Tous les articles par Jean-Michel Mathonière

Conférence à Carpentras le dimanche 16 octobre

À l’invitation de l’association LES AMIS DE LA CATHÉDRALE ET DU PATRIMOINE DE CARPENTRAS, je donnerai le dimanche 16 octobre 2022 à 17 heures, en la cathédrale Saint-Siffrein, une conférence intitulée « LE TRAVAIL ET L’HONNEUR, TEL EST NOTRE DEVOIR : LES COMPAGNONS EN COMTAT »

Malgré la rareté des sources documentaires et l’aura de mystère qui entoure encore les compagnonnages, il est possible d’évoquer de manière précise la présence des compagnons tailleurs de pierre à Carpentras et dans le Comtat Venaissin au cours du XVIIIe siècle. Tour à tour simples artisans, entrepreneurs ou architectes au gré de leur parcours professionnel, quelques traces et témoignages permettent le temps d’une conférence de leur redonner vie et de mieux comprendre leurs traditions et symboles.

Escaliers compagnonniques à la sauce entourloupe, suite

Il y avait longtemps : j’ai signalé ce matin à un commissaire-priseur que l’escalier figurant dans une prochaine vente n’était certainement pas un « escalier de maitrise ou de compagnonnage » authentique, mais une variante de ces bibelots produits en Asie et vendus depuis des années via un réseau de brocanteurs et boutiques de décoration comme étant des pièces anciennes. Vous vous souvenez que j’ai dénoncé ce trafic dans un article publié il y a un peu moins d’un an dans « Franc-maçonnerie magazine » : https://www.fm-mag.fr/article/escaliers-compagnonniques-la-sauce-entourloupe-2219
Celui-ci est signé sur la base « Anderson London 1922 » et je crains fort que monsieur Smith ne dépose un recours quant à cette appropriation ! En attendant, espérons que l’honnêteté du commissaire-priseur l’amènera à signaler la chose dans la notice de la vente. Car hélas je ne doute pas qu’il se trouvera un naïf pour acquérir ce « chef-d’œuvre » et l’exhiber fièrement…

Encore un faux escalier compagnonnique ou de maîtrise proposé dans une vente aux enchères le 23 juillet 2022. Photographie empruntée pour information à la maison de ventes…
Les « trois frères » qui illustraient mon article publié dans Franc-maçonnerie magazine en 2021. Ah, les pièces uniques…

Une découverte exceptionnelle : le rituel des compagnons Étrangers tailleurs de pierre du Devoir à la fin du dix-septième siècle

J’ai le plaisir de vous annoncer qu’au cours de la conférence que je viens de faire à la Bibliothèque nationale de France (voir article précédent), j’ai présenté une prodigieuse découverte documentaire touchant à l’histoire des compagnonnages : il s’agit d’un manuscrit des règles des compagnons Étrangers tailleurs de pierre, la société rivale de celle des Passants, faisant état d’une assemblée générale ayant eu lieu le 2 mai 1680 à Dijon, et contenant leur rituel de réception. C’est sans conteste la plus importante découverte depuis celle des archives des compagnons Passants tailleurs de pierre d’Avignon en 1996.

On sait que les Étrangers se sont éteints à la fin du XIXe siècle et que pour diverses raisons, dont l’extrême rareté des archives les concernant, ils constituent un véritable mythe dans l’histoire des compagnonnages. L’édition critique à venir de ce document va apporter de nouvelles lumières non seulement sur le sujet de l’initiation, mais aussi sur l’histoire générale des compagnonnages à l’articulation des XVIIe et XVIIIe siècles, ainsi que sur la question des interférences entre les rites et symboles compagnonniques et maçonniques.

Un fichier PDF reproduisant l’intégralité du texte de cette conférence est disponible en téléchargement gratuit ici.

Nouvelles lumières sur les rites de réception des compagnons tailleurs de pierre français avant l’influence de la franc-maçonnerie

Je participerai à la 4e Conférence mondiale sur le fraternalisme (WCF) qui se tiendra les 10 et 11 juin au Musée de la franc-maçonnerie et à la BnF avec une courte communication (20 minutes) intitulée « Nouvelles lumières sur les rites de réception chez les compagnons tailleurs de pierre français avant l’influence de la franc-maçonnerie ».

Ma conférence aura lieu le samedi 11 à midi dans le petit auditorium de la Bibliothèque nationale de France.

La première partie fera le point sur ce qui nous est déjà connu de ces rites et des questionnements afférents par rapport à la franc-maçonnerie, sujet précédemment abordé dans mon article intitulé « L’Ascension d’Hiram », publié dans le volume 117 de la revue Cahiers Villard de Honnecourt https://www.scribe.fr/produit-349165-615/travaux-loge-villard-de-honnecourt-n-117-des-macons-aux-francs-macons.aspx

La seconde partie sera consacrée aux nouvelles lumières.

Le lien pour l’inscription et le programme détaillé de la 4e WCF sont sur le site internet de la société académique américaine PSO (Policy Studies Organization), co-organisatrice de l’évènement avec le Grand Orient de France et la BnF : https://ipsonet.org/conferences/world-conference-on-fraternalism/wcf2022program/

Deux blasons de tailleurs de pierre à Venterol (26)

Pour compléter l’annonce de la conférence que j’ai faite samedi 14 mai à Venterol, je réédite ici, avec quelques remarques complémentaires, un ancien article que j’avais publié sur mon blog le 10 septembre 2009.

Le premier se situe au-dessus d’une porte de maison, au début d’un passage débouchant juste en face du perron de l’entrée de l’église.

Ce blason est daté de 1778. On y voit, en chef : un compas entrouvert ; dans le champ, à senestre : une équerre, un maillet et un ciseau, à dextre : une grande polka (marteau taillant à tranchants opposés) et un petit marteau taillant bretté ou une boucharde (le rapport d’échelle avec la polka suggère qu’il s’agit plutôt d’une boucharde, mais le dessin encore très net des dents me laisse à penser qu’il s’agit d’une bretture) ; enfin, en pied : une règle. Une inscription court sous la règle et le ciseau : « ARIS ET ARMIS DE F. M. M.. M » (voir mon interprétation à la fin).

Le second blason est situé lui aussi au-dessus d’une porte, au début d’un soustet qui descend de la rue bordant le flanc sud de l’église.

Non daté, il présente la même composition d’outils, leur dessin étant à peu près semblable (le maillet est plus réaliste). Trois différences toutefois : l’encadrement qui était d’une simple bordure en arabesque sur le premier blason est devenu ici une couronne végétale (la forme des feuilles évoque davantage l’olivier dont c’est ici un fief, mais l’absence de fruits me fait pencher pour du laurier) ; un carré évidé et posé sur la pointe sous la règle ; l’absence non seulement de date mais aussi d’inscription.

Bien qu’étant en moins bon état de conservation que le premier exemple — qui est protégé par un auvent, lui-même protégé par l’orientation et l’étroitesse du passage —, je pense qu’il lui est postérieur et qu’il ne date peut-être même que du tout début du XIXe siècle. On perçoit encore dans les fonds des traces de l’emploi de la boucharde, tandis que ceux du premier, où l’on observe parfaitement les traces de taille, ignorent cet outil dont l’usage ne s’est généralisé qu’au XIXe.

Dans tous les cas, ces dispositions blasonnées des outils de tailleur de pierre sont caractéristiques des XVIIe-XVIIIe siècles. Je donnerai ici comme exemple le dessin ornant la reliure du registre de la communauté des maîtres maçons et tailleurs de pierre de Lyon datant de 1778 — c’est-à-dire de la même année que le premier exemple de Venterol.

Outre le compas disposé exactement de la même manière (en chef, au-dessus de la règle), on distingue des outils disposés de manière similaire, avec quelques éléments en plus — l’archipendule, la truelle et le fil à plomb — qui symbolisent en la circonstance la pose des pierre, c’est-à-dire le travail du maçon au sens actuel du terme (sens qui se dessine justement au XVIIIe siècle, le sens ancien étant plutôt celui de tailleur de pierre). Le blason de la communauté de métier est encadré par une branche d’olivier (on distingue les fruits) et une palme, selon une iconographie et une symbolique classiques que j’ai étudié dans mon étude sur le blason des Compagnons tailleurs de pierre, Le Serpent compatissant.

L’inscription « AR[T]IS ET ARMIS DE F. M. M.. M » du premier blason de Venterol est susceptible d’être interprétée ainsi (en corrigeant le « ARIS » en « ARTIS » : « Art [c’est-à-dire métier] et armes [blason] de F[rançois ?] M[nom de l’artisan], Maître Maçon. »

Ces maîtres maçons/tailleurs de pierre furent-ils également, dans leur jeunesse, compagnons « du Tour de France », Passants ou Étrangers ? En l’absence d’éléments plus déterminants dans l’inscription et l’iconographie, c’est impossible à affirmer mais c’est très probable car nous sommes là dans une profession largement compagnonnisée à l’époque. Mais le nom de Venterol, comme celui de Nyons et des villages alentours, est absent des archives des compagnons passants tailleurs de pierre que j’ai pu étudier jusqu’à maintenant, notamment des Rôles d’Avignon (cf. Travail & Honneur et la liste détaillée des 1039 passages de Compagnons enregistrés sur ces Rôles aux XVIIIe et XIXe siècles).

La cartographie des implantations et origines géographiques des Passants listés à Avignon montre bien que nous sommes là dans une région dont ils sont, malgré la proximité d’Avignon, quasi totalement absents car il s’agit d’une zone occupée par les Étrangers, la ville de Lyon ayant été emportée par ceux-ci sur les Passants à l’issue d’un concours qui se serait déroulé au début des années 1720 (voir une carte provisoire, basée sur des sources moins importantes que pour les Passants : la densité du gris traduit leur présence dans les zones partagées avec leurs rivaux, tandis que celle du magenta concerne les zones qui leur sont exclusives ou peu s’en faut).

Par ailleurs, mes recherches les plus récentes (2022) m’incitent à privilégier l’attribution à d’anciens compagnons Étrangers.

Quand Joseph Staline était compagnon forgeron en France

Tout le monde sait que Joseph Staline, né le 18 décembre 1878 à Gori (Géorgie) et mort le 5 mars 1953 à Moscou, est un révolutionnaire et homme d’État qui dirigea l’URSS à partir de la fin des années 1920 jusqu’à sa mort d’une main de fer.

On ignore généralement qu’avant de devenir un militant professionnel qui ne passait plus beaucoup de temps au travail, ce fut un artisan forgeron. D’où le fait d’avoir des mains de fer qu’il cachait d’ailleurs sous des gants blancs. Ce qu’au demeurant les historiens n’ont pas beaucoup exploré, c’est la période durant sa quête du pouvoir, vers le début des années vingt, où il tenta d’organiser le compagnonnage français en puissant syndicat bolchévique. Je dois à un franc-maçon titulaire du 450e degré, la communication d’un document que conserveraient selon lui les Archives nationales : la fiche établie par les agents de la Sûreté qui ne manquèrent pas à cette époque de surveiller ce militant hyper actif.

Sa photographie, hélas pas très nette, est conforme à tous les portraits connus de Joseph Staline. On le voit ici dans une de ses postures favorites, l’air faussement débonnaire, tenant une canne de compagnon et portant une écharpe ornée de l’emblème du Compagnonnage Uni qu’il tentait alors de mettre en place : une faucille et un marteau entrecroisés (évoquant son métier de forgeron), surmontés de l’étoile à cinq branches bien connue des initiés et entourés de rameaux de chêne et d’olivier.

Les archives du Kremlin, interrogées quant à savoir si elles avaient conservé ces attributs ainsi qu’un meilleur tirage de la photographie, m’ont répondu que mon attitude étant particulièrement « inamicale » à l’encontre du Pays-Camarade Staline, je pouvais aller me faire cuire un poisson (c’est l’expression russe pour dire d’aller se faire cuire un œuf).