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Compte rendu de “3 minutes pour comprendre les métiers, traditions et symboles des bâtisseurs de cathédrales” par Yonnel Ghernaouti

Je reproduis ici le compte rendu de mon livre 3 minutes pour comprendre les métiers, traditions et symboles des bâtisseurs de cathédrales (éd. Le Courrier du Livre, 2020) publié par Yonnel Ghernaouti sur le site internet de la Grande Loge Nationale Française. (Cette recension est parue à l’origine, sous la plume de YG, dans le n° 93, juillet-août 2020, de la revue La Chaîne d’Union.)

Jean-Michel Mathonière, auteur de Le plan secret d’Hiram (Dervy, 2012), est un spécialiste connu et reconnu des compagnonnages et, tout particulièrement, des compagnons tailleurs de pierre et charpentiers. […] il a été aussi commissaire, et rédacteur du catalogue, de l’exposition La Règle et le Compas ou de quelques sources opératives de la tradition maçonnique, en 2013, au musée de la franc-maçonnerie. 

Chez « Le Courrier du Livre », une des marques éditoriales du groupe Guy Trédaniel Éditeurs, Jean-Michel Mathonière signe ici le soixante-et-unième volume de cette belle collection « 3 minutes pour comprendre » qui aborde tous les grands domaines de la connaissance (ésotérisme, franc-maçonnerie, histoire, légendes, mythes, philosophie, religions, sciences, etc.) et qui doit son succès au sérieux de ses auteurs et à l’esthétisme de ses publications.

Le principe est simple, efficace et d’une grande lisibilité pour le lecteur, suivant en cela le même « process ». Pour chaque chapitre un glossaire est proposé, expliquant ainsi les mots clés parfois mal connus. Ensuite, chaque théorie ou sujet s’affiche sur une double page :  une explication claire et concise sur celle de gauche avec « Un développement en 3 minutes », un « Résumé en 3 secondes », un « Focus en 30 secondes », des « Thèmes liés » revoyant toujours à des chapitres de l’ouvrage et un « Texte en 30 secondes ». Quant à celle de droite, elle s’enrichie de croquis, dessins ou photographies, toujours remarquablement bien légendés – l’auteur citant même Napoléon Bonaparte « un bon croquis vaut mieux qu’un long discours ». Le chapitre s’achevant avec une fiche descriptive, dénommée profil, d’un célèbre maître d’œuvre ou architecte, tels, par exemple, Viollet-le-Duc, l’abbé Suger, Villard de Honnecourt pour les plus connus.

Ici encore, apprentissage et clarté, pédagogie et vulgarisation intelligente, loin de tous contours nimbés de mystères. Un beau-livre destiné donc tant à l’initié qu’au profane, au sachant qu’au néophyte. 

Connaître l’histoire de ces bâtisseurs, si souvent ignorée, c’est ce dont l’auteur nous offre en de multiples fragments permettant ainsi de mieux comprendre toute la richesse et la diversité de l’architecture de ces édifices de pierre qui résistent vaillamment à l’épreuve du temps et dont la France est semée.

Une introduction, sept chapitres et des annexes forment l’ossature du livre.

L’introduction, elle, débute avec le dramatique incendie du 15 avril 2019 qui a ravagé Notre-Dame de Paris, cathédrale inscrite au patrimoine mondial de l’humanité, et qui soulève la question de savoir si nous serions, encore aujourd’hui, capable de reconstruire à l’identique.

Questionnement qui concerne tout autant l’histoire de la construction que celles des métiers. Domaines abordés avec rigueur par Jean-Michel Mathonière qui débute avec « Le temps des cathédrales », comprenant la transmission de savoirs antiques, des bâtisseurs tant religieux que laïcs, des pèlerinages, des matières premières, et le passage à l’An Mil. Ce dernier suscitant une grande peur apocalyptique mais révélant une « formidable frénésie architecturale ». 

Chose étonnante et surtout fort méconnue, dans le second chapitre sur « Les acteurs de la commande et du chantier » où sont traités « L’architecture, art royal » ou encore « L’évêque et la cathédrale », c’est surtout le sujet sur « Les femmes sur le chantier » qui ne manquera pas d’interpeller le lecteur. Nous y apprenons qu’elles figurent, même si cela est marginal, « dans les comptes des fabriques des chantiers des cathédrales et d’autres édifices médiévaux en Europe ».

Aperçu d’une des doubles pages du livre.

Ensuite, des chapitres « Les organisations professionnelles », « les métiers des bâtisseurs de cathédrales », « Les connaissances pratiques et théoriques », « La géométrie, cinquième art libéral », « Les mythes, légendes et symboles de bâtisseurs », quatre retiennent essentiellement, pour le maçon que nous sommes, notre attention. À savoir, les organisations, les métiers, l’art libéral et les symboles, comme l’Arche de Noé, la Tour de Babel, le Temple de Salomon ou encore les quatre saints couronnés. Jean-Michel Mathonière nous présente les organisations professionnelles et les métiers tel Le Livre des métiers, rédigé au temps de Saint Louis vers 1268 par Étienne Boileau, prévôt de Paris, est le premier grand recueil de règlements sur les métiers parisiens. Il y aborde tant les corporations qui sont dirigées par des maîtres, les compagnons assistant aux réunions et aux fêtes qu’elles organisent que les confréries de métier représentant l’aspect pieux de la corporation. 

Les pages « La loge, cœur du chantier », « Aux origines du Compagnonnage et « Aux origines de la franc-maçonnerie » remettent, selon l’expression populaire, « l’église au milieu du village ». L’auteur nous rappelle les fondamentaux, du simple abri qu’est la loge à la franc-maçonnerie spéculative qui défend les valeurs les plus nobles chez l’être humain, en passant par le Compagnonnage, bien au-delà « des clichés romantiques hérités du XIXe siècle et de la littérature ».

« Les métiers des bâtisseurs de cathédrale » s’ouvrent sur le plus noble d’entre eux, celui d’architecte « qui est tout à la fois un artiste et un technicien ». Se succèdent ensuite tous les types de métiers À côté des tailleurs de pierre, maçons, manœuvres (manouvriers) et apprentis, on trouve d’autres corps de métiers : forgerons, charpentiers, tuileurs, verriers et vitriers, charpentiers…

Quant à la géométrie, ayant également pour objet les proportions, elle préside depuis l’Antiquité à la « construction du beau ». Elle fait partie du quadrivium qui se rapporte au « pouvoir des nombres » et devient la clé de la science des bâtisseurs. Il en découle donc un langage propre, chargé de symbolique.

Finalement, comme Victor Hugo (Notre-Dame de Paris, Livre V, Chapitre 2, 1832) qui écrivait « … le genre humain enfin n’a rien pensé d’important qu’il ne l’ait écrit en pierre… », nous retenons qu’il s’agit bien là de la belle ouvrage qui relate l’histoire de ces chefs-d’œuvre de structure et de beauté.

Le bandeau le disait « une formidable épopée ». Si nous en gardons le sens figuré, il s’agit bien d’une aventure fabuleuse que nous fait vivre Jean-Michel Mathonière. Au sens premier, son récit a su exalter en nous un grand et beau sentiment à travers les exploits et l’audace de ces œuvriers que sont les bâtisseuses de cathédrales, forçant encore et toujours notre respect. Et puisque les francs-maçons, aujourd’hui, ne taillent plus de pierres ni ne lèvent de charpentes, puisse ce livre nous aider à façonner notre cœur.

Yonnel Ghernaouti

Merci Yonnel pour ce compte rendu détaillé et chaleureux !

Lien vers l’ouvrage en vente à la librairie Scribe (GLNF)

Le chantier cathédral en Europe

Reçu au courrier aujourd’hui le beau volume, à paraître en librairie le 10 décembre, Le chantier cathédral en Europe (éditions Le Passage), issu du colloque européen éponyme tenu à Paris du 21 au 23 octobre 2019 à l’Institut national du patrimoine. Ce colloque rassemblait une trentaine de spécialistes internationaux, chercheurs en histoire de l’architecture et des techniques, architectes, ingénieurs et professionnels du patrimoine. Avec une approche interdisciplinaire originale, à la croisée de l’architecture, des techniques et du patrimoine, cette manifestation scientifique abordait les savoir-faire techniques et les pratiques coutumières singulières des ateliers de cathédrales.

J’y ai modestement participé avec une contribution intitulée : « Unis, vous grandirez toujours. Histoire, mythes et fantasmes à propos des compagnons du Devoir » (p. 198-207).

La vraie naissance de la corde à 13 nœuds

La relecture pour avis scientifique d’un article à paraître, dans une revue savante, sur la corde à treize nœuds et la quine des bâtisseurs m’a remémoré l’extraordinaire et pernicieuse influence qu’a exercé dans ce domaine la publication du volume 4 des Cahiers de Boscodon (1985). C’est principalement à partir de ce livre que diverses fadaises autour de la géométrie des bâtisseurs médiévaux se sont répandues et affirmées comme étant “historiques” et “scientifiques”.

Concernant la corde à 13 nœuds, que l’on voit aujourd’hui présentée comme une certitude jusque dans des ouvrages a priori sérieux, je ne puis que répéter ici ce que j’en ai écrit, brièvement, dans mon 3 minutes pour comprendre les métiers, traditions et symboles des bâtisseurs de cathédrales (éd. Le Courrier du Livre) :

« Corde à 13 nœuds : Instrument de mesure qui, selon certains auteurs contemporains, aurait été employé par les bâtisseurs médiévaux. Treize nœuds réalisés à distance constante sur une corde permettent en effet de matérialiser douze intervalles identiques et d’ainsi commodément former le triangle rectangle du théorème de Pythagore : 3 + 4 + 5 = 12. L’utilité de ce procédé aurait été de disposer sur le chantier d’un instrument permettant de tracer facilement un angle droit ou d’en vérifier l’exactitude.

« Il s’agit là d’une fable moderne, à fondement initialement pédagogique, colportée sans vérification durant la seconde moitié du XXe siècle par certains milieux s’intéressant aux bâtisseurs du Moyen Âge et fascinés par un pseudo-ésotérisme. Précisons que, d’une part, il n’existe aucun texte ancien mentionnant cet instrument ni aucune image de chantier qui le figurerait ou en montrerait l’usage. D’autre part, son utilité même supposerait, si on y réfléchit un tant soit peu, que les bâtisseurs médiévaux ignoraient ou dédaignaient l’usage du compas, de la règle et de l’équerre, ainsi que du cordeau simple, instruments de mesure et de tracé qui, eux, sont parfaitement et constamment attestés depuis l’Antiquité ! Pourquoi faire simple et exact quand on peut faire compliqué et imprécis ?

« En réalité, l’opération du tracé d’un angle droit (c’est-à-dire l’abaissement d’une perpendiculaire sur une droite) à l’aide d’un cordeau, sans nœuds, et de deux piquets est depuis très longtemps un fondamental de la géométrie pratique sur le terrain et offre une rapidité d’exécution et une exactitude sans aucune commune mesure d’avec la confection et l’usage d’une corde à nœuds, peu fiable dans la dimension rigoureuse de ses intervalles et sujette à des déformations à cause de l’humidité ambiante. Il permet de déterminer la valeur exacte de l’angle droit pour fabriquer ou vérifier les équerres, ces dernières étant d’un usage pratique beaucoup plus évident que celui de la corde à treize nœuds. » (p. 92)

Je suis heureux de voir un autre chercheur reprendre et développer avec rigueur les pistes et les raisonnements que j’ai évoqués dans mes publications sur Facebook durant ces dernières années. Cela chagrine beaucoup ceux qui ont construit tout un discours “opératif” sur ce genre de connaissances qui se seraient transmises sous le sceau du secret chez les compagnons du Tour de France depuis des siècles… et s’en sont fait un piédestal. La question de la fabrication de la “tradition” chez les compagnons (et accessoirement chez les francs-maçons) reste un tabou qu’il est indispensable de briser — et pas seulement pour le progrès des connaissances historiques.

Je ne manquerai pas de vous informer sur ce blog de la parution de la revue contenant, entre autres, cet article salvateur.

Et, en conclusion, quelle que soit mon opinion quant à ces fadaises, j’aurai une pensée émue pour le Frère Isidore della Nora, l’infatigable guide de l’abbaye de Boscodon, dont la faconde, l’accent italien et le sens de la mise en scène ont beaucoup fait pour la promotion de cette “tradition opérative”. R.I.P.

Le Frère Isidore au cours d’une conférence sur la géométrie des bâtisseurs. © Cliché Jean-Michel Mathonière 2006.

3 minutes pour comprendre les métiers, traditions et symboles des bâtisseurs de cathédrales

Mon nouveau livre, 3 minutes pour comprendre les métiers, traditions et symboles des bâtisseurs de cathédrales, sera disponible au moment où nous célèbrerons le triste anniversaire de l’incendie de Notre-Dame de Paris. Vous pouvez découvrir son sommaire et en feuilleter les premières pages en suivant ce lien : https://fr.calameo.com/read/004884852c70f4c1a5ffe

Format 18,5 x 23,5 cm, cartonné, 160 pages. Très nombreuses illustrations en couleurs. Éditions Le Courrier du Livre.

Il est d’ores et déjà possible de le pré-commander à votre libraire habituel (prix public : 21,90 €).

Plus d’informations sur le site internet des éditions Le Courrier du Livre