assurer la préservation physique (dépoussiérage, ionisation anti-moisissures, etc.).

Parchemin inédit de la main de Léonard de Vinci
© 2019 CIRI, Clos Luçay. Reproduction interdite sans autorisation.

Il a fallu de longs mois pour que les experts parviennent à comprendre ce texte car on sait que l’écriture de Léonardo est non seulement extrêmement difficile à déchiffrer, dans une langue matinée d’italien et de français, mais aussi parce qu’il utilisait des codes secrets à clés multiples. Des spécialistes du renseignement militaire ont d’ailleurs été appelés à la rescousse et c’est l’un d’entre-eux, le général Chalençon, qui est finalement parvenu à « craquer » le code (beaucoup plus compliqué en réalité que dans la fantaisie littéraire de Dan Brown).

Mais avant de vous en révéler un court extrait (car le CIRI réserve la publication intégrale pour le catalogue de l’exposition du Louvre), il faut révéler les circonstances de cette découverte providentielle. Le parchemin dormait en effet depuis environ deux siècles dans la bibliothèque de l’Académie de Vaucluse – dont on méconnait toute la richesse – et il y dormirait encore si ce n’était la curiosité proverbiale de son bibliothécaire, Monsieur C. Harvet. Au cours de travaux de classement, quelle ne fut sa surprise de trouver un document non inventorié, entre un parchemin juridique carolingien et une collection de monnaies chinoises rassemblée en 1889 par Joseph Eysséric, un Carpentrassien géographe, explorateur et peintre. On imagine aussi la stupéfaction lorsqu’ayant consulté un de ses collègues de l’Académie de Vaucluse, Monsieur T. Homas, grand spécialiste des archives, ils constatèrent, incrédules, qu’il s’agissait d’un texte rédigé par Léonard de Vinci lors de son trop bref séjour à Avignon (lors de son voyage à dos de mule entre l’Italie et la cour de François 1er), du 31 mars au soir au 2 avril 1516 au matin.

Que nous apprend ce texte en grande partie autobiographique de Léonard ? Eh bien tout d’abord que celui-ci était à la recherche du tombeau de Camelopardus, le mystérieux premier évêque d’Avignon. Pourquoi ? Eh bien parce que une légende locale faisait de lui le fondateur d’une société secrète qui aurait disposé des fabuleux secrets du roi Salomon ! N’ayant rien trouvé, le grand Vinci se tourna alors vers un érudit local, le Révérend Père d’Iguier (fondateur de l’église Saint-Agricol), afin de recueillir de sa bouche ce que lui-même avait reçu en confession ou lors des interrogatoires lorsqu’il officiait pour le tribunal de la Sainte Inquisition : les rites impies, sacrilèges et superstitieux des Compagnons de la Dive Bouteille, société secrète composée exclusivement d’artisans qui sévissait aussi bien dans les territoires de la couronne de France que dans les enclaves pontificales.

Comme le fait aujourd’hui Monseigneur Cattenoz (cf. son Encyclopédique de la franc-maçonnerie, éd. du Moniteur), Léonard voyait dans cette organisation les prémisses d’un ordre social susceptible de se passer de la hiérarchie de l’Église catholique. Ainsi, leur cri de ralliement était-il, en avance de plusieurs siècles, « Liberté ! Égalité ! Fraternité ! » mais, sous prétexte d’humanisme, ils travaillaient en réalité sans cesse à saper les fondements et remparts de la cité papale. On saisit parfaitement cette perversité dans l’extrait suivant de leur Code de 1495 que divulgue Léonard de Vinci dans son étude : 

« Dans les villes où l’église catholique possède des temples, les sections locales des Compagnons de la Dive Bouteille s’adresseront d’une façon officielle aux curés des églises pour obtenir la mise à leur disposition de ces bâtiments qui sont préférables à tous autres par leur disposition particulière qui est la copie de ce que doivent être nos ateliers symboliques, offrant toute la sécurité indispensable aux travaux de réception et possédant un matériel qui peut être avantageusement utilisé au profit de nos cérémonies. »

Quels étaient les rites mystérieux des Compagnons de la Dive Bouteille ? Avec l’autorisation du CIRI, voici quelques phrases du catéchisme d’initiation figurant sur le parchemin de Vinci :

« Le Grand Tire-Bouchon [note du transcripteur : c’est le titre symbolique et un peu ridicule que porte le chef de la section locale] : — Compagnons de la Dive Bouteille ici présents, si nos nouveaux frères devenaient parjures, que mériteraient-ils ? 
Tous répondent d’une voix sombre : — La mort ! 
Le Grand Tire-Bouchon : — Puisque vous avez confiance en leur parole ainsi qu’en leurs parrains, que demandez-vous pour eux ? 
Les Compagnons de la Dive Bouteille répondent d’une voix moins forte et plus douce : — La Lumière !
Le Grand Tire-Bouchon : — Que la lumière leur soit accordée et vous tous, Compagnons de la Dive Bouteille, à votre devoir qui est de boire. 
Ils boivent tous les trois coups convenus et au troisième… [la suite, d’une sauvagerie terrible, pourra être lue dans le catalogue de l’exposition Léonard de Vinci au musée du Louvre] »

L’emblème de la Dive Bouteille dessiné par Léonard de Vinci pour son ami François Rabelais. Gravure sur bois de l’édition princeps de 1519.

Tous les membres de l’équipe de rédaction de www.compagnons.info sont fiers et émus d’avoir été associés à l’annonce de cette prodigieuse découverte qui unit la grandeur de Léonard de Vinci à l’histoire avignonnaise. Nous tenons à remercier plus particulièrement l’Académie de Vaucluse et le professeur Jones, du cabinet Gilles & Jones, qui s’était déjà illustré avec la découverte du tombeau de Camelopardus, premier évêque d’Avignon.

Ajout du 2 avril 2019 : Je remercie le fidèle public de mes poissons d’avril ! Car vous l’aurez tous  compris : cette prodigieuse découverte est une farce. Toute ressemblance avec des personnages et des faits réels ne peut être que fortuite…