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Conférence sur les compagnons tailleurs de pierre et la gnomonique

Le Laboratoire de Mathématiques d’Avignon (LMA) et la Structure Fédérative de Recherche AGORANTIC de l’Université d’Avignon organisent le 22 février un colloque d’une journée autour d’Athanase Kircher (1602-1680), jésuite et érudit, un des scientifiques les plus importants de l’époque baroque. Cet événement est en partenariat avec l’Académie de Vaucluse et l’association Lux et Umbrae.

Mathématiciens et historiens traiteront du thème de la transmission des connaissances mathématiques sur les cadrans solaires. Partenaire de la journée, la bibliothèque Ceccano occupe les bâtiments de l’ancien collège des Jésuites où enseigna Kircher en 1632. Elle conserve dans ses murs les vestiges d’un exceptionnel cadran solaire à réflexion qu’il réalisa alors. Ce colloque sera ouvert au public.

Le nombre des places disponibles étant limité, il est indispensable de réserver en indiquant quelles sont les conférences que vous souhaitez suivre en envoyant un mail à:
colloquekircher@gmail.com 
avant le dimanche 17 février.

Voici le programme:
09:30 > 10:00 : accueil
10:00 > 10:45 : Denis Savoie (Astronome, SYRTE – Observatoire de Paris et musée des Arts et Métiers), La gnomonique de Kircher : une diversité inégalée.
11:00 > 11:45 : Étienne Ghys (Mathématicien, ENS Lyon, secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences), Ombre et lumière.
13:45 > 14:15 : Raphaël Dallaporta présentera son installation vidéo : Mundo combinatorio / Monde combinatoire. 
14:30 > 15:15 : Isabelle Pantin (Littérature et Language, ENS Ulm), Kircher, le livre et l’image scientifique.
15:30 > 16:15 : Jean-Michel Mathonière, Les compagnons tailleurs de pierre et la gnomonique.

Marques de passage de Compagnons tailleurs de pierre sur le temple de Diane à Nîmes (30)

Quelques photographies de marques de passage de Compagnons tailleurs de pierre sur le temple de Diane à Nîmes (Gard) :


Joli-Cœur le Gascon 1644


L’Espérance d’Orléans 1753


La Jeunesse de Castres


La Joie d’Orléans CTDP 1745


La Liberté Le Bourguignon


La Palme d’Angers CPTDP 1753


La Palme de Langres Compagnon (C.P.G.N.) Passant


La Réjouissance de Blois CPTDP 1746


Joli Coeur de Béziers 1741


La Vertu de Valabrègues CPTDP 1746

© Photographies Jean-Michel Mathonière, 2010, reproduction interdite sans accord de l’auteur.

Je reviendrai sur le sujet passionnant de ces marques de passage. La forme des noms compagnonniques, la mention ou non du rite (Passant ou Étranger), les lieux d’origine, les emblèmes et les outils représentés, tous ces détails sont autant d’éléments importants à analyser, qui nous apprennent bien des choses intéressantes.

Les Compagnons tailleurs de pierre en France et en Europe

Ce texte est extrait d’une conférence prononcée en mai 1999. Destiné à un public composé de plusieurs nationalités européennes et mêlant profanes et amateurs d’histoire, il m’a semblé fournir une bonne introduction générale au sujet. 

Il est une question que l’on se pose quelquefois devant tous ces monuments que nous avons hérités des siècles passés : qui étaient leurs bâtisseurs ? Je n’entends pas parler ici des commanditaires – rois, princes et puissants – mais des artisans qui les ont édifiés.

Si les archives nous apprennent quelquefois le montant de leurs salaires et, plus rarement, leurs noms, elles sont généralement muettes en ce qui concerne leur vie, leur personnalité, leur organisation. Trop souvent, les historiens contemporains en sont réduits à faire de simples suppositions pour ce qui est de leur formation professionnelle, de l’étendue exacte de leurs connaissances, tant sur le plan technologique que sur le plan culturel en général. Même si nous n’en sommes plus aujourd’hui à considérer le Moyen Âge comme une époque obscure et barbare, l’on se complaît encore trop à imaginer la culture comme étant alors réservée à une élite de moines et de nobles. L’absurdité de cette conception devient évidente si on la confronte aux extraordinaires réalisations que sont, par exemple, les cathédrales gothiques. Comment imaginer un seul instant qu’il s’agit là du résultat du travail d’artisans incultes ? Pendant longtemps, l’on a cru résoudre ce problème en transposant sur ces époques le modèle qui est le nôtre aujourd’hui : la conception et la direction de ces chantiers auraient été le fait de quelques individus éclairés, issus du clergé ou de la noblesse, et leur réalisation celui d’une main-d’œuvre plus ou moins qualifiée mais inculte, un peu comme nos émigrés. Mais cette hypothèse ne résiste pas à l’examen des rares documents qui subsistent : les architectes de ces époques sont généralement des tailleurs de pierre ou des charpentiers ; leur salaire est souvent à peine supérieur à celui des autres ouvriers qualifiés.

En fait, à défaut de posséder suffisamment de documents pour éclaircir cette question durant le Moyen Âge, il existe, pour les époques un peu plus récentes, un moyen de mieux comprendre le sujet. Je veux parler ici de l’étude des compagnonnages, un type d’organisation du métier qui existe aussi bien en France que dans tous les territoires de l’ancien Saint Empire Romain Germanique, et dont on a également trace dans d’autres pays d’Europe, notamment dans les Îles Britanniques.

Le sujet étant très vaste et, surtout, très complexe, je me limiterai ici à vous donner quelques aperçus sur les compagnonnages de tailleurs de pierre.

Il n’est pas inutile de commencer par définir grosso modo ce qu’est un compagnonnage, même s’il apparaît que cette définition est en réalité difficile et susceptible de nombreuses variantes. J’en resterai donc à un plan très général, qui soit valable aussi bien pour les tailleurs de pierre que pour les autres métiers, aussi bien pour la France que pour le reste de l’Europe.

Les Compagnons se distinguent des autres artisans pour trois raisons principales :

– ce sont le plus souvent des professionnels hors pair, d’une compétence nettement au-dessus de la moyenne.

– cette compétence, ils l’acquièrent durant les années qu’ils passent à voyager de maître à maître, de ville en ville, voire de pays en pays. D’ailleurs, pour la France, ils sont connus sous l’appellation générale de « Compagnons du Tour de France  »; en Allemagne, les « Zimmermann », les Compagnons charpentiers, se doivent d’aller le plus loin possible et aussi de séjourner à Jérusalem.

– enfin, et ce n’est pas là le moindre de leur prestige, ils possèdent des coutumes très particulières, notamment des rites initiatiques secrets qui tissent entre eux des liens fraternels. Ils possèdent un sens de la solidarité qui est sans commune mesure avec celui que d’autres contextes prêchent également, notamment les religions. Ces rites et ces coutumes se concrétisent également par l’adoption de signes de reconnaissances, de costumes particuliers – par exemple la célèbre tenue de velours noir et le grand chapeau des Compagnons charpentiers de Hambourg – et de divers symboles, le plus connu de tous étant l’équerre et le compas entrecroisés – symbole qui est également celui de la Franc-maçonnerie.

Venons-en maintenant à décrire ces compagnonnages de tailleurs de pierre. Je vous parlerai tout d’abord des compagnonnages français, avant d’aborder plus brièvement ceux des autres pays d’Europe.


SALOMON
Détail d’une lithographie compagnonnique du XIXe siècle.
Voir notice sur la réédition de cette lithographie.

Jusqu’à ces dernières années, ce que l’on savait des Compagnons tailleurs de pierre français se limitait presque exclusivement au fait qu’ils étaient considérés par les autres corps compagnonniques comme étant les plus anciens, les fondateurs, ceux qui se seraient constitués en compagnonnage sous le règne de Salomon, lors de la construction du premier temple de Jérusalem. S’il était difficile, faute de preuves documentaires, d’accorder un crédit scientifique à une telle légende, l’on acceptait néanmoins, sans davantage de preuves, qu’ils étaient les descendants directs des fameux bâtisseurs des cathédrales gothiques. En fait, les plus anciennes archives attestant de l’existence de compagnonnages de tailleurs de pierre ne dataient que du tout début du XVIIe siècle – de manière plus générale, aucun compagnonnage de quelque métier que ce soit n’est attesté en France, de manière absolument certaine, avant le milieu du XVIe siècle. Qui plus est, ces archives ne concernaient que des aspects secondaires, notamment les litiges ou les rixes qui les opposaient entre eux ou aux autorités civiles et religieuses. Presque rien ne nous était connu de leur organisation interne, si ce n’est le fait que, dans le cas particulier des Compagnons tailleurs de pierre, ils étaient divisés en deux rites hostiles  : celui des Compagnons « Passants  »du Devoir et celui des Compagnons « Étrangers ».

Cette situation agaçante pour les historiens a brutalement évolué lorsque, il y a tout juste trois ans, nous avons eu le bonheur de découvrir un volumineux ensemble d’archives provenant directement des Compagnons Passants tailleurs de pierre d’Avignon, archives datant des XVIIIe et XIXe siècles. C’était la toute première fois que de semblables documents étaient accessibles aux chercheurs. En effet, quelques autres sont toujours conservés par les actuels Compagnons Passants tailleurs de pierre.

Parmi les documents d’Avignon figuraient notamment plusieurs « Rôles  » – ce terme désigne tout à la fois l’emblème sacré de la société compagnonnique, son règlement intérieur et le recensement de tous les passages de Compagnons dans une ville. En l’occurrence, pour Avignon, nous avions deux textes de règlement séparés par une dizaine d’années, ce qui nous a permis de mesurer leur stabilité malgré quelques évolutions, et presque un millier de noms de Compagnons, pour une période continue allant de 1773 à 1869.

Rôle des compagnons passants tailleurs de pierre d’Avignon de 1782.
© Archives départementales de Vaucluse.

Consulter la notice du livre publié sur les découvertes en Avignon

Ce que nous ont appris ces archives s’est révélé en quelques semaines particulièrement révolutionnaire : nous nous sommes rendus compte que presque tout ce qui avait été dit au sujet des Compagnons tailleurs de pierre dans les livres généraux sur le compagnonnage était soit purement et simplement faux, soit très fautif – parce que déduit de ce que l’on savait ou croyait savoir d’autres métiers. Ainsi, pour vous donner un exemple très significatif, il apparaissait que, contrairement aux idées reçues, les tailleurs de pierre du XVIIIe siècle devenaient Compagnons sans faire auparavant de chef-d’oeuvre, ni de tour de France. C’est parce qu’ils acceptaient de devenir membres de la fraternité compagnonnique qu’il leur était possible, s’ils avaient besoin de voyager en France, de bénéficier de l’assistance des autres Compagnons, au gré des villes où ceux-ci possédaient des sièges. En fait, les critères d’admission dans le « Devoir  » – puisque tel est le nom que les Compagnons français donnent eux-mêmes à leur organisation – étaient avant tout d’ordre moral et religieux – ce devait être des catholiques n’ayant jamais subi de condamnation pénale et menant une vie honnête – et, presque accessoirement, professionnels – on leur demandait non pas d’être des tailleurs de pierre exceptionnels mais, plus simplement, d’être capables de vivre de leur métier et de ne pas faire déshonneur au prestige du compagnonnage. Contrairement à d’autres métiers, qui pratiquèrent cet usage peut-être seulement après la Révolution de 1789, ils ne faisaient donc pas de ces magnifiques chefs-d’oeuvre dont on peut admirer quelques-uns au Musée du Compagnonnage, à Tours.

Leur organisation interne, qui serait trop longue à détailler ce soir, était centrée sur la solidarité et le respect mutuel. Leur devise résume parfaitement bien leur idéal :

TRAVAIL ET HONNEUR

Les Compagnons qui arrivaient dans une ville où résidaient d’autres Compagnons étaient pris en charge ; on leur procurait immédiatement de quoi boire et manger et l’on se mettait en quête de travail pour eux. Si la situation économique ne permettait pas de leur trouver de l’ouvrage, on leur procurait de quoi subsister jusqu’à la prochaine ville où la société possédait un siège. Chacun, tout à tour, devait prendre sur son temps de travail pour s’occuper des charges inhérentes à cette assistance fraternelle. Tous les premiers dimanches du mois, l’ensemble des Compagnons de la ville et de sa région se réunissait au siège de la société, généralement une auberge, pour discuter des affaires en cours, régler les cotisations, recevoir les nouveaux membres, et, de manière générale, assurer le bon fonctionnement de la société.

La lecture des courriers échangés entre les sièges des diverses villes où ils étaient implantés permet de voir que la majorité d’entre eux possédait une culture qui était non seulement au-dessus de la moyenne générale mais aussi nettement au-dessus de celle de nombreux intellectuels. Ainsi, en 1841, à l’occasion d’une concertation au sujet de la nécessité de faire évoluer leurs règlements en fonction des acquis de la Révolution de 1789, ils portent sur la société et le progrès un regard qui anticipe nettement sur le Manifeste du parti communiste que Karl Marx publiera seulement sept ans plus tard… D’ailleurs, si l’analyse qu’ils font des mécanismes de la société possède des accents marxistes, l’on doit noter qu’ils transcendent cette analyse pour atteindre à une forme de sagesse que, aujourd’hui encore, on peut leur envier.

Un autre exemple de cette culture est lui aussi très significatif : le Compagnon qui a dessiné et rédigé le Rôle d’Avignon de 1782 était manifestement un lecteur habitué de l’Encyclopédie de Diderot et D’Alembert, dont la publication des 17 volumes ne fut achevée qu’en 1765, monumental ouvrage qui n’était pas à la portée financière de tout un chacun. Il faut dire que ce Compagnon était à cette date le plus gros entrepreneur de bâtiment de tout le sud-est de la France. Cela ne l’empêchait pas de continuer à fréquenter assidûment ses frères les tailleurs de pierre.

Pour ce qui concerne l’origine des compagnonnages, ces archives ne nous ont malheureusement pas appris grand-chose, du moins directement. Mais, de par tous les éléments précis qui nous sont enfin connus, il est désormais possible d’élaborer des hypothèses sérieuses que, petit à petit, la découverte d’autres documents viendra confirmer, corriger, et peut-être quelquefois infirmer.

S’il n’est pas à exclure que les légendes racontant une fondation aux temps bibliques possèdent une part de vérité, il est aujourd’hui à peu près certain que le développement des premiers compagnonnages est une conséquence directe des Croisades et de l’élan constructeur du XIIIe siècle, de cette époque que l’on a justement baptisée le temps des cathédrales. En effet, les croisades furent également l’occasion de fructueux échanges avec le monde musulman, qui était à l’époque bien plus en avance, à tous points de vue, que le monde chrétien, notamment en ce qui concerne les sciences et la technologie, tout particulièrement la géométrie sans laquelle la construction des cathédrales aurait été impossible. Par ailleurs, les Croisades amenèrent un important développement de l’architecture, à cause des travaux de fortification. L’on sait que les grands ordres chevaleresques, tout spécialement les Chevaliers de Saint Jean de Jérusalem (l’ordre de Malte aujourd’hui) et ceux de l’Ordre du Temple, entretenaient d’importantes équipes d’ouvriers et il n’est donc pas à exclure qu’ils aient tenté de les structurer de la même manière qu’ils l’étaient eux-mêmes. Certains usages et rites compagnonniques prêchent en faveur de cette idée.

De retour dans les royaumes et empires chrétiens, ces organisations d’ouvriers perdurèrent, d’autant que la construction des cathédrales nécessitait une main d’oeuvre nombreuse, qualifiée et disciplinée. Si les archives n’ont à l’heure actuelle livré aucune preuve de l’existence formelle, pour la France, de semblables compagnonnages – ce n’est pas le cas pour l’Allemagne – c’est peut-être tout simplement à cause du fait que ce mode d’organisation semblait tellement naturel qu’il échappa à l’attention des chroniqueurs.

Cette hypothèse peut trouver un début de confirmation dans le fait que l’émergence des compagnonnages dans les archives se situe précisément dans le cadre des crises que traversa la société au XVIe siècle avec, d’une part, l’irruption de la Réforme – qui provoquera durant plus d’un siècle une chasse aux sorcières aussi bien chez les catholiques que chez les Protestants – et, d’autre part, la naissance du capitalisme moderne – qui introduira des clivages entre maîtres et ouvriers, lesquels vivaient jusqu’alors dans une entente familiale. Les premiers compagnonnages nous sont en effet connus au travers des grèves qu’ils provoquèrent ainsi qu’au travers de procès en ce qui concerne leur orthodoxie religieuse – catholiques et protestants s’entendant d’ailleurs pour considérer les rites initiatiques des Compagnons comme hérétiques.

C’est le moment de dire quelques mots sur ces rites. L’admission dans le Devoir est sanctionnée par une cérémonie appelée la Réception. Celle-ci, d’après le peu que nous pouvons en savoir, car elle reste aujourd’hui encore très secrète, se décompose en deux parties : d’une part la prestation d’un serment de fidélité au Devoir et à ses règles, notamment la solidarité entre Compagnons ; d’autre part la mise en scène d’une sorte de pièce de théâtre dans laquelle le nouveau membre occupe la place centrale. Si cette représentation varie beaucoup d’un métier à un autre, la trame est généralement identique : à l’origine de la société, il y a souvent un fondateur qui a été assassiné et qui, en quelque sorte, connaît comme une résurrection, une réincarnation dans le nouveau membre. Dans le même temps, ce dernier est souvent assimilé à l’assassin du fondateur, ce qui peut sembler paradoxal. Quoi qu’il en soit, ce rite de réception est un rite de mort et de résurrection. C’est pourquoi il se termine par un baptême, l’initié recevant un nouveau nom puisqu’il est né une seconde fois. Chez les Compagnons tailleurs de pierre, qu’ils soient du rite des Passants ou de celui des Étrangers, ce nom est formé par celui d’une vertu suivi de celui de la ville dont il est originaire. L’on a ainsi : la Prudence d’Avignon, la Fidélité de Lyon, Joli Cœur de Bordeaux, la Sagesse de Paris, etc.

Le millier de noms de Compagnons que nous avons retrouvés dans les archives avignonnaises nous a ainsi permis de reconstituer une carte des origines géographiques des tailleurs de pierre, ainsi qu’une hiérarchie de leurs vertus préférées.

Pour ce qui est de la géographie, il apparaît de la sorte que leur implantation n’est absolument pas homogène. Même s’ils ont un siège très important à Paris, presqu’aucun Compagnon tailleur de pierre n’est originaire de cette ville. En fait, ce compagnonnage, comme plusieurs autres, s’est développé presque exclusivement au sud de la Loire, dans les anciens territoires de langue occitane. On peut aussi noter que c’est un phénomène nettement centré sur les grands centres urbains. L’explication de cela est d’ailleurs très simple : les tailleurs de pierre sont moins attachés aux lieux d’où provient la matière première qu’ils emploient, qu’aux grandes villes où se construisent des monuments.

Cette analyse géographique nous a également amenés à entrevoir un point important qui avait échappé à nos prédécesseurs : l’implantation de l’autre rite de Compagnons tailleurs de pierre, les Étrangers, n’est pas exactement la même que celle des Passants. Les premiers semblent s’être spécialisés dans le travail des pierres dures, tandis que les seconds ne travaillent que les pierres tendres. Par ailleurs, les Étrangers sont plutôt implantés dans les zones à dominante protestante, alors même qu’ils sont le plus souvent catholiques, et l’on peut noter qu’ils sont plus nombreux dans l’Est, dans des régions qui ont longtemps été sous la domination du Saint Empire Romain Germanique ou qui lui sont frontalières. Si l’on prend en compte d’autres particularités de ces Compagnons « Étrangers », l’on peut alors se demander si leur surnom ne signifie pas tout simplement qu’ils sont d’origine étrangère. Malheureusement, si grâce aux découvertes faites en Avignon, nous connaissons mieux aujourd’hui le rite des Compagnons Passants, celui des Étrangers reste trop mystérieux pour savoir s’ils possèdent un étroit lien de parenté avec les Compagnons tailleurs de pierre germaniques.

Origines géographiques des Compagnons Passants TdP d’Avignon. © Jean-Michel Mathonière

Consulter la liste complète des 1039 passages de Compagnons Passants TdP en Avignon

Consulter un règlement des Compagnons Étrangers tailleurs de pierre.

C’est maintenant le moment de vous parler un peu de ce compagnonnage germanique et des autres formes de compagnonnage que l’on peut relever dans d’autres pays d’Europe.

À la différence de la France, les archives concernant les Compagnons tailleurs de pierre de l’ancien Saint Empire sont très riches et permettent de connaître les grandes lignes de leur histoire dès le Moyen Âge. Divers documents attestent de l’existence de loges de tailleurs de pierre sur les grands chantiers gothiques dès le début du XIIIe siècle. Par ailleurs, en 1459, des Maîtres et Compagnons de toutes ces loges tinrent une réunion à Ratisbonne (Regensburg) afin d’adopter un règlement commun, lequel nous est parvenu (télécharger la traduction de ce règlement au format PDF). Ils décidèrent à cette occasion que le siège suprême de leur organisation, la « Bauhütte », serait la loge de la cathédrale de Strasbourg, et leur grand Maître l’architecte de même cathédrale. Le vaste territoire germanique fut également divisé en quatre zones, avec à la tête de chacune d’entre elles une loge principale : Strasbourg, Cologne, Vienne et Zurich. La suprématie de la Grande Loge de Strasbourg ne prendra fin qu’en 1771, presque un  siècle après l’annexion de cette ville à la France.

Comme les Compagnons français, les Compagnons germaniques pratiquaient l’itinérance de chantier en chantier et ils possédaient des rites initiatiques secrets. Eux aussi se réclamaient d’une fondation première à l’époque de la construction du temple de Salomon. Et eux aussi portèrent au plus haut le renom de la société, en accomplissant des chantiers exceptionnels et en travaillant toujours dans le respect de l’honneur.

Ce compagnonnage germanique a étendu très loin ses ramifications, notamment en direction de l’Europe Centrale et du Sud. La trace de ces Compagnons tailleurs de pierre est d’autant plus facile à suivre que chacun recevait à son admission dans la société une marque qui lui était personnelle, marque qu’il apposait sur chacune des pierres qu’il taillait.

C’est ainsi que, par exemple, en observant attentivement les marques laissées sur les pierres les plus remarquables des églises, l’on peut remarquer qu’ils descendaient jusqu’à Venise par la vallée de l’Adige, certainement en même temps que le marbre nécessaire à la construction des monuments de Vérone, de Florence et de Venise.

Il est possible qu’ils provoquèrent ainsi en Italie la création de compagnonnages spécifiques, mais ceux-ci semblent avoir disparu sans laisser de traces.

Une marque de Compagnon tailleur de pierre sur l’escalier de la Maison de l’Œuvre à Strasbourg. © Photographie Jean-Michel Mathonière.

Consulter l’article sur la géométrie « secrète » et les marques des Compagnons tailleurs de pierre de la Bauhütte germanique.

Télécharger (fichier PDF) l’extrait de ma conférence sur la Bauhütte au musée du Compagnonnage (Tours) en 2002.

Il en va tout autrement dans les Îles Britanniques. Les archives mentionnent l’existence de loges de Compagnons tailleurs de pierre dès le XIIIe siècle. Le plus ancien règlement conservé date de la fin du XIVe et il offre des indices d’une possible origine française. Par ailleurs, d’importantes loges sont attestées en Écosse à la fin du XVIe siècle, loges dont il semble qu’elles étaient davantage inspirées du modèle germanique – ce qui est d’autant moins impossible que l’Écosse et le Saint Empire entretenaient alors d’excellents rapports. Mais, là encore, si l’on connaît l’existence de ces loges, il est très difficile de se faire une idée précise de leur organisation interne. Cependant, elles connurent une fortune singulière puisqu’en disparaissant, au cours du XVIIe siècle, elles donnèrent indirectement naissance à une institution qui fit beaucoup parler d’elle par la suite : la Franc-maçonnerie spéculative. Mais, comme disait Rudyard Kipling, « ceci est une autre histoire…  »

Consulter l’article sur le mystère des origines de la franc-maçonnerie.

Consulter l’article sur les confusions entre compagnonnages et franc-maçonnerie.

Consulter l’article sur les Compagnons Étrangers tailleurs de pierre et la franc-maçonnerie spéculative.

Le serpent compatissant : introduction

Cet article reproduit l’introduction intégrale de mon livre Le serpent compatissant.

salomon et hiram
Salomon et l’architecte du Temple de Jérusalem, avec l’équerre et le compas « serpentin ». Cathédrale de Reims, XIIIe siècle.

INTRODUCTION

Les compagnonnages français de tailleurs de pierre forment un sujet qui intéresse un public assez large et hétérogène.

Les actuels et futurs Compagnons tailleurs de pierre tout d’abord, quelles que soient leurs sociétés de rattachement, car ils se doivent de mieux connaître et comprendre leurs traditions et leur histoire. À cet égard, il n’est sans doute pas inutile de rappeler qu’en définitive, passées la collecte des faits et leur analyse, le rôle de l’histoire est de nourrir la réflexion sur le présent et d’ainsi aider, peut-être, à mieux préparer l’avenir.

Viennent ensuite tous ceux qui s’intéressent à divers titres à l’architecture, à l’histoire de l’art et des techniques, à celle du travail et des métiers, à la sociologie, etc. – c’est-à-dire à tous les domaines où les compagnonnages, en général, et celui des tailleurs de pierre, en particulier, ont laissé des empreintes dont l’importance est quelquefois négligée. Ainsi, tout particulièrement, de l’histoire de l’architecture qui tend à se préoccuper davantage des architectes que des ouvriers ; or, l’architecte ne fut bien souvent, jusque tard dans le XVIIIe siècle et même au-delà, que le primus inter pares, c’est-à-dire un habile tailleur de pierre (Compagnon ou non, les documents ne sont généralement guère explicites sur ce point).

Enfin, le sujet intéressera évidemment tous ceux qui se préoccupent du symbolisme et de l’histoire de la franc-maçonnerie. Si la parenté entre cette dernière et les compagnonnages reste incertaine et même douteuse du point de vue strictement historique – j’y reviendrai –, il n’en demeure pas moins que des rapports bien réels existent à deux niveaux : celui des influences réciproques, dès le XVIIIe siècle, et celui de l’enracinement dans des substrats culturels communs ou similaires. Au-delà de la problématique d’éventuels emprunts qui trahiraient de ce fait un lien de parenté, l’analyse des symboles du blason des Compagnons Passants tailleurs de pierre (français) permet à cet égard de mettre en évidence des sources auxquelles les loges opératives (anglaises) ont également – et nécessairement – empruntées. C’est notamment ainsi que l’appellation d’« Art royal », qui est appliquée de longue date à la tradition maçonnique, trouve indubitablement son origine dans le huitième livre des Proverbes attribué à Salomon – le roi bâtisseur que les compagnonnages comme la franc-maçonnerie revendiquent pour fondateur de leurs institutions respectives – ; source biblique dans laquelle s’enracinent de nombreux symboles juifs et chrétiens relatifs à la dimension cosmologique de l’architecture/géométrie (c’est tout un) et que, pour leur part, les Compagnons Passants tailleurs de pierre ont surtout exploitée sous l’angle de la thématique de la Prudence, vertu que, dès le XVIe siècle, un Philibert Delorme préconise à l’architecte et au maître-maçon de particulièrement cultiver.

Puisque nous en sommes à évoquer la prudence, c’est le lieu de préciser quelque peu l’orientation méthodologique de ce travail et de faire quelques mises en garde d’ordre général.

Un premier constat tout d’abord : si le sujet général des compagnonnages reste, malgré toutes les zones d’intérêt qu’il recouvre, un champ de recherche très peu exploré par les historiens contemporains, c’est assez probablement à cause de l’aura de mystère et d’ésotérisme dans lequel il baigne. Les contraintes scientifiques auxquelles sont soumis les chercheurs, notamment en ce qui concerne la valeur des matériaux documentaires fondant leur travail, s’accordent en effet difficilement avec le culte du secret ou de l’approximatif qu’entraîne une telle atmosphère – qu’une frange d’auteurs cultive, il faut le dire, plus souvent à tort qu’à raison. Il serait pourtant précieux de posséder sur les compagnonnages davantage de ces monographies locales ou spécifiques qui font la richesse des ressources documentaires dont disposent abondamment d’autres domaines des sciences humaines afin d’en faciliter l’étude générale.

Outre ces monographies, travaux ingrats à bien des titres, il reste bien sûr possible d’envisager de traiter avec ampleur du sujet sans prendre le risque d’aborder sur le fond les questions ésotériques et d’encourir ainsi les foudres de la communauté scientifique, par exemple en l’envisageant sous l’angle strict de l’histoire des organisations ouvrières, pour n’y voir qu’une sorte d’ancêtre des écoles de perfectionnement professionnel, des syndicats, des caisses de retraite et autres mutualités – c’est ce qu’a fait en 1901 Étienne Martin-Saint-Léon en publiant le premier ouvrage spécifiquement consacré à l’histoire du compagnonnage. L’on peut aussi, toujours dans la même crainte, s’intéresser avant tout à son histoire moderne, celle pour laquelle la documentation est abondante et l’interprétation des faits réductible à des schémas communs et à des instrumentalisations discernables – c’est ce qu’a fait François Icher tout récemment en publiant sa thèse de doctorat consacrée aux compagnonnages au XXe siècle.

L’on peut encore et surtout, toujours pour complaire à la pensée académique, tenir (mais en l’avouant à mots couverts, «  médiatiquement corrects ») tout le fatras ésotérique pour foutaises bonnes à cependant attirer la clientèle des rêveurs et autres gogos, ou, au mieux, pour un folklore aujourd’hui dépassé qui illustre bien le caractère crédule et superstitieux, presque infantile des ouvriers d’antan. Si doués et si sympathiques cependant, ces ouvriers (qui, hormis quelques nobles, n’en compte pas parmi ses ancêtres proches ?). Ah ! L’amour de la belle ouvrage qui fait si cruellement défaut à notre époque (sauf chez les Compagnons bien sûr !)… Ah ! Les beaux clichés romantiques pour illustrer des livres décidément trop polis pour être honnêtes, trop quadrichromiques pour être assez hauts en couleurs… La difficulté qui reste cependant latente, c’est de choisir son camp : la littérature ou l’université, le succès de librairie ou la relégation dans les bibliothèques savantes et les étaux des soldeurs. Car il s’avère difficile de jouer et de gagner sur les deux tableaux.

L’on pourra trouver ces propos cyniques et trop caricaturaux. Pourtant, ils décrivent (me semble-t-il avec lucidité) les ornières dans lesquelles s’est depuis des décennies embourbée la majorité des recherches et des publications sur les compagnonnages français : excès d’ésotérisme (ou, plus exactement, de pseudo ésotérisme)  ; excès d’académisme ; excès de romantisme et de folklore sur l’air du « bon vieux temps ».

Or, tout excès d’imagination mis à part, il me faut insister ici sur le fait que les compagnonnages possèdent bel et bien une profonde dimension initiatique qui ne saurait être réduite ni au folklore (au sens péjoratif que ce terme tend à prendre), ni à de simples considérations relatives à la psychologie des groupes – lesquelles, comme on peut actuellement le constater aussi pour l’emploi à tout propos du terme « compagnonnage » dans la presse, s’accompagnent trop souvent d’une banalisation excessive de l’adjectif « initiatique ». Même s’ils comportent des épreuves physiques qui ne sont pas que symboliques (comme c’est le cas dans la franc-maçonnerie), les rites de Réception ne sont pas totalement analogues aux bizutages pratiqués dans les grandes Écoles ; même s’ils sont pour partie les héritiers de ces « mystères  » dont les représentations théâtrales attiraient les foules du Moyen ge sur les parvis des cathédrales, ce n’en sont pas que des vestiges folkloriques. De même, contrairement à une idée très répandue, les symboles que véhiculent ces rites et les traditions compagnonniques, n’appartiennent pas seulement au métier exercé par tel ou tel, loin s’en faut, et ne sauraient par conséquent être réduits à un ensemble de simples (et archaïques) signes identitaires.

Il convient donc en réalité d’aborder l’étude de la dimension initiatique et symbolique des compagnonnages, dimension qui en forme le cœur à défaut de ne (peut-être) pas en avoir été le moteur, avec la même objectivité que leurs autres aspects et avec les compétences adéquates : ainsi, la symbolique ancienne obéit-elle à des règles de lecture, qui s’apprennent et possèdent somme tout une grande rigueur, et non simplement à des « intuitions » qui, souvent fondées sur l’ignorance, laissent trop aisément le champ libre aux obsessions de chacun – ou, pire finalement, à des banalités « psycho-quelque chose » tellement passe-partout qu’elles en sont, sous le bel habit de leur jargon, quasi totalement vides de sens.

Ce n’est pas dire que les rites et symboles compagnonniques relèvent intégralement d’un ésotérisme qui serait consciemment cultivé depuis des siècles par tous les Compagnons, indistinctement. S’il n’est pas impossible que leur trame fondamentale résulte initialement d’une telle intention – nous verrons au sujet du blason des Compagnons Passants tailleurs de pierre qu’il fait preuve d’une profonde cohérence et ouvre graduellement (initiatiquement) à des perspectives pour le moins spirituelles –, le temps et les préoccupations de ces hommes, qui ne sont pas que des spéculatifs (car les opératifs savent eux aussi spéculer), ont fait leur œuvre et ont rendu relativement confuse la tradition.

Si la compréhension exacte de certains des éléments de l’héritage compagnonnique est probablement à jamais impossible, pour cause de lacunes documentaires irrémédiables, celle d’un assez grand nombre peut être à peu près restituée, soit en mettant à jour de nouvelles sources documentaires, soit – et c’est là une méthode dont l’application forme l’essentiel de ce livre – en analysant les sources connues en perspective d’en retrouver et d’en dater les racines dans les substrats culturels (notamment religieux et professionnels) que les compagnonnages d’antan avaient nécessairement à leur disposition. Outre l’iconographie emblématique qui s’avère être un gisement particulièrement riche et relativement aisé à structurer chronologiquement, bien d’autres aspects de la tradition compagnonnique (par exemple l’étymologie de leur vocabulaire spécifique) sont susceptibles de fournir ainsi de précieuses indications, lesquelles peuvent d’ailleurs déboucher sur des découvertes documentaires venant les confirmer ou, plus généralement, les affiner. Et ces nouvelles sources peuvent à leur tour être décortiquées à l’aide de la même méthode, etc.

Dans une telle perspective, où le recours à l’hypothèse est cultivé et – je l’espère – maîtrisé, l’infirmation fait quelquefois tout autant progresser que la confirmation et il apparaît au chercheur, souvent trop pressé d’aboutir, qu’il importe finalement moins de résoudre les questions que de tout d’abord les poser. Et la difficulté ne réside pas dans les questions évidentes, mais dans toutes celles qui, n’étant pas perçues comme telles, ne sont évidemment pas posées et faussent ainsi l’appréciation globale des perspectives auxquelles doit s’ouvrir le processus de recherche. Dans le domaine compagnonnique, beaucoup de connaissances supposées définitivement acquises s’avèrent en effet, au fur et à mesure que des découvertes documentaires permettent de progresser, être des idées reçues qui entravent la recherche. Ainsi, pour en donner un seul exemple concret, lorsque Laurent Bastard et moi-même avons commencé l’étude des documents des Compagnons Passants tailleurs de pierre d’Avignon, il a fallu plusieurs semaines, le nez dans les textes à longueur de journées et de nuits, pour nous rendre compte et nous étonner de l’absence du terme « tour de France » – et comprendre alors, cette question étant posée, que cette pratique « caractéristique » (au sens quasi exclusif et fondamental du terme) des compagnonnages n’avait pas, sous l’Ancien Régime, tout à fait la forme et l’importance considérable qu’elle avait prises (surtout dans d’autres métiers que celui de tailleur de pierre) au cours du XIXe siècle. C’est là l’illustration d’un piège redoutable auquel sont fréquemment confrontés les historiens dans leurs analyses : la projection sur le passé de grilles de lectures toutes faites, admises par tous et bien commodes, mais qui peuvent en certains cas s’avérer totalement fausses car forgées a posteriori.

J’ai évoqué ci-dessus le problème des lacunes documentaires. C’est là un point particulièrement important sur lequel il convient d’attirer l’attention du lecteur car ce problème est souvent dissimulé ou minimisé par le recours non seulement à des généralités qui ne concernent pas nécessairement et indistinctement toutes les sociétés compagnonniques (il est d’importantes différences entre certaines), mais aussi à des sources hétérogènes, tout particulièrement maçonniques.

L’idée de l’existence d’un « tronc commun » entre la franc-maçonnerie et les compagnonnages est ancrée en France depuis longtemps. Elle se fonde sur un certain nombre de ressemblances formelles, tant au niveau des rites que des symboles, qui semblent autoriser (voire obliger) les chercheurs à recourir aux sources maçonniques, opératives ou non, pour colmater les brèches béantes des sources compagnonniques. Or, comme cela a déjà été souligné dans Travail et Honneur et rappelé à plusieurs reprises par Laurent Bastard, ces ressemblances formelles sont un bon constat dont on tire de mauvaises conclusions. Comme je l’ai déjà suggéré plus haut, il convient de s’en tenir prudemment, tant qu’il n’existe pas de preuves certaines d’une parenté organique entre les loges opératives britanniques et les compagnonnages français, à considérer que la cause des ressemblances formelles – du moins celles qui échappent aux influences réciproques postérieures à l’introduction de la franc-maçonnerie spéculative en France (vers 1730) – est l’enracinement de ces deux mouvements dans des substrats culturels en tout ou partie communs ou similaires. C’est là une hypothèse de travail novatrice qui fait l’objet dans ce recueil d’une étude spécifique, tant il est nécessaire de bien cerner les enjeux de cette question, tissée de non-dits pour le moins pervers, et d’expliciter chacun des termes par lesquels je l’énonce. Il n’est sans doute pas inutile de souligner aussi que cette hypothèse m’a aidé à réaliser d’heureuses découvertes depuis quelques années.

Certes, je doute que ces derniers aspects, très techniques et quelquefois extrêmement critiques, passionnent tous les lecteurs, mais il n’est jamais sans intérêt de savoir comment se passent les choses en cuisine, même si l’on n’a pas vocation à devenir soi-même cuisinier ou, en l’occurrence, historien. Cela permet de découvrir et de mieux apprécier l’importance des subtilités, car l’histoire n’est jamais qu’une tentative de résurrection du passé, c’est-à-dire d’une vie qui n’est plus, certes, mais qui était certainement tout aussi pleine de nuances et de contradictions que l’est la nôtre aujourd’hui.

Un mot encore au sujet de la méthodologie, pour préciser que je me suis efforcé dans ce nouveau livre de répartir harmonieusement les considérations accessibles au plus grand nombre possible de lecteurs (je n’aime pas l’expression « grand public » qui dissimule trop souvent une vulgarisation excessive, c’est-à-dire des erreurs ou des demi-vérités), considérations qui forment le corps de l’ouvrage, et celles, encore plus complexes, qui sont avant tout destinées à ceux, spécialistes ou non, qui souhaiteraient prolonger la lecture par une compréhension plus détaillée de certaines de mes hypothèses et affirmations (quelquefois surprenantes au regard de ce qui est communément admis), ainsi que par une investigation dans les sources documentaires. Ces aspects font l’objet d’abondantes notes, elles-mêmes souvent très longues. Contrairement à mon habitude et à mes travers de graphiste que connaissent bien (et semblent apprécier) mes lecteurs habituels, tout ce matériel critique est renvoyé en fin de volume et forme en quelque sorte un livre dans le livre – ceci afin de ne pas perturber sans cesse l’attention du lecteur non spécialiste. Autre innovation : le corps de caractère employé pour ces notes, un peu plus important qu’à mon habitude, l’expérience montrant – suite aux questions posées par des lecteurs sur des points pourtant traités – que celles-ci sont trop peu lues, soit parce que l’on considère, à tort, qu’il ne s’agit que d’éléments secondaires ou purement académiques, soit justement qu’un corps trop petit fatigue les yeux du lecteur.

Il me reste au seuil de ce livre à préciser combien il n’a pas prétention à l’exhaustivité, ni à donner des réponses définitives à certaines questions quand bien même elles sembleraient ici plus ou moins résolues. Le but recherché est avant tout de poser un jalon dans mes recherches qui puisse servir de pierre d’achoppement ou de fondation à d’autres. Ce n’est plus une pierre brute et ce n’est pas encore une pierre parfaitement cubique. Le ciseau de la méthode nécessite probablement d’être mieux affûté. En rendant publiques ces recherches, ce livre permet ainsi à chacun, s’il souhaite perfectionner l’ouvrage et s’en estime « capable » (pour reprendre cette expression par laquelle répondent les Compagnons lorsque, venu le temps des chansons dans un banquet, le Rouleur leur demande s’ils estiment tel ou tel Pays ou Coterie à même de chanter la gloire et l’honneur des vieux Devoirs), de saisir le maillet de la volonté.

Ce n’est donc pas seulement un livre, c’est un appel au travail… 

 Jean-Michel Mathonière puce
Toussaint 2001

Les Compagnons Étrangers tailleurs de pierre

Les Compagnons « Étrangers » et les Compagnons « Passants » tailleurs de pierre se sont opposés, quelquefois très violemment, durant plus d’un siècle, des années 1740 environ jusqu’au milieu du XIXe siècle. Ils procédaient peut-être d’une même origine ou, du moins, ils possédaient des racines communes.

On sait excessivement peu de choses à leur sujet, sauf durant les dernières décennies de leur existence (leur société choisit de s’éteindre au sein de l’Union Compagnonnique durant les années 1890).

Beaucoup de leurs pratiques étaient identiques ou similaires. Extérieurement, ils se différenciaient par la manière dont ils portaient les couleurs fleuries : les Passants les accrochaient au chapeau, tandis que les Étrangers les portaient autour du cou

François Blanc
Le Compagnon Étranger tailleur de pierre
François Blanc (1795-1873). Consulter la notice qui lui est consacrée.

Les Compagnons Étrangers connurent dans les années 1840 une scission de leurs « Jeunes Hommes » (les Aspirants) qui créèrent la « Société de l’Union ». Ils se distinguaient par le port de couleurs à fond violet, d’où le surnom de « Violets » qu’on leur donna.

Compagnon Passant tailleur de pierre, d’après une lithographie éditée par Agricol Perdiguier, milieu XIXe s.
Compagnon Étranger tailleur de pierre, d’après une lithographie éditée par Agricol Perdiguier, milieu XIXe s. La représentation est conforme à la photographie de François Blanc, ci-dessus.
Compagnon tailleur de pierre « Violet », d’après une lithographie éditée par Agricol Perdiguier, milieu XIXe s. On notera la présence des couleurs fleuries portées au côté, surmontées d’une faveur violette, couleur qui se retrouve sur la canne.

Sur la symbolique des couleurs fleuries des Compagnons tailleurs de pierre des deux rites, voir :

Les couleurs fleuries

Encore à propos des couleurs fleuries

Sur les Compagnons Étrangers, voir :

Règlement des Compagnons Étrangers tailleurs de pierre, vers 1865. (texte intégral)

Un aspect méconnu de la « Maçonnerie opérative » en France (correspondance entre deux CETPD, également Francs-maçons)

Les Statuts de Strasbourg (1563)

Cette traduction est celle donnée en annexe de mon étude sur « L’ancien compagnonnage germanique des tailleurs de pierre », publiée dans le volume 5 des Fragments d’histoire du compagnonnage (édit. Musée du Compagnonnage, Tours, 2003).

Cette traduction est également disponible, avec des notes et accompagnée de la traduction des Statuts de Ratisbonne de 1459, au format PDF. Cliquer ici pour télécharger le fichier.

Ordonnances et articles de la confraternité des tailleurs de pierre de la Grande Loge de Strasbourg

Statuts de la Saint-Michel 1563

1. Article premier des ordonnances.
Au cas où certains articles de ce livre seraient [ultérieurement jugés] trop sévères ou pénibles, ou d’autres par trop libéraux, ceux qui sont membres de notre confraternité peuvent, à la majorité, modifier, censurer ou développer lesdits articles selon l’époque, les impératifs du pays et le cours des affaires.
Quand il y aura une assemblée générale, les membres se réuniront sous forme de chapitre conformément aux prescriptions de ce livre ; leurs décisions devront rester conformes au serment que chacun a prêté.

2. Des devoirs des membres de la confraternité.
Quiconque entre de sa propre volonté dans cette confraternité doit promettre, comme membre de notre corporation de maçons, de maintenir chacun des points et articles, ainsi qu’il est écrit dans ce livre.
Seront maîtres ceux qui pourront ériger des édifices somptueux et autres ouvrages semblables pour lesquels ils auront reçu autorisation, et qui ne servent d’autre corporation que celle qu’ils ont choisi de servir. Maîtres et compagnons ont obligation de se conduire honorablement et ne pourront causer de tort à aucun. En conséquence, nous avons pris pouvoir dans ces ordonnances de les punir, au cas où de tels actes viendraient à se produire.

3. De l’autorisation de pratiquer des travaux rémunérés à la journée.
Comme certains travaux réguliers sont traités à la journée, que ce soit à Strasbourg, à Cologne, à Vienne ou en d’autres chantiers similaires, par les loges qui en dépendent, devant cette coutume établie, les constructions et ouvrages concernés par cette pratique resteront à la journée ; et en aucun cas il ne sera établi de contrat afin que l’ouvrage, autant que possible, ne soit interrompu en raison du contrat.

4. Qui peut aspirer à réaliser un ouvrage.
Si un artisan titulaire d’un chantier régulier vient à mourir, dans ce cas tout artisan ou maître qui connaît la maçonnerie et qui est suffisamment qualifié pour l’ouvrage, peut aspirer à prendre sa succession et se présenter à ceux des maîtres qui ont l’ouvrage en main et qui le dirigent afin qu’il puisse être procédé au remplacement conformément aux nécessités de la maçonnerie. Il peut en être ainsi pour tout compagnon qui connaît la maçonnerie.

5. Le travail doit être distribué à la journée.
Quoiqu’il puisse convenir à un maître, en dehors de son propre chantier, d’entreprendre un ouvrage extérieur, il ne peut y être autorisé sans avoir confié à un autre maître capable la charge de [la surveillance de] ce chantier ; il devra s’engager à ce que les travaux continuent fidèlement et qu’il n’y ait aucun risque d’interruption, et le règlement d’un tel ouvrage ou bâtiment sera rémunéré à la journée. Selon les droits et usages de la maçonnerie, si un maître ne pratique pas cette règle vis-à-vis des commanditaires du chantier, et que cela soit découvert au cours d’une enquête digne de foi, alors ledit maître doit être réprimandé par la corporation, et repris et puni si preuve a été établie contre lui. Mais, si les maîtres d’ouvrage ne le veulent pas ainsi, il sera fait selon leur désir.

6. Mort d’un maître pendant une construction.
En cas de mort d’un maître en charge d’un chantier ou bâtiment, ou l’ayant eu sous sa responsabilité, si un autre maître se présente pour lui succéder et trouve un ouvrage de pierre taillée, en place ou non, le nouveau maître ne doit pas déposer l’ouvrage de pierre taillée, ni jeter en aucun cas l’ouvrage de pierre non placée sans l’avis ou l’agrément des autres membres de la corporation, afin que les maîtres d’ouvrage et autres honorables personnes qui sont à l’origine de la construction ne soient pas conduits à des dépenses injustifiées et que le maître qui a laissé un tel ouvrage ne soit pas diffamé après sa mort. Mais si les maîtres d’ouvrage souhaitent qu’un tel ouvrage soit retiré, alors que le nouveau maître peut le faire, sous la condition qu’il ne cherche pas à en tirer un avantage malhonnête.

7. Comment diriger la taille de la pierre et la construction.
Sera autorisé à diriger un travail chaque maître qui a pratiqué pendant cinq ans la maçonnerie avec un maçon-tailleur de pierre ; il aura pouvoir de tailler et construire soit par contrat, soit à la journée, et cela sans crainte sauf à enfreindre les articles écrits ci-dessus et ci-après.

8. Quand un maître donne un plan pour un ouvrage.
Si quelqu’un signe un contrat pour un ouvrage et donne un plan pour la façon dont il devra être réalisé, l’ouvrage ne pourra en aucune façon être modifié par rapport au projet ; le maître devra l’exécuter conformément au plan montré au maître d’ouvrage, que celui-ci soit un seigneur, une cité ou un particulier, de manière que rien ne manque au bâtiment. À moins que cela ne soit la volonté du client, alors seulement la modification sera faite, mais le maître ne devra pas en rechercher un avantage non dû.

9. Quelle sorte d’ouvrage deux maîtres peuvent entreprendre en commun.
Deux maîtres ne peuvent entreprendre en commun une construction ou ouvrage, à moins que ce soit un petit ouvrage qui puisse être terminé dans l’espace d’une année. Si tel est le cas, le maître peut avoir avec lui un compagnon de la cité.

10. Si un ouvrage exige des maçons.
Un maître peut en permettre l’emploi comme suite : si des maçons sont nécessaires, par exemple pour les fondations ou pour construire un mur, travaux pour lesquels ils sont suffisamment qualifiés, le maître peut les employer afin que le maître d’ouvrage ne subisse pas de retard dans l’exécution de ses travaux. Ceux-ci ne sont pas soumis aux présentes ordonnances, et ils ne seront pas mis à la taille des colonnes, parce qu’ils n’ont pas servi selon nos règlements.

11. Celui qui chasse un autre d’un ouvrage.
Quel qu’il soit, maître ou compagnon, celui qui chasse de son ouvrage, grand ou petit, un autre maître membre de la confraternité ou s’y emploiera, secrètement ou ouvertement sans son consentement, sera pris à partie ; et aucun maître ou compagnon n’aura de commerce avec lui et aucun compagnon de la confraternité n’entrera à son service aussi longtemps qu’il possédera l’ouvrage qu’il a obtenu d’une façon déshonorante ; ni tant qu’il n’aura pas restitué et donné satisfaction à celui qu’il a dépossédé de l’ouvrage ; et aussi tant qu’il n’aura pas été puni par les maîtres chargés de le faire au nom de la confraternité.

12. Qui peut accepter un ouvrage en pierre sculptée ou taillée.
Si quelqu’un veut entreprendre un ouvrage en pierre sculptée ou taillée et ne sache comment l’exécuter d’après l’épure de base, sans avoir servi son temps dans la corporation ou avoir été employé dans une loge, alors, raisonnablement, il ne doit pas entreprendre l’ouvrage. Mais s’il s’y aventurait, dans ce cas, aucun compagnon ne doit se tenir à ses côtés, ou entrer à son service, afin que le maître d’ouvrage ne soit pas conduit à subir des dépenses inconvenantes par la faute d’un tel maître aussi fou.

13. Qui peut apprendre à exécuter l’ouvrage d’après l’épure de base ou tout autre ouvrage de sculpture.
Aucun maître, contremaître [parlier] ou compagnon n’enseignera à quiconque n’est pas membre de la confraternité, à faire des extraits de l’épure de base ou d’autres usages de la maçonnerie, ni à celui qui n’a pas déjà pratiqué la maçonnerie ou servi assez longtemps avec un maçon de pierre selon notre art, coutumes et règlements.

14. Nul maître n’enseignera un compagnon pour de l’argent.
Aucun artisan ou maître n’exigera d’argent de la part d’un compagnon pour lui montrer ou enseigner quelque chose relative à la maçonnerie. De la même façon, aucun contremaître ou compagnon ne montrera ou n’instruira quelqu’un dans la sculpture à titre onéreux ainsi que dit ci-dessus. Cependant, si quelqu’un désire instruire ou enseigner à un autre, il peut le faire en exécutant une partie du travail de l’autre, soit par amitié pour le compagnon, soit pour servir par là leur maître.

15. Combien d’apprentis un maître peut avoir.
Un maître qui n’a qu’un bâtiment ou ouvrage peut avoir trois apprentis – deux ébaucheurs et un finisseur – afin qu’il puisse employer aussi des compagnons dans la même loge, c’est-à-dire si ses supérieurs lui en donnent l’autorisation. S’il a plus d’un bâtiment, il n’aura pas plus de deux apprentis sur le premier, afin qu’il n’ait pas plus de cinq apprentis sur l’ensemble de ses chantiers. Ces mesures sont édictées afin qu’ils puissent servir leurs cinq années d’apprentissage sur les chantiers sur lesquels travaille leur maître.

16. Celui qui vit ouvertement en concubinage.
Aucun artisan ou maître maçon ne doit vivre ouvertement en concubinage. Si cependant une telle personne ne voulait cesser cet état, aucun compagnon itinérant ni tailleur de pierre ne restera à son service, ou n’aura de relations avec lui.

17. Celui qui ne vit pas en chrétien et ne prend pas une fois l’an le Saint-Sacrement.
Aucun artisan ou maître ne sera reçu dans la confraternité s’il ne reçoit une fois l’an le Saint-Sacrement, ou ne respecte pas la discipline chrétienne, ou s’il gaspille son bien au jeu. Mais si quelqu’un, accepté par mégarde dans la confraternité, n’applique pas les principes précités, aucun maître n’aura de relations avec lui, aucun compagnon ne restera près de lui, et ce jusqu’à ce qu’il ait cessé de le faire et qu’il fût puni par les membres de la corporation.

18. Si un compagnon travaille pour un maître qui n’a pas été reçu dans cette confraternité.
Si un compagnon accepte du travail d’un maître qui n’a pas été reçu cette confraternité d’artisans, il ne sera pas punissable. De la même manière, si un compagnon s’adresse à un maître bourgeois et en obtienne un emploi, cela est autorisé, afin que chaque compagnon puisse trouver du travail. Mais le compagnon respectera les règles écrites ci-dessus et ci-après. Il convient qu’il donne à la confraternité ce qu’il doit donner, bien qu’il ne travaille pas dans l’une des loges de la confraternité ou avec ses frères compagnons. Si un compagnon désire prendre légitimement femme et ne pas être employé dans une loge, et ce pour s’établir dans une cité, il paiera 4 pfennig chaque semaine des Quatre Temps, aussi longtemps qu’il ne sera plus employé dans une loge.

19. Comment les plaintes seront entendues, jugées et sanctionnées.
Si un maître formule une plainte contre un autre maître pour avoir violé les règlements de la confraternité, ou de la même façon un maître contre un compagnon, ou un compagnon contre un compagnon ou en quelque autre manière que cela concerne maître et compagnon, il en sera donné information au maître qui détient le livre des règlements. Et le maître qui aura été saisi de la plainte doit entendre les deux parties, et pour cela fixer le jour où il entendra leur cause. Et durant la période qui précède le jour déterminé pour ce rendez-vous, aucun compagnon n’évitera le maître, ni le maître le compagnon, mais ils se rendront mutuellement service jusqu’à l’heure où le litige aura été entendu et réglé. Et tout ceci sera fait conformément au droit coutumier du Métier, et la décision sera respectée en conséquence. Et de plus, là où le litige se sera manifesté, là il sera jugé par le plus proche des maîtres en possession du livre des règlements pour le district considéré.

20. Concernant l’expulsion.
De plus, il est décidé en ce qui concerne l’expulsion : si on rapporte quelque chose à ce propos au sujet d’un maître ou d’un compagnon, chose entendue par ouï-dire et répétée de l’un à l’autre, aussi longtemps que la sentence en question n’aura pas été établie régulièrement, celui qui est en cause ne sera ni évité ni expulsé par qui que ce soit et continuera son travail jusqu’au moment où la sentence lui aura été notifiée à son domicile, et seulement après que celle-ci ait été régulièrement établie. À moins que cela ne soit, il continuera à obéir aux lois de la confraternité et nul ne pourra agir contre lui selon nos règlements.

21. Ne pas faire appel.
Il est également décidé que là où une affaire prend naissance et se développe, là elle doit être réglée ou, à défaut, dans la plus proche loge en possession du livre. Et aucune partie ne fera appel jusqu’à ce que plainte et réponse soient entendues. La plainte ne pourra être portée plus haut à moins qu’elle ne soit rejetée à ce niveau.

22. Les plaintes que le maître a pouvoir d’entendre.
Chaque maître d’œuvre ayant du travail dans sa loge et auquel aura été confié le texte de ces ordonnances, avec droit d’usage, a le pouvoir et l’autorisation d’entendre et de punir dans ce district toutes les fautes et litiges qui ont rapport à la maçonnerie. Tous les maîtres, contremaîtres et compagnons lui doivent obéissance.

23. Chaque maître se conduira conformément aux ordonnances et les prendra pour guide.
Ce jour à Strasbourg, en l’année 1563, il est également décidé que chaque maître chargé d’une construction de longue durée et à plein temps, que ce soit dans les principautés, les cités, les ligues ou les monastères, siègera et jugera dans cette assemblée conformément à nos ordonnances. Il en résultera une augmentation considérable des profits et les préjudices seront évités pour ceux qui ont à construire.
En conséquence, chacun d’eux aura un livre des ordonnances et sera reconnu comme supérieur de sa juridiction ou district par tous les maîtres et compagnons de cette province. Il aura aussi délégation de l’autorité octroyée à chacun des membres de cette assemblée pour, conjointement avec ses maîtres et compagnons, en vertu de leur supériorité, diriger cette confraternité, punir ses sujets, accepter les frères, aider les malades, réunir une assemblée générale des membres du voisinage, mais ce d’une façon telle que les ordonnances soient suivies.

24. Là où est le livre, là doit être le tronc pour les pauvres et les malades.
Tous ceux auxquels le livre aura été confié doivent collecter fidèlement le pfennig hebdomadaire des compagnons ; et si un compagnon tombe malade, il devra l’aider. De même, là où un maître aura d’autres maîtres sous ses ordres et des compagnons, il aura à charge de collecter dans un tronc le pfennig hebdomadaire ; le tronc réservé à cet usage sera vidé et compté devant chaque supérieur de district tous les ans et son contenu sera employé pour l’assistance des pauvres et des malades de notre corporation dans sa juridiction.

25. Chaque maître titulaire d’un tronc et qui aura reçu le montant annuel du tronc de ses voisins, enverra chaque année à la Saint-Michel un bohémien à la loge-mère de Strasbourg, avec une note précisant d’où il vient. Cela en signe d’obéissance et d’amour fraternel, et pour qu’il soit connu que toutes les choses précitées ont été accomplies.

26. Les lieux où sont les livres et qui dépendent de la Grande Loge de Strasbourg.
Spire, Zurich, Augsbourg, Francfort, Ulm, Heilbronn, Blassemburg, Dresde, Nuremberg, Salzbourg, Mayence, Stuttgart, Heidelberg, Fribourg, Bâle, Haguenau, Sélestat, Regensbourg, Meysenheim, Munich, Anspach, Constance.

27. Du compagnon qui désire servir un maître pour un temps.
Si le compagnon a voyagé et servi la corporation, et est déjà membre de la confraternité et souhaite servir un artisan pour un temps, ledit maître et l’ouvrier n’accepteront ni l’un ni l’autre de s’engager pour moins d’une année ou à peu près.

28. D’un maître ou d’un compagnon qui n’appliquera pas ces ordonnances.
Tous les membres de la confraternité, maîtres ou compagnons, doivent respecter tous les points et articles ci-dessus et ci-après. Si par hasard quelqu’un n’applique pas ces points, il est punissable ; après avoir satisfait à l’amende qui lui aura alors été appliquée, il sera reconnu dégagé d’obligation quant à l’article pour lequel il aura été puni.

29. Comment les maîtres de la confraternité doivent prendre soin du livre.
Le maître qui a la charge du livre doit, par serment envers la confraternité, prendre soin qu’il ne soit pas copié, ni par lui ni par une autre personne, et qu’il ne soit pas prêté ; ceci de manière que les livres conservent leur pleine autorité, comme décidé par la confraternité. Mais si quelqu’un a besoin d’un ou deux articles, le maître peut lui donner par écrit. Et chaque maître doit faire procéder à la lecture de ces ordonnances, chaque année, devant les compagnons en loge.

30. Concernant les punitions qui peuvent entraîner l’exclusion de la confraternité.
Si une plainte susceptible d’entraîner la plus grande punition est déposée devant le maître, ou si, par exemple, il s’agit d’interdire la confraternité à quelqu’un, le maître ne peut être seul à entendre et à juger. Il doit appeler à son aide les deux maîtres les plus proches en possession d’un livre et ayant reçu délégation d’autorité conformément aux ordonnances, de manière à ce qu’ils soient trois, ainsi que les compagnons employés là où la plainte a été déposée, afin que les trois maîtres ensemble et les compagnons, unanimement ou à la majorité, décident au mieux de leur jugement de la punition qui devra être appliquée par toute la corporation.

31. Lorsque les querelles ne concernant pas la maçonnerie se produisent.
Si deux ou plusieurs maîtres membres de la confraternité sont d’opinions divergentes ou en discorde au sujet d’affaires qui ne concernent pas la maçonnerie, ils ne devront pas citer à comparaître un membre, en raison de cette divergence, ailleurs que devant l’assemblée fraternelle de la corporation, où ils seront jugés et réconciliés au mieux des possibilités. Cela de manière à ce que l’affaire soit réglée sans préjudice pour les droits des maîtres d’ouvrage (seigneurs ou cités) du lieu où l’affaire a pris naissance.

32. Ce à quoi chaque maître ou compagnon doit contribuer vis-à-vis de la confraternité.
Maintenant, afin que les ordonnances soient conservées le plus honnêtement au service de Dieu, aux autres nécessités et choses semblables, chaque maître qui a de l’emploi en loge et qui pratique la maçonnerie et appartient à cette confraternité doit d’abord lors de son admission payer un gulden, puis, chaque année suivante, verser deux bohémiens ou blapperts dans le tronc ; si c’est un compagnon, il versera cinq bohémiens ; et un apprenti versera le même montant lorsqu’il aura terminé son temps.

33. Quels sont les troncs que les maîtres doivent avoir et ce qu’ils doivent en distribuer.
Tous les maîtres et autres membres de cette confraternité ayant de l’emploi en loge doivent posséder un tronc, et chaque compagnon y versera chaque semaine un pfennig. Chaque maître collectera fidèlement cet argent et tout ce qui peut être dû par ailleurs ; le montant du tronc sera porté chaque année au compte de la confraternité là où se trouve le livre le plus proche, afin que le pauvre puisse être soulagé et qu’on subvienne aux besoins de la confraternité.

34. Quand un maître ne remplit pas son devoir vis-à-vis d’un compagnon apprenti dans l’art.
Si un apprenti considère qu’un maître ne remplit pas sous quelque aspect que ce soit son devoir envers lui, ainsi qu’il s’y est engagé, l’apprenti peut porter la question devant la confraternité et les maîtres qui résident dans le voisinage, afin de recevoir un complément d’instruction et pour qu’il puisse, le cas échéant, continuer son voyage.

35. Ce qui doit être fait dans cette confraternité si quelqu’un est malade.
Si un maître ou compagnon tombe malade, ou si un membre de la confraternité qui a régulièrement fait son temps en maçonnerie vient à être longtemps malade et ne peut de ce fait assurer sa subsistance et autres nécessités de la vie, le maître qui dispose du tronc et qui en est responsable l’aidera et l’assistera d’un prêt du tronc s’il ne peut être fait autrement, et ce jusqu’à ce qu’il ait recouvré la santé. Ledit membre devra s’engager à restituer l’argent emprunté au tronc ; mais s’il vient à mourir au cours de cette maladie, on retiendra, si cela est possible, sur ce qu’il laissera après sa mort, que ce soit des vêtements ou d’autres biens, jusqu’à concurrence de ce qui lui a été prêté.

36. Si quelqu’un engage des frais pour le compte de la confraternité.
Si un maître ou un maçon vient à engager des dépenses ou à payer des frais pour le compte de la confraternité, il doit en donner justification et expliquer les raisons de ces dépenses, grandes ou petites, qui seront remboursées au maître ou au compagnon par prélèvement sur le tronc de la confraternité. De même, si quelqu’un a des ennuis avec la justice ou autres concernant la corporation, alors chacun, maître ou compagnon, sera serviable envers lui et lui prêtera son aide selon le serment de la confraternité. Néanmoins personne ne devra engager la confraternité à des dépenses de sa propre initiative, sans le conseil des autres maîtres et compagnons.

37. Comment un désobéissant sera puni.
De quelque façon que maîtres, contremaîtres ou apprentis viendraient à manquer aux articles ou aux points qui suivent ou ne les respecteraient pas, soit collectivement, soit individuellement, et que cela soit découvert par un procédé honorable, ceux-là seraient appelés devant la corporation pour y être interrogés sur ces motifs. Et il leur serait infligé des punitions et pénalités conformément au serment et aux engagements que chacun a pris vis-à-vis de la confraternité. Mais si quelqu’un dédaigne la punition ou la sommation sans motif valable et ne se présente pas, la punition lui sera quand même infligée pour sa désobéissance, bien qu’il ne soit pas présent ; et s’il ne la respecte pas, il ne lui sera plus permis de faire quoi que ce soit, et aucun tailleur de pierre ne restera à ses côtés jusqu’à ce qu’il soit redevenu obéissant.

38. Qui sera estimé le supérieur de cette confraternité.
Marx Schan, maître de l’Œuvre de notre chère loge-mère à Strasbourg, et tous ses successeurs.

39. Ce district appartient à Strasbourg :
Toute la région au-dessus de la Moselle, et la Franconie jusqu’à la forêt de Thuringe et Babenberg jusqu’à l’évêché d’Eichstatten, et d’Eichstatten jusqu’à Ulm, d’Ulm à Augsburg et d’Augsburg à Adelberg et jusqu’à l’Italie, et les Pays de Misnie, Hesse et Souabe, devront respecter ces ordonnances.

40. Ce district appartient à Vienne :
Au maître d’œuvre de Saint-Stéphane à Vienne appartiennent Lampach, la Styrie, Werkhausen, la Hongrie, et la basse vallée du Danube.

41. Ce district appartient à Cologne :
Au maître de l’Œuvre de Cologne et à tous ses successeurs appartiennent les territoires qui restent vers le bas et on doit leur obéir de la même manière, qu’il s’agisse de chantiers ou de loges déjà membres de la confraternité ou qui le deviendraient plus tard.

42. Ce district appartient à Zurich :
Berne, Bâle, Lucerne, Schaffhausen, Saint-Gall, etc., et tout chantier existant dans la confédération [helvétique] ou qui s’y élèverait après, doivent obéissance au maître de Zurich.

Cortège des tailleurs de pierre de l’Œuvre Notre-Dame de Strasbourg le 28 juin 1840. On remarquera la bannière portant la marque de la Grande Loge de Strasbourg. © Jean-Michel Mathonière 2007.

Ordonnances des contremaîtres et compagnons
de la confraternité des tailleurs de pierre

43. Chaque contremaître doit honorer son maître, doit être empressé et obéissant vis-à-vis de lui, conformément à la règle de la maçonnerie, et lui obéir avec une fidélité intégrale ainsi que cela se pratiquait dans les anciens usages. Et un compagnon fera de même.

44. Si quelqu’un désire voyager, ainsi doit-il prendre congé.
S’il plait à un compagnon de poursuivre son voyage, il doit se séparer de son maître, de sa loge, et de son hostellerie de façon à ce qu’il ne soit redevable de rien, et que personne n’ait de grief contre lui en cas de rencontre ultérieure.

45. Comment les compagnons obéiront aux maîtres et contremaîtres.
Quelle que soit la loge où il sera employé, un compagnon passant obéira au maître et aux contremaîtres de celle-ci, conformément à la règle et aux anciens usages de la maçonnerie, et respectera également toutes les règles et privilèges qui sont d’usage ancien dans ladite loge.

46. Aucun compagnon n’entravera le travail de son maître.
Un compagnon ne critiquera pas l’ouvrage de son maître, ni secrètement, ni ouvertement, et cela en aucune façon, sauf si le maître transgresse les ordonnances ou agit contrairement à celles-ci à la vue de tous.

47. Aucun compagnon vivant en adultère ne sera employé.
Aucun maître ou artisan n’emploiera un compagnon qui vit en adultère avec une femme ; ou qui mène une vie déshonorante avec les femmes ; ou qui ne participe pas à la sainte Communion conformément à la discipline chrétienne ; ou quelqu’un qui serait assez fou pour jouer ses vêtements.

48. Si un compagnon prend arbitrairement congé.
Si un compagnon devait arbitrairement prendre congé d’une loge principale ou de toute autre loge, le maître et les compagnons de ladite loge ne le laisseraient pas partir impuni.

49. Ne pas congédier sauf un soir de paye.
Si un artisan ou un maître d’œuvre souhaite congédier un compagnon passant qui est à son service, il ne le congédiera pas un autre jour que le samedi, ou un soir de paye, afin qu’il ait de quoi voyager le lendemain ; à moins qu’il n’ait donné des causes d’offenses. La réciproque doit être respectée par un compagnon qui demande son congé.

50. Ne s’adresser à personne d’autre qu’au maître ou au contremaître pour obtenir un emploi.
Pour obtenir un emploi, aucun compagnon ne sollicitera quelqu’un d’autre que le maître ou le contremaître de la loge, ni secrètement ni ouvertement, sans le consentement préalable de ceux-ci.

51. Ne pas se liguer.
De même, les compagnons ne se mutineront pas ou ne conspireront pas pour quitter collectivement un emploi, et retarder ainsi la construction, car jusqu’à présent les bénéfices de notre fraternité proviennent des seigneurs et des cités presque exclusivement. Mais si un maître se conduit autrement que selon le droit, dans quelque cas que ce soit, il sera convoqué devant la confraternité et soumis à son jugement. Dans l’attente du jugement, jusqu’à ce que la sentence ait été rendue, un tel maître ne sera pas évité par ses compagnons. S’il ne respecte pas la sentence, dans ce cas, on pourra l’abandonner.

52. Ne pas quitter la loge sans permission.
Aucun compagnon ne doit sortir de la loge sans permission ou, s’il sort pour le pain ou autres repas, il ne restera pas à l’extérieur sans autorisation. Aucun ne chômera le lundi ; si quelqu’un le faisait, il serait puni par le maître et les compagnons, et le maître aurait pouvoir de le congédier à n’importe quel moment de la semaine.

53. Plus de coups.
À l’avenir, dans aucune loge, quel qu’en soit la cause, on ne pourra battre quelqu’un sans que le maître en ait eu connaissance et ait donné son consentement. Et il n’y aura dans aucun chantier ou ailleurs rien qui ne soit jugé et entendu, que ce soit par le maître ou les compagnons, sans que le maître d’œuvre supérieur de district le sache et ait donné son consentement au jugement et à la punition.

54. Ne pas bavarder dans la loge.
Dans le futur, les compagnons attendront en loge devant leur bloc de pierre et ne continueront pas à bavarder, afin que les maîtres ne soient pas gênés dans leur travail.

55. Ce qu’un apprenti doit promettre à la confraternité quand il a terminé son temps et est déclaré libre.
En premier, chaque apprenti ayant terminé son temps et qui est déclaré libre doit promettre à la confraternité par parole d’honneur et par serment, sous peine de perdre son droit de pratiquer la maçonnerie, qu’il ne communiquera ou ne révélera à personne le salut confraternel des maçons et l’attouchement, excepté à celui auquel il peut régulièrement le communiquer, et aussi qu’il n’en écrira rien.

56. Deuxièmement, il promettra, ainsi que dit précédemment, obéissance à la corporation des maçons pour tout ce qui a trait à celle-ci et que s’il venait à être condamné par la confraternité, il subirait entièrement la sentence et l’observerait.

57. Troisièmement, il promettra de ne pas affaiblir, mais au contraire de renforcer la confraternité autant que ses moyens le lui permettront.

58. Quatrièmement, personne ne taillera des pierres à côté de quelqu’un qui n’est pas régulièrement de la confraternité ; et aucun maître n’emploiera pour la taille de la pierre quelqu’un qui ne soit pas un vrai tailleur de pierre, à moins d’avoir reçu préalablement la permission de toute la corporation.

59. Et personne ne changera de sa propre volonté et autoritairement la marque que la confraternité lui a attribuée. S’il désire la modifier, il ne pourra le faire qu’avec le bon vouloir et l’approbation de la corporation qui devra en avoir eu préalablement connaissance.
Et chaque maître doit loyalement enjoindre et inviter chacun de ceux de ses apprentis ayant accompli leurs cinq années d’apprentissage à devenir un frère [de la confraternité] en vertu du serment qu’il a prononcé devant la confraternité.

60. Aucun apprenti ne peut être élève-contremaître.
Aucun artisan ou maître ne désignera comme contremaître quelqu’un parmi les apprentis qu’il a acceptés et qui n’ont pas encore terminé leur temps d’apprentissage.
Aucun artisan ou maître ne désignera comme contremaître un apprenti qu’il a pris à ses débuts, même s’il a terminé son temps d’apprentissage, à moins qu’il n’ait voyagé pendant un an.

Marque de compagnon tailleur de pierre germanique dans l’escalier de l’ancien immeuble de l’Œuvre Notre-Dame à Strasbourg. © Jean-Michel Mathonière 2003.

Ordonnances pour les apprentis

61. Celui qui accepte un apprenti ne peut le faire sans une caution de moins de 20 gulden qu’il déposera chez un autre [maître] qui réside dans le lieu, afin qu’en cas de mort du maître avant la fin du temps d’apprentissage, l’apprenti puisse servir la corporation avec un autre véritable maître et ainsi terminer ses cinq années. Mais s’il ne les termine pas, il abandonnera les 20 gulden à la corporation pour ses dépenses et pertes, de la même manière qu’il en serait redevable au maître pour l’avoir quitté sans motif valable durant son apprentissage. Ceci dans le but que les apprentis persévèrent et deviennent de vrais tailleurs de pierre.

62. Aucun membre de la confraternité n’acceptera sciemment un apprenti de naissance illégitime ; il devra avoir fait d’honnêtes démarches avant de l’accepter et demander à l’apprenti, sur sa parole, si son père et sa mère ont vécu ensemble dans les liens du mariage.

63. Il est aussi décrété qu’aucun artisan n’acceptera un apprenti pour moins de cinq ans. Par suite, personne ne pourra payer d’argent pour le temps qui lui resterait à servir car il servira entièrement ses cinq ans. Désormais, il ne pourra en être autrement, quoi qu’il ait pu être pratiqué précédemment ou présentement.

64. Et un père lui-même maçon est autorisé à lier un ou plusieurs de ses fils pour cinq ans et à compléter leur instruction, mais seulement en présence d’autres tailleurs de pierre ; un tel apprenti ne pourra être âgé de moins de 14 ans.

65. Si quelqu’un a servi pendant un certain temps un maçon qui n’est pas tailleur de pierre, ce temps ne sera pas déduit des cinq années d’apprentissage ; il devra servir cinq ans un tailleur de pierre comme dit ci-dessus.

66. Et par suite, aucun maître n’acceptera un apprenti débutant ou ne le déclarera libre, sauf en présence de la corporation et des compagnons alors employés dans la loge, afin qu’en cas de différends ou d’erreurs, ceux-ci puissent être tranchés facilement.

67. Chaque apprenti promettra à la corporation, sur sa parole d’honneur, d’obéir à son maître pendant les cinq ans auxquels il lui sera lié, de le servir loyalement, véritablement et fidèlement au maximum de son intérêt pour lui éviter perte, pour autant que c’est en son pouvoir, sans exception, ni restriction.

68. De son côté, durant ces cinq années, le maître donnera à son apprenti, selon les anciens us et coutumes de la corporation, 10 gulden, à savoir 2 gulden par an, pour salaire, outre sa nourriture et son entretien.

69. Il promettra d’être loyal et obéissant à la confraternité, digne en toutes choses concernant celle-ci, et s’il surgissait un différend ou désaccord avec le maître ou un autre tailleur de pierre, ou un autre apprenti, de déposer l’affaire en question devant la corporation pour jugement et réconciliation, afin qu’en toutes choses, pour le bien comme pour le mal, il puisse obtenir justice et jugement selon les usages du Métier. Il promettra aussi de ne pas faire appel contre la sentence prononcée, mais de s’y soumettre strictement.

70. De plus, rien ne sera caché à quelqu’un qui aura été accepté et déclaré libre ; mais tout ce qui doit lui être dit ou lu le sera et lui sera communiqué, afin que personne ne puisse se plaindre ou invoquer l’excuse que s’il l’avait su auparavant, il n’aurait pas rejoint la confraternité.

71. Et dans chaque cas [d’engagement d’un apprenti] on préparera un carton qui sera séparé en deux morceaux par une découpe spéciale, dont l’un sera déposé à la loge, et l’autre avec la caution, de manière que chaque partie puisse savoir comment se comporter.

72. Chaque maître qui accepte un apprenti paiera la somme de cinq bohémiens ou blapperts, mais pas plus, à la confraternité. De même lorsque l’apprenti sera déclaré libre, il se verra réclamer un gulden, mais jamais davantage, pour être dépensé et consommé en boisson par ceux qui sont présents et témoins lors de l’attribution de cette liberté.

73. Aucun maître ne doit prolonger de plus de 14 jours l’essai d’un apprenti débutant dont l’âge est conforme à celui prescrit par les articles, à moins que ce ne soit son fils, ou bien que le maître ait un juste motif pour ce retard, au sujet de la caution par exemple, et qu’il ne le fasse pas dans une mauvaise intention.

74. Lorsque quelqu’un quitte son maître durant son apprentissage.
S’il arrive qu’un apprenti vienne à quitter son maître durant ses années d’apprentissage, sans motif valable, et qu’ainsi il ne serve son temps complet, aucun maître n’emploiera un tel apprenti, et personne ne restera près de lui, ou n’aura en aucune façon commerce avec lui, jusqu’à ce qu’il ait dédommagé d’une façon honorable le maître qu’il a quitté et après qu’il lui ait fait amende honorable, ce dont il devra témoigner par une confirmation formelle de son maître. Et aucun apprenti ne pourra demander restitution de la caution, à moins qu’il se marie avec le consentement de son maître, ou qu’il y ait d’autres motifs valables qui l’obligent, lui ou son maître. Et cela n’aura lieu que si la confraternité en a eu connaissance, conformément à la coutume des tailleurs de pierre.

75. Ne pas inciter un apprenti à partir.
Aucun maître ou compagnon, quel que soit son titre, ne doit inciter à partir l’apprenti qui lui est lié, ni le chasser ou en prendre un venant d’ailleurs, à moins qu’il n’ait préalablement obtenu l’autorisation de son supérieur de district, de manière à ce que cet apprenti puisse le quitter sans doléance. Si cela venait à se produire, le responsable serait convoqué devant la corporation et puni.

Hugues Gartner et Jean-Michel Mathonière à l’intérieur de la flèche de la cathédrale de Strasbourg, juin 2010.
Hugues Gartner et Jean-Michel Mathonière, cathédrale de Strasbourg, juin 2010.

Les Statuts de Ratisbonne (1459)

Cette traduction est celle donnée en annexe de mon étude sur « L’ancien compagnonnage germanique des tailleurs de pierre », publiée dans le volume 5 des Fragments d’histoire du compagnonnage (édit. Musée du Compagnonnage, Tours, 2003).

Ainsi que précisé en note de l’édition imprimée, cette traduction procède pour partie de traductions des XIXe et XXe siècles et pour autre partie de révisions ponctuelles faites à partir de l’allemand. Concernant les traductions françaises existantes des Statuts de Ratisbonne, celle que l’on rencontre le plus souvent dans la littérature maçonnique et sur internet, sans indication de source et souvent avec ajout de fautes, provient à l’origine de la publication anonyme qui en a été faite dans le n° 51 du Bulletin du Centre de documentation du Grand Orient de France (mai-juin 1965). Le texte ayant servi à cette traduction de 1965 provient de J. Neuwirth, Die Satzungen der Vereinigung des Steinmetz und Mauerer zu Klagenfurt vom 4. Mai 1628, Vienne, 1888 ; il ne s’agit donc pas du texte original de 1459, mais d’une révision faite lors de l’assemblée générale du 4 mai 1628 à Klagenfurt (Autriche), sans qu’il ait été cependant apporté de modification substantielle au texte de 1459. Cette traduction est également disponible, avec ses notes et accompagnée de la traduction des Statuts de Strasbourg de 1563, au format PDF. Cliquer ici pour télécharger le fichier.

Les Statuts de Ratisbonne (1459)

Statuts de l’association
des tailleurs de pierre et maçons.

Au nom de Dieu le Père, du Fils, du Saint-Esprit et de sainte Marie, mère de Dieu, de ses bienheureux saints serviteurs, les Quatre Saints Couronnés d’éternelle mémoire, nous considérons que pour conserver amitié, union et obéissance, fondement de tout bien, de toute utilité et bienfait de tous, princes, comtes, seigneurs, localités et couvents, réalisant actuellement et dans le futur, églises, bâtiments de pierre ou constructions, nous devons former une communauté fraternelle ; cela pour le bien et l’utilité de tous les maîtres et compagnons du métier des tailleurs de pierre et des maçons en terre allemande, surtout pour éviter toute discussion, échec, souci, dépenses et dommages provenant de désordres et de transgressions à la bonne règle. Nous nous engageons pour opérer tous les règlements pacifiquement et à l’amiable. Pour que notre entreprise chrétienne soit valable en tout temps, nous, maîtres et compagnons de ce dit métier, originaires de Spire, Strasbourg et Ratisbonne, en notre nom et au nom de tous les autres maîtres et compagnons du dit métier ci-dessus mentionné, nous avons rénové et clarifié les vieilles traditions et nous nous sommes constitués dans un esprit fraternel en un groupement et nous sommes engagés à observer fidèlement les règlements ci-dessous définis et cela pour nous mêmes et pour nos successeurs.

1. Celui qui veut entrer dans notre confraternité doit promettre d’observer tous les points et articles qui sont mentionnés dans ce règlement.

2. Si un travailleur ayant entamé un ouvrage honnêtement conçu venait à mourir, il faut que n’importe quel autre maître expert en la matière puisse continuer l’œuvre pour la mener à bonne fin.

3. S’il se présente sur un tel chantier un compagnon compétent qui désire de l’avancement après avoir suffisamment servi dans cette branche, on peut l’accepter.

4. Si un maître vient à mourir sans avoir achevé l’œuvre entreprise et qu’un autre maître s’y attelle, celui-ci doit la mener à bonne fin sans l’abandonner à un troisième, et cela afin que ceux qui ont commandé le travail en question ne se trouvent pas engagés dans des frais exagérés qui porteraient préjudice à la mémoire du défunt.

5. Si un nouveau chantier se formait alors qu’il n’en existait pas auparavant, ou si un maître mourait et qu’un autre le remplaçât, qui ne fît pas partie de cette fraternité, il faut que le maître qui détient les documents et les statuts de la confraternité en vigueur dans cette région convoque un maître remplaçant pour cette confraternité et lui fasse jurer et promettre de maintenir tout en règle, selon le droit des travailleurs de pierre et des maçons ; quiconque s’opposerait à cette loi ne recevrait aucun soutien ni de compagnon ni de maître et aucun compagnon de cette confraternité n’entrerait dans son chantier.

6. Celui qui est sous la dépendance d’un seigneur, qu’il soit maître ou compagnon, ne doit être accepté dans la confraternité qu’avec l’assentiment de son seigneur.

7. Si un chantier a été mis en train par exemple à Strasbourg, Cologne, Vienne et Passau, ou autres lieux du même ressort, personne venant de l’extérieur ne doit en tirer profit.

8. Le maître qui reprend un chantier en cours doit conserver le salaire jusqu’alors en usage.

9. Le salaire convenu doit revenir intégralement aux compagnons de la première heure.

10. Le maître doit en toutes circonstances se comporter avec correction envers les compagnons, selon le droit et la coutume des tailleurs de pierre et maçons, conformément aux usages de la région.

11. Si un maître a entrepris un chantier et que d’autres maîtres viennent à passer, ceux-ci ne doivent en aucune manière prendre position avant que le premier se soit désisté de l’entreprise. Naturellement, ces derniers doivent être compétents.

12. Les maîtres en question doivent conduire leurs travaux de telle manière que les bâtiments construits par eux soient impeccables et réalisés durant le laps de temps déterminé par les usages de leur région.

13. S’il convient à quelque maître d’entreprendre un autre travail concurremment au sien et qu’il ne puisse le mener à bonne fin et qu’un autre maître s’y adonne, celui-ci doit le pousser à achèvement afin que l’œuvre ne reste pas inachevée. Mais si ce dernier n’a pas la compétence voulue pour aboutir comme il convient, il doit être repris et puni afin qu’on sache à quoi s’en tenir sur son compte.

14. Le ou les maîtres qui entreprennent de pareils travaux ne doivent prendre à louage que ceux qui sont compétents en la matière.

15. Si un maître vient entreprendre un travail pour lequel il n’est pas compétent, aucun compagnon ne doit l’assister.

16. Deux maîtres ne doivent pas entreprendre le même travail, à moins que l’on ne puisse terminer le travail dans l’espace de l’année.

17. Chaque maître qui réside dans son chantier ne doit pas avoir plus de deux aides. Et s’il a un ou plusieurs chantiers extérieurs, il ne peut dépasser dans chacun d’eux plus de deux aides afin qu’il n’ait pas plus de cinq aides pour l’ensemble de ses chantiers. Mais s’il perd un chantier, il doit employer les aides de celui-ci dans son autre chantier jusqu’à ce que la période d’engagement de ses aides soit révolue et il ne doit pas engager d’autres aides jusqu’à ce que le travail soit achevé.

18. Si un aide vient à faire défaut à un maître, le maître peut en engager un autre pour un trimestre jusqu’à ce que le temps de travail de l’autre soit échu.

19. Quand un aide sert un maître conformément aux statuts de la confraternité et que le maître lui a promis de lui confier certains travaux et que l’aide désire en faire encore davantage, il peut s’entendre à bon droit avec le maître afin de le servir plus longtemps.

20. À tout entrepreneur qui dirige un chantier et à qui est dévolu le pouvoir juridique sur cette confraternité pour régler tout différend qui pourrait survenir entre les constructeurs, obéissance est due par tous les maîtres, compagnons et aides.

21. Au cas où une plainte parvient au maître, il ne doit pas prononcer seul une sentence, mais s’adjoindre deux autres maîtres parmi les plus proches et les compagnons qui appartiennent à ce chantier. Ensemble, ils éclairciront la question qui ensuite devra être portée devant toute la confraternité.

22. Tout maître qui a la responsabilité des statuts de la confraternité doit les faire lire à ses compagnons une fois par an et si dans le courant de l’année, il arrive un maître ou un compagnon qui désire connaître les statuts en tout ou en partie, il doit leur en faire prendre connaissance afin qu’il n’y ait aucune équivoque.

23. S’il arrive que deux maîtres ou davantage appartenant à cette confraternité aient des différends sur des sujets étrangers à la profession, ils ne doivent pas s’adresser à d’autre instance qu’à la confraternité, laquelle jugera de son mieux.

24. Aucun entrepreneur ou maître ne doit vivre ouvertement en concubinage. S’il ne s’en abstient pas, aucun compagnon ni tailleur de pierre ne doit rester dans son chantier ni avoir rien de commun avec lui.

25. Afin que l’esprit de fraternité puisse se maintenir intégralement sous les auspices divins, tout maître qui dirige un chantier doit, dès qu’il est reçu dans la confraternité, verser un gulden.

26. Tous les maîtres et entrepreneurs doivent avoir, chacun, un tronc dans lequel chaque compagnon doit verser un pfennig par semaine. Chaque maître doit recueillir cet argent et tout autre venu dans le tronc et le remettre chaque année à la caisse de la confraternité.

27. Dons et amendes doivent être versés dans les troncs de la communauté, afin que le service divin soit d’autant mieux célébré.

28. Si un entrepreneur ne se soumet pas aux règlements et veut néanmoins exercer son métier, aucun compagnon ne doit aller dans son chantier et les autres maîtres doivent l’ignorer.

29. Si un maître n’est pas encore entré dans la confraternité, s’il ne se déclare pas hostile à la confraternité et qu’il prenne un compagnon, il ne sera pas sanctionné pour ce fait.

30. Si un compagnon se rend chez un autre maître de vie honnête en demandant à être embauché, il peut l’être dans la mesure où il continue à remplir ses obligations envers la confraternité.

31. Et s’il arrive qu’une plainte soit portée par un maître contre un autre maître, par un compagnon contre un autre compagnon ou contre un maître, ces plaintes doivent être portées devant les maîtres qui détiennent les livres de la confraternité. Ceux-ci décident du jour où les parties doivent être entendues et la cause sera jugée dans les lieux où sont conservés les livres de la confraternité.

32. On ne doit pas accepter dans la confraternité de maître ou d’entrepreneur qui n’a pas communié dans l’année ou qui ne pratique pas, ou qui gaspille son avoir au jeu. Si d’aventure un quelconque de cette catégorie avait été coopté, aucun maître, aucun compagnon ne doit avoir de contact avec lui jusqu’à ce qu’il ait changé de vie et subi une punition par la communauté.

33. Le maître qui a la charge des livres doit promettre à la confraternité d’en prendre soin et de n’en laisser prendre copie à personne ni de les prêter à qui que ce soit, afin qu’ils restent intacts. Mais si quelqu’un de la confraternité a besoin de copier un ou deux articles, on peut lui prêter les livres ou lui autoriser la copie.

34. Si un maître ou un compagnon copie un ouvrage à l’insu du maître auteur de cet ouvrage, il doit être renvoyé de la corporation ; aucun maître ou compagnon ne doit avoir contact avec lui et aucun compagnon ne doit s’associer à ses travaux tant qu’il n’aura pas fait amende honorable.

35. Également, un maître ayant entrepris un travail et dressé un plan ne doit pas ensuite modifier ce plan, mais doit le réaliser suivant l’usage du pays.

36. Si un maître ou un compagnon procède à des dépenses pour la communauté, il doit les justifier et la communauté doit les lui rembourser. Si quelqu’un a des différends avec la justice ou dans d’autres circonstances qui concernent la confraternité, celle-ci lui doit aide et protection.

37. Si un maître ou un compagnon est en difficulté avec la justice ou autrement, chacun, qu’il soit maître ou compagnon, lui doit aide et assistance, conformément aux engagements de la confraternité.

38. Si un maître n’a pas reçu la totalité de son dû, la construction une fois achevée, il n’a pas l’autorisation de prélever des intérêts. À l’inverse, un maître qui a avancé de l’argent à une personne ou à une ville pour mener à bonne fin une construction ne doit pas non plus prélever intérêts.

39. Si un maître doit construire des fondations et qu’il ne puisse aboutir, faute de main-d’œuvre qualifiée, il a toute latitude pour s’adresser à des maçons, afin que les personnes ou les villes qui ont passé la commande ne restent pas dans l’embarras.

40. Tous les maîtres et les compagnons qui se sont engagés par serment à observer les règlements de la confraternité doivent être fidèles à leurs engagements. Si un maître ou un compagnon a enfreint l’un des articles du règlement, il doit expier en conséquence et est ensuite tenu quitte d’observer l’article en question.

41. À Ratisbonne, en l’an 1459, quatre semaines après Pâques, il a été décidé que le maître d’œuvre Jobst Dotzinger, qui a construit notre cathédrale et plusieurs établissements religieux à Strasbourg, sera considéré, ainsi que ses successeurs, comme le président et le juge de la confraternité et cela est également valable pour Spire et Strasbourg.

42. Dans les chantiers où il n’existe pas de tronc de la confraternité, tous les maîtres qui possèdent un tronc seront responsables des sommes ainsi perçues vis-à-vis des maîtres qui détiennent les livres de la confraternité et, là où ces livres seront détenus, un service divin doit être célébré. S’il se produit le décès d’un maître ou d’un compagnon dans des chantiers où il n’existe pas de livre de la confraternité, ce décès doit être annoncé au maître qui tient les livres de la confraternité. Dès que l’annonce du décès lui parvient, il fait célébrer une messe pour le repos de l’âme du défunt. Tous les maîtres et compagnons doivent être présents et verser une obole.

43. Dans un chantier où est conservé un livre de confraternité, le contenu des troncs des plus proches chantiers doit être versé.

44. Aucun maître ou compagnon n’appartenant pas à la confraternité ne doit recevoir le moindre enseignement.

45. On n’a pas le droit de recevoir de l’argent en rétribution de l’enseignement que l’on dispense, mais rien n’empêche d’enseigner gratuitement tous ceux qui désirent s’instruire.

46. Si un homme pieux désire participer au service divin, on doit l’accueillir. Mais, à part le service divin, il ne doit pas participer au travail de la confraternité.

47. En l’année 1459, quatre semaines après Pâques, les maîtres et les ouvriers de cette corporation qui ont été à Ratisbonne ont juré fidélité sur le livre.

Jobst Dotzinger, le maître d’œuvre de Strasbourg.

Une des représentations les plus connues des Quatre Saints Couronnés est un ensemble de statues de Nanni di Banco réalisé vers 1410-1417 pour une des niches de l’église Orsanmichele de Florence. Sur son socle, on voit les quatre sculpteurs tailleurs de pierre occupés à travailler entre le niveau, le compas et l’équerre.

Règlement concernant les apprentis et les compagnons

1. Si un ou plusieurs compagnons viennent au cours de leur tour d’Allemagne dans ses chantiers, le maître doit leur assurer le même salaire qu’ils touchaient auparavant. Et s’ils n’avaient pas prêté serment antérieurement, le maître leur fera exécuter cette formalité. S’ils s’y refusent, personne ne doit les engager.

2. Le maître ne doit engager aucun compagnon qui mène une existence dissolue, ou qui vit avec une concubine, ou qui ne se confesse pas une fois l’an et ne communie pas, ou qui gaspille son gain au jeu.

3. Si un compagnon se présente dans l’entreprise et demande à y être engagé, il ne doit pas être agréé, à moins que celui chez qui il a fait son apprentissage ait été lui-même un maître maçon.

4. Le postulant ne doit s’adresser à personne d’autre sous peine de punition.

5. Tout compagnon itinérant qui est engagé dans une entreprise doit obéissance au maître ou à son adjoint, selon les règles et les usages de la confraternité.

6. Aucun compagnon itinérant qui est engagé ne doit dire de mal de son employeur ni l’atteindre dans son honneur. Mais si l’employeur a enfreint les règles de la confraternité, chacun peut le dénoncer.

7. Quand un itinérant quitte l’entreprise, il ne doit laisser ni dette, ni sujet de plainte.

8. Si un employeur veut se séparer d’un itinérant, il doit lui donner son congé seulement un samedi ou un soir de paie, afin qu’il soit en mesure de voyager le lendemain, à moins qu’il ait une raison valable d’agir autrement.

9. Un parlier [contremaître, adjoint] doit servir son maître avec fidélité, selon la loi et la coutume, il ne doit jamais lui nuire en action ni en paroles, ni personnellement, ni par personne interposée.

10. Tout compagnon itinérant doit promettre aux membres de la confraternité de respecter toutes les règles corporatives et celui qui s’y refuserait ou qui commettrait une infraction ne doit plus être engagé par aucun entrepreneur qui viendrait à l’apprendre.

11. Si un maître ou un compagnon de la confraternité tombe malade et s’il ne peut subvenir à ses besoins, la confraternité lui doit aide et soutien et, s’il est dans le besoin, elle doit lui prêter argent nécessaire pour les soins qu’il s’engagera à rembourser par la suite. S’il mourait, on doit lui reprendre ce qu’il a laissé (vêtements ou autres choses) jusqu’à ce que les frais avancés soient couverts.

12. Si un compagnon arrive chez un maître qui n’a pas le livre de la confraternité et qu’il sollicite une place, le maître peut l’employer tout en l’inscrivant dans la confraternité et en lui donnant le salaire réglementaire. Si le maître n’a pas d’argent, il doit recommander le compagnon au plus proche de ses collègues qui détient le livre corporatif ainsi que les troncs. On doit lire les ordonnances au compagnon qui doit jurer qu’il s’y conformera.

13. Si un compagnon a servi chez un maçon et non chez un entrepreneur et qu’il veuille entrer dans la confraternité, il doit travailler deux ans sans salaire chez un entrepreneur. S’il n’accepte pas, il ne sera pas admis dans la confraternité. D’ailleurs, chaque maître qui détient un livre corporatif doit agir selon les circonstances.

Règlement concernant les apprentis

1. Aucun maître ni entrepreneur ne doit engager un apprenti qui [vit en concubinage et] ne soit pas marié. Et il y a lieu, en outre, de lui demander si ses père et mère sont mariés.

2. Aucun maître ni entrepreneur ne peut engager aucun aide pour un délai de moins de six ans.

3. Il ne doit pas non plus en faire un contremaître avant l’expiration de ce délai.

4. Et il ne doit pas en faire un contremaître avant que celui-ci ait accompli un tour de compagnonnage d’un an.

5. Le maître ou l’entrepreneur doit faire promettre à l’apprenti d’observer les statuts et règles de la confraternité.

6. Si un apprenti quitte son employeur sans une cause légitime avant l’expiration de son engagement, aucun autre employeur ne doit l’engager. Aucun compagnon ne doit frayer avec lui, avant son retour chez son employeur, auprès duquel il doit achever son temps d’apprentissage et lui donner toute satisfaction, moyennant quoi il recevra un certificat. Aucun apprenti ne doit verser d’indemnité à son employeur, sauf pour cause de mariage avec le consentement de son employeur, ou pour tel motif légitime qui l’y contraigne, lui ou son employeur.

7. Si un apprenti a l’impression que son maître lui a causé préjudice, il peut porter la question devant les entrepreneurs et les maîtres de la même région, au risque d’ailleurs d’être évincé et d’aller ailleurs.

8. Si un apprenti se conduit mal au point de vue sentimental et en dehors du mariage, il doit perdre le bénéfice de ses années d’apprentissage, en examinant toutefois son cas avec compréhension.

9. Si un maître, compagnon ou apprenti a enfreint le règlement, il doit se soumettre avec obéissance à la sanction. Si l’un d’eux s’y refuse, il doit être exclu de la confraternité jusqu’à ce qu’il ait été sanctionné. Il sera évité et méprisé de tous.

Soli Deo Gloria.

Pierre tombale du compagnon tailleur de pierre germanique Wolfgang Tenk, église de Steyrer, Autriche, 1513. Le Christ est entouré des Quatre Saints Couronnés. Au pied de la croix, la marque d’honneur du compagnon est disposée dans un écu d’arme, en regard des armes de la grande loge de Vienne, un bras armé d’un marteau taillant, tenues par le « parlier » de la loge.

Règlement des Compagnons Étrangers, vers 1860

Ce texte figurait dans le livret remis aux itinérants de la société des Étrangers dans les années 1860. Nous ne disposons à l’heure actuelle d’aucun règlement plus ancien.

Emblème des Compagnons « Du Devoir Étranger », vers 1865. Celui-ci figure sur un règlement manuscrit, Musée du Compagnonnage, Tours.

LIVRET DE COMPAGNONS ÉTRANGERS

RÈGLEMENTS PARTICULIERS

ARTICLE PREMIER.
Tous les Compagnons Étrangers seront munis d’un livret en voyageant, pour justifier leur régularité. Ils devront, sans relâche, se livrer à la pratique de toutes les vertus, ainsi qu’à l’étude des arts ; principalement pour la construction, l’activité et l’application au travail.

ART. 2.
Les Compagnons Étrangers doivent bannir à tout jamais de leur cœur haines, provocations, disputes, batailles, etc., et tout ce qui dégrade et avilit l’institution. Ne point reconnaître d’ennemis, reconnaître au contraire que tous les hommes sont frères, que la terre est leur pays et non pas une contrée ; respecter la liberté individuelle, la foi et la croyance des diverses sectes ou corporations, principalement quand cette foi ou cette croyance sont basées sur un esprit d’humanité et de fraternité.

ART. 3.
La civilisation et le progrès doivent être le mobile des Compagnons Étrangers ils doivent anéantir de leurs institutions la paresse, l’oisiveté, l’ignorance, l’abrutissement et le fanatisme. Leurs chansons doivent être toutes de paix et de fraternité. Celles qui aigrissent les cœurs, nourrissent la haine et froissent l’amour-propre de telle ou telle corporation, doivent être oubliées et formellement interdites.

ART. 4.
La Société des Compagnons Étrangers doit être composée d’hommes spéciaux, puisés dans l’élite des tailleurs de pierre, soit comme position, travail, capacité et moralité. Le choix doit être rigoureux, mais fait avec impartialité, selon les prescriptions des règlements, sans perdre de vue que l’admission est une récompense due au talent et au mérite.

ART. 5
Pour être admis au rang de Compagnons Étrangers (sic) il faut être ou avoir été membre cotisant dans la Société des jeunes hommes pendant six mois au moins, être âgé de dix neuf ans accomplis, et faire la demande écrite de sa propre main un mois au moins d’avance, en l’adressant au Premier Compagnon. Les réceptions ne pourront avoir lieu que pour les fêtes d’ascension et de Toussaint, et au sein des Sociétés mères ou succursales régulièrement établies. Il faudra être reconnu bon ouvrier, laborieux, intelligent, de bonne vie et mœurs, justifier d’une bonne conduite de son passé, posséder les premières notions de géométrie, dessin ou coupe de pierre et en avoir au moins six mois d’études ; être dans une position pécuniaire à ne rien devoir à personne, posséder des habillements pour être dans une mise décente les jours de fêtes ou d’assemblées, enfin remplir toutes les conditions prescrites par les règlements généraux.

ART. 6.
Les membres de la Société (voyageurs) prendront pension et occuperont autant que possible les logements disponibles chez la mère ; ils n’oublieront pas que le crédit est un besoin dans des moments difficiles, qu’il ne peut être basé que sur la confiance de la Société, dont les membres sont moralement responsables les uns pour les autres. Ils se devront entre eux le plus grand respect, ne pourront pas se tutoyer dans aucune réunion, ni tutoyer personne chez la mère, n’y (sic) s’y présenter dans une tenue indécente. Il leur est formellement interdit de porter isolément leurs insignes aux dehors, ni de s’arroger des titres de suprématie sans encourir rigoureusement les peines prescrites par les règlements.

ART. 7.
La Société des Compagnons Étrangers étant érigée en secours mutuels régis en communauté, les membres actifs cotiseront mensuellement la somme de deux francs par mois et recevront en cas de blessures ou de maladies un secours journalier après trois mois d’affiliation, si la maladie n’est pas inférieure à trois jours ni supérieure à un an, savoir : 1° Les premiers six mois deux francs par jour 2° De six à neuf mois un franc par jour 3° De neuf mois à un an cinquante centime par jour Au-delà d’une année, la Société restera libre d’en fixer le montant. Les membres seront secourus en tous lieux, n’importe la distance, pourvu qu’ils fassent parvenir en temps et lieux leurs cotisations. Les indemnités seront payées tous les mois, le jour de l’assemblée périodique, sur le vu d’un certificat d’un médecin connu, et qui sera légalement visé par le maire pour ceux éloignés sertifiés (sic) autant que possible par des Compagnons.

ART. 8.
Les membres actifs, qui négligeront de payer leurs cotisations en temps et lieu, sans motifs valables, passé six mois, n’auront aucun droit de secours en cas de maladie, et passé un an ils seront rayés du cadre régulier et privés des assemblées jusqu’à réhabilitation et paiement complet. La réhabilitation sera soumise aux mêmes conditions que l’affiliation. Les assemblées périodiques ou extraordinaires, les enterrements, les visites aux malades, etc., seront obligatoires pour tous les membres actifs résidant à huit kilomètres au plus du siège de la Société même jusqu’à quinze kilomètres pour les enterrements, sauf des cas légitimes justifiés et prévus d’avance. (prévenu d’avance).

ART. 9
Les fautes et les délits seront sévèrement réprimés : les fautes sont la violation de la discipline chez la mère, aux assemblées, à la messe, aux enterrements et à toutes autres réunions ou cérémonies, qui sont les inattentions, colloques, interruptions, manque de respect, paroles injurieuses, etc. Les délits sont de deux classes, contre les mœurs et contre l’honneur. Ceux contre les mœurs sont : l’intempérance, les propos grossiers ou inconvenants tenus à haute voix, l’insubordination accompagnée de circonstances graves, les récidives fréquentes des fautes, le port illégal d’emblèmes et de grandes cannes sur la voie publique, et le défaut de cotisation en temps et lieu. Les délits contre l’honneur renferment tout ce qui tient à avilir le membre, la Société et le compagnonnage, qui sont : l’indiscrétion des mystères ou travaux mystérieux le port illégal de grades ou emblèmes honorifiques, les préjudices volontaires portés à la réputation et à la fortune d’autrui, et enfin tout ce qui, dans l’ordre social, est noté d’infamie. Les peines contre les fautes seront réprimées par des amendes de 0,50, un franc, neuf francs celles pour les délits contre les mœurs par des amendes de trois, cinq et dix francs ou suspension temporaire à la mutualité ou aux assemblées. Celles pour délits contre l’honneur par l’exclusion temporaire ou par le bannissement perpétuel.

ART. 10.
Le présent livret tiendra lieu de titre régulier en place de lettre de recommandation ; ils seront délivrés au sein des Sociétés mères au fur et à mesure des besoins, principalement à la suite des initiations. Outre l’inscription particulière, ils contiendront vingt feuillets qui seront cotés et paraphés par le président. Le premier feuillet contiendra les noms, prénoms, surnoms du titulaire, les lieu et date de sa naissance et de sa réception, signé des membres du conseil d’administration et du titulaire. Les autres feuillets serviront pour constater l’arrivée et le départ de chaque ville, le lieu où ils viennent et où ils vont, s’ils sont libres de tout engagement.

ART. 11.
Les livrets des membres resteront aux archives pendant leur résidence au sein des Sociétés mères, et ne leur seront remis qu’à leur départ, selon les formalités prescrites. Ils seront également remis dans les succursales entre les mains du Premier Compagnon. Les livrets ne seront visés pour contrôler l’arrivée et les départs qu’au sein des Sociétés mères ou succursales par le conseil d’administration ou bien par cinq membres réunis ; dans toutes autres localités éloignées à plus de trente kilomètres de l’une d’elles.

ART. 12.
Les annotations de dettes ne pourront être radiées qu’au sein des Sociétés mères ou succursales ayant les justifications nécessaires. Un membre ne sera jamais accueilli en voyage qu’autant qu’il sera porteur de son livret. Il ne pourra jouir d’aucune prérogative de la Société ; celui qui déclarera l’avoir perdu ne pourra être réhabilité et en avoir un nouveau qu’après un délai de trois mois, où toutes les annotations de l’ancien devront être reportées. Lorsqu’un livret sera totalement rempli, il en sera délivré un autre.

ART. 13.
Toutes les délivrances de livrets, les visas d’arrivée ou de départ, ainsi que les diverses annotations, seront insérées sur les registres de chaque Société respective, pour connaître exactement l’inscription et la mutation de tous ses membres ; à défaut de cette inscription et de ce livret, nul ne sera accueilli comme membre de la Société, quelque soient ses moyens de justification.

ART. 14.
Les Attendants de bonne vie et mœurs seront admis à tout âge comme membres cotisants de la Société des jeunes hommes. Ils auront droit à la mutualité et à l’encouragement de l’instruction, et à partir de l’âge de dix huit ans et trois mois au moins d’activité, ils pourront être reçus, s’ils en font la demande par écrit, lorsqu’ils rempliront les conditions imposées, qu’ils soient mariés ou non, sans condition d’être sur le tour de France.

ART. 15.
Les jeunes hommes Étrangers pourront être admis au rang des Compagnons à partir de l’âge de dix neuf ans mariés ou non, sans condition d’être sur le tour de France, mais remplissant strictement les conditions d’honorabilité et de capacité imposées par les règlements prévus en partie par l’article 5 du présent livret, sachant lire et écrire et au moins six mois d’étude de stéréotomie. Ils seront tenus d’en faire la demande par écrit au moins un mois d’avance en l’adressant au Président ou le P. C. [Premier Compagnon] Les initiations n’auront lieu que pour les fêtes patronales Ascension et Toussaint.

Le blason des Compagnons Du Devoir Étranger sur la couverture du traité sur les ponts-biais de Jérôme Baudassé (sans date, vers 1860). © Jean-Michel Mathonière.

Le règlement des compagnons passants tailleurs de pierre d’Avignon en 1782

Rôle des compagnons passants tailleurs de pierre d’Avignon de 1782. Archives départementales de Vaucluse.

RÔLE D’AVIGNON DE 1782.

Le texte reproduit ici est celui qui figure au centre de ce document.

L’orthographe a été modernisée. La version donnée ici reprend le texte intégral.


RÔLE DES COMPAGNONS PASSANTS TAILLEURS DE PIERRE
FAIT PAR PONGE, DIT LA DOUCEUR D’AVIGNON,
LE PREMIER JANVIER 1782

RÈGLE DU SAINT DEVOIR 

Le premier Compagnon qui arrivera sur un Compagnon recevra la première accolade. Il sera tenu et obligé de mener boire l’arrivant avant de le faire reconnaître à quelque autre Compagnon ou Maître Remercié, sous peine de vingt sols d’amende.

Si le Rôle ne lui appartient pas, il remettra l’arrivant à celui auquel le Rôle appartiendra.

Au cas où le Compagnon arrivant ne veuille pas travailler dans la ville, celui qui aura reçu la première accolade le roulera aux dépens de tous les Honnêtes Compagnons qui se trouveront dans la ville, étant bien entendu que ledit Rouleur sera obligé de lui faire reconnaître tous les Compagnons Passants qui sont dans la ville et les Maîtres Remerciés s’il en rencontre en chemin.

Si l’arrivant est dans l’intention de travailler dans la ville, le Rouleur sera obligé de lui chercher de l’ouvrage et de lui fournir des outils pendant huit jours, au cas où le maître pour qui il travaille n’en ait pas. De plus, il sera obligé de lui chercher un logis de sûreté, le plus honnête et le plus avantageux qu’il pourra trouver, de le traiter du mieux qu’il lui sera possible, et de le rouler un jour avant de le mettre en chantier.

Après quoi, il lui fera écrire son nom à l’endroit désigné du Rôle, à la suite des autres Honnêtes Compagnons Passants qui nous font l’honneur de leur visite.

Ces opérations étant terminées, le Rouleur sera obligé de remettre le Rôle à celui à qui il appartiendra, et, au cas où il le fasse pas et qu’il arrive des Compagnons dans cet intervalle, il sera obligé de les rouler à ses dépens.

Si malgré toute la peine et les soins des Compagnons, on ne peut, faute d’ouvrage dans la ville, remplir les vœux de l’arrivant, son Rouleur sera obligé de lui faire prendre congé de tous les Compagnons qui seront dans la ville et de le conduire à la route qu’il désirera prendre, observant toutefois de lui faire écrire son nom sur le Rôle et de remettre celui-ci à celui à qui il appartiendra, sous peine de payer la susdite amende.

Observations

Si un Compagnons travaille hors la ville jusque dans un rayon de trois lieues, il sera obligé de rouler l’arrivant dans la ville, à moins qu’il n’y ait pas de Compagnon dans le lieu.

Lorsqu’un Compagnon bat aux champs, son Rouleur est obligé de lui faire prendre congé de tous les Honnêtes Compagnons qui sont dans la ville et d’aller avec lui aux endroits qu’il fréquentait pour s’assurer qu’il a satisfait et que l’on est content de lui, de ses bons procédés et de son honnêteté. Si quelque plainte rejaillit sur son compte, son Rouleur sera obligé de le ramener et d’assembler trois ou quatre Compagnons parmi les plus anciens et les plus instruits spirituellement de notre Saint Devoir, afin de le moraliser, de lui faire connaître ses fautes et de le mettre dans le chemin que nous connaissons dans nos Règles, celui de la probité. Si d’aventure il venait à devoir quelque chose sans en avoir averti son Rouleur, celui-ci sera obligé de le ramener aux Compagnons pour qu’ils en jugent à leur volonté et lui infligent la punition qu’il mérite en pareil cas.

Nous devons montrer ici pour l’instruction de tous les Honnêtes Compagnons toutes les clauses qu’il nous est possible de dire concernant nos règles, à savoir :

On ne pourra faire battre aux champs un Compagnon s’il ne reste deux heures de soleil.

De même, il ne peut tomber aucun Compagnon qu’il ne reste deux heures de soleil, à moins qu’il ne déclare que c’est par nécessité.

Un Compagnon ne pourra se faire rouler dans le lieu dont il est parti, à moins que six mois et un jour se soient écoulés ou à ses propres dépens.

Celui qui aura le Rôle entre les mains ne pourra non plus se faire rouler pour battre aux champs, si ce n’est à ses dépens.

Un Compagnon ne pourra servir (à Réception) s’il n’a été roulé et n’a pas travaillé (dans la ville), vu un Rôle et une Réception. Il ne doit rien devoir au maître ni à personne, à moins de consigner l’argent qu’il doit ou qu’on le tienne pour solvable. (De plus,) il doit être reçu depuis au moins six mois et un jour.

Si un Compagnon manque aux règles énoncées ci-dessus et dans nos statuts, il sera chassé ou brûlé, ou il fera reconfirmer son filleul à ses dépens.

De même, si un Compagnon refuse de payer l’amende à laquelle il a été condamné, il sera chassé ; et s’il nie être Compagnon, il sera brûlé, on écrira son nom sur un morceau de papier, avec au bout « brûlé », et ensuite on le brûlera en présence de tous les Honnêtes Compagnons qui seront dans la ville et ceux-ci seront obligé de prier Dieu pour le repos d’une âme qui a violé le serment sacré qu’il a fait auprès de celui qui lui a donné la lumière. De plus, son nom sera effacé du Rôle, de sorte qu’il n’en subsiste aucune lettre.

Lorsqu’un honnête Compagnon se présentera pour se faire remercier, on le remerciera avec tous les honneurs qui lui sont dus et on écrira au bout de son nom (sur le Rôle) « remercié ».

S’il arrive qu’un Compagnon décampe de la ville sans rien dire, il a huit jours après son arrivée dans un autre lieu pour écrire et pour donner des raisons justificatives [et si celles-ci ne sont pas recevables], à la première assemblée (dont il sera absent) il sera condamné à l’amende commune, à la seconde à l’amende de Rôle, à la troisième il sera exilé ou chassé.

Tout Compagnon qui sera exilé ou chassé ne pourra être présent aux assemblées, ni être roulé jusqu’à ce qu’il soit remis.

Aucun Compagnon ne pourra avoir son Affaire à plus de trois endroits et il sera obligé, sous peine d’amende de Rôle, d’écrire aux endroits où il aura son Affaire de trois mois en trois mois, et les Compagnons du lieu où sera son Affaire seront obligés d’écrire aux Compagnons du lieu où ils croient qu’il se trouve afin de l’avertir de venir satisfaire à son devoir. Après qu’il aura été averti et qu’on le saura positivement – car il faut toujours s’assurer des faits avant que de juger – s’il néglige de répondre, il sera chassé ou brûlé.

Tout Compagnon qui aura son Affaire à plusieurs endroits ne pourra servir à aucune Réception.

Pour confier le Rôle au Père.

Le Père ne remettra la clef de la chambre où se trouvera la Caisse qu’à trois Compagnons connus de lui.

Il faut être trois Compagnons Passants pour voir le Rôle mais deux le peuvent en cas de nécessité.

Si un Compagnon vient à perdre les clefs du Rôle par sa faute, il sera obliger de faire s’assembler tous les Compagnons qui sont dans la ville pour qu’ils l’obligent à en faire faire d’autres à ses dépens et il payera l’amende de Rôle.

Si un Compagnons vient à tâcher le Rôle en écrivant son nom ou (celui d’un) autre, il payera aussi l’amende de Rôle, et s’il n’y veut pas consentir, on peut l’obliger à en faire un autre à ses dépens.

Tout Compagnon qui fera une Réception ne le pourra qu’au-delà de sept lieues de l’endroit où il y a un Rôle ou il sera brûlé.

Tout Compagnon qui n’a pas vu de Rôle doit une paire de couleurs au Maître de même qu’à son premier Rouleur, si toutefois ledit Rouleur l’aura tombé pour travailler ou que le Compagnon aura travaillé dans la ville.

Nous prions tous les Honnêtes Compagnons qui viendront après nous et qui verront ce Rôle de bien vouloir donner vingt sols, (somme) que nous avons jugé à propos d’imposer à ceux qui auront l’avantage de le voir. Et ledit argent sera employé à soulager les Compagnons Passants qui se trouveront en grande nécessité et pour faire prier Dieu pour le repos des âmes des pauvres défunts. Nous exhortons tous les Honnêtes Compagnons Passants qui auront le bonheur de voir notre Rôle à être le modèle de nos vertus.

RÔLE DES AMENDES

Si un Compagnon jure à l’assemblée, il payera l’amende commune.

Si un Compagnon sort de la ville sans laisser son Rôle et couche hors la ville, il payera la même amende.

Si un Compagnon tâche son nom sur le Rôle et ne suit pas la ligne marquée, il payera l’amende de Rôle qui est de 3 livres.

Si un Compagnon se saoule et ne mène pas une vie honnête, ainsi que nous devons suivre, après les exhortations qu’il aura reçu, à la première assemblée il payera l’amende commune et s’il persiste, amende de Rôle ; à la troisième fois, il sera chassé.

Concernant l’argent des amendes, il sera mis en mains tierces ou dans le Rôle pour soulager les pauvres Compagnons dans leurs nécessités. S’il ne se trouve pas de fonds disponibles, les Compagnons qui seront dans la ville seront obligés de les soulager sous peine d’amende de Rôle à qui de droit. 

Couleurs fleuries des compagnons passants tailleurs de pierre d’Avignon, Archives de Vaucluse. © Cliché Jean-Michel Mathonière 2013.
Ces rubans étaient à l’origine attachés au bâton autour duquel était enroulé le Rôle.

Lire un article sur les couleurs fleuries des Compagnons tailleurs de pierre.

Un aspect de la justice compagnonnique chez les compagnons passants tailleurs de pierre : l’affaire de Marseille en 1862

Ce texte reprend en partie l’une des études publiées dans Travail et Honneur par Laurent Bastard et moi-même. Il m’a semblé intéressant d’y revenir car nous avons depuis retrouvé la photographie de la commission de compagnons passants tailleurs de pierre qui a eu à trancher cette affaire de Marseille. Dans le même temps, l’existence de cette photographie vient expliquer l’un des documents retrouvés au Museon Arlaten : un petit morceau de papier non daté, indiquant qu’il était dû de l’argent à un dénommé Blanc de Marseille pour frais de photographie. Il s’agit en fait de l’avance faite par le délégué de Marseille, Blanc, dit « La Sagesse de Marseille », pour faire exécuter un tirage de la photographie de l’assemblée pour chacune des villes de Devoir. Celle destinée à Avignon, ville non représentée directement, a certainement été remise par Leturgeon lors de son retour vers Paris.

Photographie des délégués du Tour de France à Marseille en 1862. Archives des CPTDP de Bordeaux.

L’affaire de Marseille est le dernier des conflits internes relatés au sein des archives des compagnons d’Avignon. Elle nous est connue par un long procès-verbal signé des membres d’une délégation de compagnons tailleurs de pierre représentants les villes de Devoir, appelés à résoudre l’affaire entre le 23 et le 26 décembre 1862. Sa nature est bien différente des précédentes, puisque c’est l’intervention de la justice publique qui en est à l’origine.

La date exacte des faits à l’origine de l’affaire ne figure pas dans le rapport des délégués, mais ils durent survenir dans le courant du mois de décembre 1862. Deux compagnons tailleurs de pierre, l’un dénommé Plus, La Franchise de Saint-Sulpice, l’autre Seguin, L’Assurance d’Ervert, assistés d’un complice, Pessard, L’Assurance de Fontenay « se seraient permis de défoncer la caisse et d’y enlever le cachet, le livre et la petite boîte contenant l’Évangile, le Christ, des couleurs fleuries et de l’argent ». La Mère ayant constaté ce vol avec effraction et fait une déposition auprès de la Justice, les deux auteurs des faits délictueux furent incarcérés. Pour leur part, les compagnons de la chambre de Marseille ne purent empêcher l’emprisonnement. Appliquant les règlements, ils « brûlèrent » les coupables.
L’information circulant rapidement, l’affaire remonta jusqu’à Paris, ville directrice dont la prérogative était de résoudre les conflits internes. Elle mit en place une commission constituée des délégués des villes du tour de France. Nous reproduisons ci-après, dans son orthographe d’origine, le procès-verbal des assemblées tenues par cette commission qui montre avec quel souci de justice ses membres ont travaillé à rétablir l’harmonie. Notons que le souci des compagnons était d’éviter que la justice profane ne vienne se mêler de leurs affaires et que, par ailleurs, il semble bien que le vol à l’origine de l’affaire résulte davantage de problèmes internes, de dissensions entre compagnons, que d’un délit de droit commun – c’est du moins ce qui semble le mieux expliquer la clémence dont font preuve les membres de la commission vis-à-vis des « voleurs », tandis que leur attitude vis-à-vis de la Chambre de Marseille est assez critique. Il est également à noter qu’il n’est fait aucune mention du Rôle de Marseille, établi en 1777 et toujours conservé par les actuels compagnons passants tailleurs de pierre.

Aujourd’hui vingt trois décembre de l’an mil huit cent soixante deux, nous soussignés, Leturgeon, dit la Fidélité de Vouvray, Ormieux, dit Joli cœur de Bordeaux, Moussié, dit la Fidélité de Tours, Cassaigne, dit la Pensée de Rochefort, Pourtal, dit la Réjouissance de Nimes, Muratel, dit la vertu de Beziers, Tous Compagnons passant tailleur de pierres, délégués par les villes du Tour de France, de Paris, Bordeaux, Nantes, Rochefort, Nimes et Montpellier, conformement à l’initiation et aux instructions qui nous avaient été transmises par la société de Paris ; Nous nous sommes trouvés réunis dans notre ville de Marseille pour statuer et regler la différence d’opinion existant entre la société de cette derniere ville et l’opinion de celles ci-dessus nommées en délégations, relativement à l’incarcération de deux Compagnons de la ville de Marseille.

Photographie des délégués du Tour de France à Marseille en 1862. Cet exemplaire a été complété d’un portrait photographique en médaillon (peut-être Duval, La Fidélité de Montpellier). Collection privée.

A cet effet, et après l’examen de nos pouvoirs respectifs lesquels nous ayant fait constater que deux délégués parmi nous  ; le premier, celui de Paris, était aussi délégué pour les villes de Tours et d’Agen ; le second, celui de Nimes, l’était également pour Avignon, en conséquence de ces doubles pouvoirs tenus par ces Compagnons et comme il en serait résulté dans nos délibérations des partages inégaux d’opinions, nous avons délibéré pour régulariser les discussions, de nous adjoindre des Compagnons étrangers à la ville de Marseille et rendre ainsi plus légal le résultat de nos opinions dans nos délibérations avons nommés à cet effet la Coterie Gelot dit la Clemence de lormont pour être délégué représentant la ville de Tours ; Nougaret dit la Clémence de Montpellier pour être délégué représentant la ville d’Agen, et Duval dit la Fidélité de Montpellier pour être délégué représentant la ville d’Avignon, auquels Compagnons nous avons conféré les mêmes pouvoirs qui nous avaient été donnés par les villes, qui nous avaient délégués.
Ayant ainsi régularisé et constitué notre délégations comme principe d’indivisibilité, nous avons procédé à la nomination d’un bureau et à l’unanimité, la Coterie la Réjouissance de Nimes à été élu président et Joli-Cœur de Bordeaux secretaire.
Fait à Marseille, le jour et an que dessus.
Le Président, A. Pourtal
le Secrétaire, Ormieux dit joli cœur de Bordeaux
les membres de la délégation
Leturgeon dit la fidélité de Vouvray
Gelot, la clémence de Lormont
La pensée de Rochefort, Cassaigne
Duval, la fidélité de montpellier
Nougaret, la clemence de montpellier
Muratel, la vertu de Beziers

Procès verbal des travaux de la délégation
dans la journée du vingt trois décembre mil huit cent soixante deux.

Après nous être reconnus et constitués, nous nous sommes présentés au premier chantier où on nous à indiqué des Compagnons et après nous être fait connaitre par eux les avons priés de convoquer une assemblée pour le soir même ayant une communication très importante à faire aux Compagnons de la Société de Marseille.
Nous nous sommes rendus le soir chez la mère à leur chambre de réunion où nous avons trouvé réunis vingt compagnons environs ; ce faible nombre nous à été expliqué par l’impossibilité qu’ils avaient rencontré a pouvoir dans un délai si court, commandé une assemblée régulière.
En présence de cette assemblée nous avons expliqué les motifs de notre mission et nous avons demandés à ce qu’une assemblées générales soit convoqué pour le lendemain soir par la voix générale de touts les Compagnons du tour de France.
Mais qu’en attendant cette assemblée nous demandions aux Compagnons présents formant la majorité des membres de la société de Marseille, les renseignements précis et exacts des faits qui avaient entrainés, l’incarcération de deux de nos membres.
Résumant leur déclarations il resulterait que les deux Compagnons la Franchise de St Sulpice Plus, l’assurance d’Ervert Seguin et l’assurance de Fontenay Pessard (comme complice) se seraient permis, de défoncé la caisse et d’y enlever, le cachet, le livre et la petite boite contenant, l’Evangile le Christ des couleurs fleurie et de l’argent – qu’ils avaient pensés que ce fait constituait un vol avec effraction et que sous l’impression de cette pensée n’avait pû empêcher la déposition de ce fait à la justice laquelle déposition de ce fait suivant eux aurait été faite par la mère que par la gravité de ce fait ils n’avaient non seulement empecher leur incarcération sous l’inculpation de vol, mais qu’ils les avaient brulés suivant les regles de notre devoir.
Après avoir reçu cette déclaration la délégation sans prejuger au fond des droits et des torts des partis, à déclaré à l’assemblée que représentant le tour de France et agissant strictement suivant les règles de notre devoir elle n’approuvait pas les décisions prises par la société de Marseille dans cette affaire et qu’en agissant par ce principe envers et contre la société de Marseille elle allait employer toutes les voies et moyens pour faire élargir ces deux Compagnons incarcérés.
A cette déclaration nettement posée par la délégation l’assemblée déclare qu’elle fera et qu’elle usera de toute l’influence particulière des membres qui ont déposés contre les Compagnons pour atténuer leur dépositions et faire en sorte de nous aider de tout leur pouvoir à l’élargissement de ces Compagnons.
La délégation satisfaite de cette décisions s’est retirée après s’être donnés rendez-vous au palais pour le lendemain à 8 heures du matin.
Fait à Marseille le jour et mois et an que dessus.
Ont signé les membres de la délégations.

Procès verbal des travaux de la délégation
pendant la journée du 24 décembre 1862

Le Président et le secretaire de la délégation sont joints aux Coteries La Sagesse de Marseille (Blanc), la Prudence d’Hystre (Essery) et la vertu de Samazan (Maréens) réunis au palais (parquet du procureur impériales) et agissant avec la prudence la circonspection et les recommandations particulières dont ils étaient nantis on obtenu l’élargissement conditionnel des deux compagnons incarcérés à 6 heures du soir.
Les conditions posées par le juge d’instruction avaient été demandées par la commissions sus enoncée : c’était la remise des objets détournés.
L’assurance de Fontenay ayant fait la remise des objets désignés le juge d’instruction à ordonné leur élargissement immédiat.
Ces formalités étant remplies, la délégations s’est réunies ensuite à l’assemblée déjà constituée chez la mère des Compagnons de la ville de Marseille – où les secretaire de la délégation, prenant la parole à remercié les Compagnons du concours qu’ils ont apporté à l’élargissement de ces deux Compagnons, et leur a témoigné le désir de faire partir ces Compagnons immédiatement de Marseille.
L’assemblée à demandé à la délégation communication d’une lettre écrite à la société de Paris par les trois Compagnons inculpés, la délégation dans sa sagesse n’a pas jugé à propos de leur faire cette communication.
Le délégué de Paris a pris la parole et a communiqué à l’assemblée les observations faites par quelques jeunes Compagnons actuellement à Paris se plaignant de n’avoir pas trouvé à Marseille la confraternité et le bon accueil, qu’ils trouvent ordinairement dans toutes les villes du tour de France.
Quelques membres de l’assemblée ayant répondu qu’il serait fait droit à ces réclamations et l’assemblée étant terminée, la délégation s’est retirée.
Fait à Marseille le jour moi et an que dessus.

Procès verbal des travaux de la délégation
pendant la journée du vingt cinq décembre mil huit cent soixante deux

La délégation étant réunie dans un chambre particulière à fait appeler les trois Compagnons inculpés, et après les avoir entendus à pris la délibération suivante :
1° Payer leurs dettes chez la Mère et envers la société de Marseille 2° De les faire partir dans le plus bref délai possible, La Franchise de St Sulpice et l’assurance de Fontenay pour Paris et l’assurance d’Ervert pour Bordeaux 3° de ne pas faire lever leur punition infligée par la société de Marseille bien que la délégation soit unanime à reconnaitre quelle ne peut exister attendu le vice de forme dans son application puis ensuite qu’elle est trop sévère, mais après les avoir gardés à vue pendant une année pour apprécier leur conduite et juger alors par cette conduite de ce qu’il y aura lieu de faire à leur égard 4° Les dettes des Compagnons allant à Paris seront payées par le délégué de Paris (Leturgeon, la Fidélité de Vouvray) et celle du Compagnon allant à Bordeaux, par le délégué de Bordeaux (Joli-cœur de Bordeaux) 5°Les trois Compagnons sus nommés se sont engagés sous la foi du serment à suivre ponctuellement les décisions prises et à prendre à leur égard.
Nous avons clos la réunion.
Fait à Marseille le jour moi et an que dessus

Procès verbal des travaux de la délégation
pendant la journée du vingt six décembre mil huit cent soixante deux

La délégation entière s’étant réunie dans la chambre des séances de la société de Marseille, il lui à été communiqué une décision prise par cette société déléguant la Coterie la Sagesse de Marseille (Blanc) pour se joindre à la délégation des villes du tour de France pour avoir à présenter ces observations où à ratifier les procès verbaux dressés jusqu’a ce jour par la délégation.
La délégation s’étant retirée de l’assemblée s’est réuni dans une salle particulière avec ce nouveau délégué et après vérification de ses pouvoir lui avons lus les procès verbaux antérieurs dans toute leur teneur qu’il à accepter sans observation ni réserves que celle que ces trois Compagnons ne rentrent plus dans la société.
Sur ce nous avons clos la réunion.
Fait à Marseille le jour moi et an que dessus.