Tous les articles par Jean-Michel Mathonière

Noli me tangere : la Sainte-Baume et les compagnons #2

Le n° 84 de la revue bimestrielle Franc-maçonnerie magazine contient le second volet d’une brève étude que je consacre à la Sainte-Baume et les compagnons. Un premier volet a paru dans le n° 83 et un dernier volet paraîtra dans le n° 85.

Au fil de mes articles publiés régulièrement dans ce magazine, j’ai montré que les traditions compagnonniques ont souvent emprunté au patrimoine symbolique et légendaire de la franc-maçonnerie, ce qui a contribué à laisser croire aux initiés comme aux profanes que les deux mouvements étaient intimement liés. Mais les compagnonnages doivent également beaucoup au christianisme populaire. Par ailleurs, la naissance du discours « historique » au XIXe siècle vient aussi interférer avec les légendes, beaucoup moins figées qu’on ne le croit, en les modifiant pour les rendre historiquement crédibles. Le sujet de la Sainte-Baume en est l’exemple même.

On sait qu’aujourd’hui encore une grande partie des compagnons se rendent « en pèlerinage » à la Sainte-Baume en Provence. Il est d’ailleurs de plus en plus fréquent de lire que sainte Marie-Madeleine, qui aurait terminé sa vie dans ce lieu, est la « Sainte-Patronne » des compagnons du Devoir. Mais qu’en est-il exactement ? Ne serions-nous pas en réalité face à un cas de « fabrication de la tradition », avec la bénédiction tacite de l’Église ? Ces trois volets apportent des éléments concrets de réponse à cette question.

Le n° 84 (janvier-février 2022) est en kiosque. Pour les anciens numéros, voir le site internet du magazine : https://www.fm-mag.fr

Vous pouvez également acheter sur internet les articles à l’unité au prix de 1 €. Pour celui-ci, voici le lien : https://www.fm-mag.fr/article/tradition/noli-me-tangere-la-sainte-baume-et-les-compagnons-2-2266

Provençal La Bonne Enclume s’en est allé…

[AVIGNON] J’ai l’immense tristesse de vous faire part du décès de Roger Reynaud, « Provençal la Bonne Enclume », compagnon ferronnier des Devoirs Unis et éternel apprenti auprès du Grand Forgeron de l’Univers.

Roger Reynaud, photographié ici avec sa couleur blanche de l’Union Compagnonnique devant le tablier « Toujours Apprenti » du Musée de la franc-maçonnerie à Paris en 2013.

Sa famille, ses Frères de la RL « Agricol Perdiguier – L’Ami du Peuple », ses Pays de la Chambre d’Apt du Compagnonnage Égalitaire, et ses amis issus de toutes les forges de la vie l’accompagneront dans l’intimité de la vraie fraternité du cœur à sa dernière Cayenne cet après-midi.

Adieu, adieu, adieu

L’Académie de Vaucluse a décerné le Prix Paul de Faucher à J.-M. Mathonière

L’Académie de Vaucluse, société savante créée en 1801, décerne tous les deux ans à l’occasion d’une séance solennelle quatre prix destinés à mettre en valeur des travaux en rapport avec le département de Vaucluse :

  1. Le Grand prix de l’Académie.
  2. Le Prix Paul de Faucher, remis à des personnes ayant particulièrement servi ou honoré la culture dans le département.
  3. Le Prix de Blégiers qui récompense l’auteur d’un travail historique récent sur Avignon, le Comtat Venaissin ou la région d’Orange.
  4. Le Prix du Docteur Victorin Laval, également consacré aux travaux d’intérêt local.
Blason des compagnons passants tailleurs de pierre d’Avignon, vers 1710.

J’ai eu l’honneur de recevoir jeudi 2 décembre le Prix Paul de Faucher pour mes recherches sur les compagnonnages et la transmission des savoirs.

L’étude qui m’a plus particulièrement valu ce prix est la communication que j’ai présentée au titre de l’Académie de Vaucluse au 143e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, gratuitement téléchargeable en cliquant sur son titre :

« La transmission des savoirs chez les compagnons tailleurs de pierre en France aux XVIIIe et XIXe siècles »

Elle a été publiée dans Ressources et Construction : la transmission des savoirs sur les chantiers, sous la direction de François Blary et Jean-Pierre Gély, collection Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques, éditions du CTHS, 2020.

Voici le discours de Pierre Mollier, conservateur du Musée de la franc-maçonnerie, qui m’a fait l’honneur et l’amitié de me remettre ce prix.

Puis mon discours de réponse et remerciements.

Conférence sur « Les compagnons tailleurs de pierre autour d’Avignon et du Comtat Venaissin, du siècle de Louis XIV au début du XIXe siècle » à Carpentras

Dans le cadre des Journées nationales de l’architecture, je donnerai le samedi 23 octobre une conférence sur « Les compagnons tailleurs de pierre autour d’Avignon et du Comtat Venaissin, du siècle de Louis XIV au début du XIXe siècle », à la bibliothèque-musée Inguimbertine à l’Hôtel-Dieu de Carpentras (84). Plus d’informations.

Cette conférence s’appuiera sur un riche diaporama. Basée sur les travaux menés depuis 25 ans autour des archives des compagnons passants tailleurs de pierre d’Avignon, elle intègrera mes recherches les plus récentes touchant à la stéréotomie et aux liens compagnonniques avec quelques-uns des architectes célèbres de la région, notamment Jean-Baptiste Franque (1683-1758), recherches que j’ai évoquées dans ma contribution à l’ouvrage collectif « Du Trianon au château de Sauvan » (éd. Cardère, Avignon, 2019).

Escaliers compagnonniques à la sauce entourloupe

À découvrir dans le n° 82 de Franc-maçonnerie magazine, en kiosque à partir de demain, mon article sur les « escaliers compagnonniques à la sauce entourloupe ». Vous avez aimé les péripéties de ces pseudo escaliers de compagnons vendus par des brocanteurs peu scrupuleux avec la complaisance d’experts et de commissaires-priseurs incompétents dans ce domaine ? Eh bien il n’est pas certains qu’eux apprécient cet article ! Mais ma conclusion risque aussi de fâcher quelques-uns de leurs clients… Un peu de lumière dans l’escalier n’est pas nuisible gravement à la santé des lecteurs 😎

Le dossier central de ce nouveau numéro est consacré au Frère Rudyard Kipling.
https://www.fm-mag.fr

Une conférence au profit des jeunes de la Cayenne de l’Union Compagnonnique de Paris

Le 19 septembre 2019, à l’invitation de la Cayenne de Paris de l’Union Compagnonnique, j’avais donné dans les salons de l’hôtel Westin à Paris une conférence sur Les légendes compagnonniques et l’histoire. Celle-ci avait été filmée par Laurent Seroussi et la vidéo, d’une durée d’environ 1 heure, avait été mise sur une clé USB contenant également des photographies et des chants compagnonniques, sous un coffret en bois, pour être vendue au profit des jeunes de la Cayenne de Paris.

Il reste quelques exemplaires de cette clé USB et il vous est désormais possible de vous la procurer pour le prix de 25 euros (paiement par chèque), frais de port compris, directement auprès des jeunes de la Cayenne de Paris. Informations complémentaires et réservations en envoyant un mail à jeunescayenneparis@gmail.com

Vous pouvez voir ici un extrait gratuit de cette conférence :

COMPAGNONNAGE : Encore un faux en vente aux enchères !

Une vente aux enchères qui aura lieu le 5 juillet à Bordeaux comporte un lot compagnonnique dont l’authenticité est plus que douteuse et que j’ai signalé au commissaire-priseur — qui m’a répondu poliment… et ne fera évidemment rien pour écarter ce faux de la vente.

Cette aquarelle-souvenir du Tour de France est signée d’un certain Paul Ribière et datée de 1867. Outre le style même du dessin, marqué par la bande-dessinée et assez révélateur en lui-même d’un travail des années 1960-1970, les éléments pseudo-compagnonniques ne sont pas du tout conformes aux usages des compagnons passants charpentiers de l’époque revendiquée. Le nom compagnonnique lui-même ne tient pas la route : [Le] « Bien Aimé »… mais d’où ? De quelle province ou de quelle ville ?

Cette œuvre appartient en fait à une série de faux réalisés et commercialisés à la fin des années 1960 et au début des années 1970, lorsque la télévision fit la publicité de la quête d’antiquités compagnonniques du compagnon boulanger René Édeline. Vous êtes prêts à payer assez cher des antiquités ? En voici ! Depuis une vingtaine d’années, on voit ces faux ressurgir dans des ventes publiques. Il y en a, de cette même série façon BD populaire, qui ont été achetés par un musée compagnonnique que par amitié je ne citerai pas (alors qu’il avait été alerté en temps voulu par Laurent Bastard et moi-même). Ils dorment heureusement dans ses réserves.

Entre l’ignorance de certains et l’indifférence de la majorité des compagnons, sans compter la jubilation de quelques opératifs à voir des francs-maçons spéculatifs se laisser piéger, la malhonnêteté a encore de beaux jours devant elle !

L’histoire fragmentée des artisans bâtisseurs du Moyen Âge

Sous le titre L’histoire fragmentée des artisans bâtisseurs du Moyen Âge , le numéro 23 de HesaMag publie une interview de Jean-Michel Mathonière réalisée par Elsa Fayner, au sujet des bâtisseurs de cathédrales et des problèmes de santé au travail.

Cliquer sur le lien pour télécharger ce seul article, en français : https://www.etui.org/sites/default/files/2021-05/HM23_L%E2%80%99histoire%20fragment%C3%A9e%20%20des%20artisans%20b%C3%A2tisseurs%20du%20Moyen%20%C3%82ge_2021.pdf

HesaMag est publié par l’Institut syndical européen (European Trade Union Institute – ÉTUI) en santé et sécurité au travail. Plus spécialement consacré aux travailleurs de la chaîne alimentaire, me numéro complet est téléchargeable gratuitement en suivant ce lien : https://etui.org/fr/publications/les-travailleurs-de-la-chaine-alimentaire

L’interview est également disponible en anglais en sélectionnant le titre Medieval craftsman builders — a fragmented history dans le sommaire des articles :
https://etui.org/publications/workers-food-chain#table-contents

Cette interview est liée à mon livre 3 minutes pour comprendre les métiers, traditions et symboles des bâtisseurs de cathédrales :
https://www.editions-tredaniel.com/minutes-pour-comprendre-les-metiers-traditions-et-symboles-des-batisseurs-de-cathedrales-p-8595.html

Encore une fausse canne de compagnon du Devoir

En matière de faux objets de compagnonnage ou soi-disant tels, il y a des moments où, avec le temps et l’expérience, on croit avoir tout vu… et puis, boum-badaboum, on tombe sur un cas encore plus ahurissant !

Je vous présente, croisé sur eBay sous le titre de « Canne de compagnon ancienne en bois – Compagnon du Devoir », un véritable chef-d’œuvre de bricolage-recyclage ! Je ne sais pas à quelle corporation compagnonnique pourrait se rattacher ce travail d’assemblage de pièces hétéroclites qui ne ressemble que très vaguement à une canne de compagnon… et qui est proposé à la vente avec un prix de départ de 600 euros ! Mais comme pour le bibelot-escalier vendu il y a une dizaine de jours à Drouot pour un prix au moins 5 fois supérieur à sa valeur, peut-être le vendeur aurait-il intérêt à passer par un expert et un commissaire-priseur pour en tirer 3000 euros ? 🥳

La pastille est assez probablement une vulgaire pièce de 5 dirhams martelée et gravée d’un emblème maçonnique, mais pas compagnonnique.

Si le vendeur est sincère, on peut se demander qui était le spéculatif obsédé d’opérativité qui a conçu à l’origine ce détournement de manche à balais qui n’est même pas un jonc de Malacca…

Les cartons à dessins des compagnons du Tour de France

J’intervenais hier matin dans le cadre du 145e congrès national des sociétés historiques et scientifiques sur le thème suivant : Les cartons à dessins des compagnons du Tour de France.

Le propos était de montrer l’intérêt du patrimoine, encore trop négligé, que représentent les dessins réalisés durant leur Tour de France par les compagnons, le plus souvent à titre d’exercices pour l’apprentissage du trait, qu’il s’agisse de charpente ou de coupe des pierres, ou encore de menuiserie, de serrurerie, etc. Les rouleaux de feuilles ou les cartons à dessins conservés par les familles ou abandonnés dans les greniers (en attendant d’être vendus à la découpe par les brocanteurs, ou d’être jetés à la poubelle puis détruits) sont autant de témoignages fragiles mais prodigieusement intéressants du savoir-faire conceptuel que sont le trait ou le dessin d’architecture. Se glissent parfois entre les feuilles d’autres documents (coupures de presse, photographies, courriers) qui nous renseignent eux-aussi sur l’histoire des compagnonnages. La thématique de ce 145e congrès organisé par le CTHS — « Collecter, collectionner, conserver » — m’offrait l’occasion de présenter selon ces perspectives, brièvement (15 minutes seulement), quelques-uns des ensembles de dessins que j’ai recueillis depuis 2005, notamment de compagnons tailleurs de pierre et charpentiers du XIXe siècle et du début du XXe.

En attendant la publication courant 2022-2023 des actes de ce congrès, sous forme numérique et gratuitement accessibles en ligne, vous pouvez télécharger ICI le texte intégral de ma communication orale du 5 mai 2021, sans notes ni annexes (qui seront nombreuses dans la publication finale), et avec simplement quelques-unes des illustrations du diaporama qui l’accompagnait. Ceux d’entre-vous qui disposent d’un compte Facebook peuvent aller voir la quasi totalité des diapositives, en bonne résolution, sur cet album public (cliquer ICI).